De quoi nourrir vos oreilles avides de jazz
Jojo Records
George Garzone : saxophone ténor
Randy Brecker : trompette
Luis Perdomo : piano
Santi Debriano : contrebasse
Jeff Tain Watts : batterie

C’est l’histoire d’un musicien qui a eu des élèves un peu connus de nos jours, par exemple Branford Marsalis, Donny McCaslin, Danilo Pérez, Joshua Redman, Mark Turner, entre autres. Comme quoi, à force de discrétion, on peut passer sous les radars, même si l’on a joué (et joue encore) avec une pléiade de balèzes du jazz. On retrouve donc dans cet album George Garzone avec une équipe de choc (voir le line-up ci-dessus) pour un moment de jazz pur et dur. Deux beaux duos piano / saxophone, le reste en quintet, entre compositions originales et reprises travaillées aux petits oignons, c’est assez pour passer un moment plus que sympathique. Du haut de ses soixante-quinze balais, George Garzone ne fait pas semblant d’envoyer. Et comme il est accompagné par des potes de longue date, la machine tourne à la perfection avec chorus, soli et tutti quanti. On vous met au défi de vous ennuyer en écoutant ce disque… Finalement, la tradition a du bon quand les musiciens qui la pratiquent sont de ce calibre. Recommandé.
Mélodie en sous-sol
Régis Huby : violon ténor électro-acoustique
Manu Codjia : guitare
Hélène labarrière : contrebasse
Christophe Marguet : batterie

Composé autour de l’histoire de Brendon Grimshaw, un anglais ayant acheté une petite île sur laquelle il a patiemment, durant des décennies, fait œuvre d’écologiste en développant un écosystème naturel qui perdure aujourd’hui, le disque de Christophe Marguet et de ses acolytes récréent un écosystème musical qui a tout d’un écrin. On pourrait presque croire que c’est la boîte à souvenirs du britannique, héros de cette improbable histoire. Parfaitement mélodique, ciselé à la perfection, chaque titre porte son lot d’émotions natives, avec des sonorités alternant douceur et puissance, non dénuées d’un lyrisme quelquefois furieusement igné. Mais comme on a déjà dit tout le bien que l’on pense du travail de Christophe Marguet, on vous engage à écouter en conscience ce nouvel opus, le deuxième de ce quartet (après Echoes of time), qui évolue entre l’immensité du calme et les chemins brûlants de l’enthousiasme visionnaire. Vous nous en direz de nouvelles, tiens !
https://christophemarguet.com/
Rogue Art
Myra Melford : piano, melodica
Mary Halvorson : guitare
Ingrid Laubrock : saxophones tenor & soprano
Tomeka Reid : violoncelle
Susie Ibarra : batterie, percussions

Myra Melford est une aventurière qui aime à s’entourer d’autres aventurières, de préférences les meilleures de leur catégorie. Voyez ci-dessus… Elle est en outre fascinée par Cy Twombly (1928-2011), plasticien et photographe qui affirmait en 1952 « que l’art moderne n’est pas déconnecté, mais qu’il possède des racines, une tradition et une continuité ». Et de fait, dans ce Cd, c’est bien ce que l’on retrouve : un jazz innovant qui n’oublie pas ces racines. Les thèmes existent donc et ils sont prétextes à l’exploration tout azimut. Chacune des musiciennes apporte par le biais de son instrument sa forte personnalité sans jamais négliger le collectif. Arythmique à souhait, sombre et fuyante avant de redevenir chaleureuse et puissante, la musique du quintet vous emmènera dans des contrées où l’éclat embellit l’obscur dans une symbiose qui doit tout à l’excellence des protagonistes. Recommandé.
Gaya Music
Samy Thiébault : saxophone tenor, flute alto
Emilie Aridon-Kociolek : piano

Sur le papier, réinventer de manière entièrement acoustique la puissance du Weather Report n’était pas gagner d’avancer. Samy Thiébault et Émilie Aridon-Kociolek, à leur façon, ont su le faire. Inspirés, les deux artistes ont su s’approprier un univers en s’en démarquant suffisamment pour être originaux. C’est aussi cela l’art du duo. Quant au privilège de la jeunesse, c’est de s’attaquer à une montagne iconique avec l’allant d’une cordée décomplexée, sûre de son fait. Dans le cas qui nous occupe, cela a parfaitement fonctionné. Chacune des compositions abordées le démontre. L’essence du Weather Report est bien là tout autant que la personnalité bicéphale du duo. D’une pièce l’autre, la justesse du discours, ses petits miracles chambristes, développent une forme musicale onirique de très belle facture, un langage à soi dans le langage de l’autre. Une réussite incontestable.