lundi 24 août 21h, Salle François Mitterand

Mark Priore Trio

Mark Priore : piano
Juan Villarroel : contrebasse
Elie Martin Charrière : batterie

@ Stéphane Rigal
@ Stéphane Rigal

Mark Priore est un pianiste jazz très lyrique voire baroque, que j’ai déjà pu applaudir en trio à Jazz sur son 31 et en duo avec Charlotte Planchou pour Jazz à Foix. Son toucher est fin et ses improvisations sont originales.
Pour la première soirée de cette huitième édition, pas de majesté sous le chevet de l’Abbaye de Caunes-Minervois. Alerte météo oblige, le concert est rapatrié dans la salle Mitterrand. Le décor change radicalement : un espace nu, carrelé et peint, à mi-chemin entre le gymnase et la salle polyvalente, où s’alignent des chaises en plastique face à un renfoncement mural faisant office de scène.
Le leader présente ses partenaires et introduit Lux Divina, projet hautement personnel issu de son album à paraître en octobre 2026. Il s’agit d’un voyage sur la résilience face au deuil, une trajectoire lumineuse et rédemptrice amorcée dans des teintes sombres.
Le piano juste réaccordé sonne clairement. Le son est faible pour éviter la résonance. Cela oblige le public à un silence respectueux. Sur l’ostinato de Juan Villarroel, Mark Priore tisse des phrasés classiques entre Chopin et Satie. La batterie d’Élie Martin-Charrière prend ensuite le relais, avant que le clavier ne se fasse plus vif et swing. S’installe alors un jeu de tensions, de crescendos et de diminuendos où les touches et les baguettes se poursuivent, portées par la profondeur de la contrebasse. On devine immédiatement les influences méditerranéennes du leader lorsque la contrebasse engage un tempo aux accents d’Aranjuez, rejointe par le piano.
Influence romantique, valse mélancolique lente : la tension s’accumule sans jamais se relâcher. Tout reste à vif : les cymbales frémissent, les boucles rythmiques s’installent et le contrebassiste cubain déploie des motifs espagnols. L’archet crée un bourdon au milieu d’entrelacs baroques du clavier. Hélas, la sobriété de la sonorisation pèche par un manque de relief et de profondeur, peinant à restituer toute la sensibilité de cet instant.
« Notre personnage va mieux ; il trouve de la légèreté et de la tendresse », nous glisse Priore. Effectivement, le piano s’illumine et éclaire la salle. La ritournelle se fait pop, puis blues, menant à un boléro d’une grande dextérité. «  La joie revient ainsi que l’amour pour nos amis, notre compagne, pour la vie, pour le feu qui est en nous ». Une danse villageoise emporte nos élans avant que Lux Divina, apaisant adagio d’inspiration baroque, ne vienne clore le set sous les mailloches du batteur.
De ce concert très classique et profondément intime, on sort ravi mais un peu étourdi par la charge émotionnelle. Il me faudra assurément réécouter l’album à sa sortie pour pleinement apprécier et décrypter la démarche de l’artiste.


mardi 25 août 21h, chevet de l’abbaye de Caunes Minervois

Robinson Khoury MÿA Trio

Robinson Khoury : trombone
Léo Jassef : claviers
Anissa Nehari : percussions

@ Stéphane Rigal
@ Stéphane Rigal

C’est à l’extérieur, dans un petit amphithéâtre face au chevet de l’abbaye de Caunes-Minervois, que Robinson Khoury et son trio Mÿa s’apprêtent à nous régaler avec leur projet Transara. Porté aux nues par les critiques, ce jeune tromboniste – que j’avais applaudi cette année à Jazz in Arles avec son quartet Demi-Lune – enchaîne les collaborations passionnantes et les projets originaux.
Sur scène, Robinson Khoury paramètre son synthétiseur modulaire, bientôt surpassé par Léo Jassef aux claviers. Si quelques ultra-basses agressent d’abord mes oreilles, les réglages sont rapidement corrigés. Le trombone s’élève, feutré, sans sourdine, avant que le piano ne reprenne un thème arabisant. Soudain, le cuivre se fait cinglant : il transperce telle une lance les nappes électro-acoustiques. Il s’agissait d’Alaoui Club, une pièce inspirée d’une danse traditionnelle guerrière du Maghreb.
Vient ensuite Poussières, un hommage vibrant aux « personnes parties trop tôt, les disparus libanais, palestiniens et jordaniens  ». À la plainte du trombone répondent les tintements délicats des percussions d’Anissa Nehari. Sur ce cadre instrumental, le chant habité de Khoury – une voix d’ange – s’élève contre les chapelles de l’abbaye. On frôle alors le Tarab, cet état d’extase partagé né du cheminement (sayr) du maqâm, tandis que les boucles des claviers répètent des notes détachées jusqu’à ce que la voix s’éteigne doucement.
Le concert plonge dans une ambiance presque clandestine. La régie lumières économisant les watts, il faut deviner les musiciens sur scène. On visite alors à tâtons une discothèque électro-grave. Assise sur un cajon, Nehari distille des basses profondes pendant que Jassef explore méticuleusement la partie gauche du clavier de son piano. Des onomatopées africaines et les stridences d’une trompette longue viennent enluminer le thème, perturbant au passage des oiseaux qui crient à l’arrière, dans le tilleul.
Après un solo de percussions et quelques effets électroniques parfois un peu "capillo-tractés", le set s’achève. Le trio se fait prier, mais face aux applaudissements, revient pour un rappel : une magnifique composition de Léo Jassef en hommage à la flottille de bateaux pour Gaza. Cette musique, aux allures de blues épique, se révèle porteuse d’espoirs. Une dernière fois, le chant du trombone zèbre le ciel de l’abbaye. Une identité forte et une énergie brute auront sillonné ce somptueux concert.


https://markpriore.com/
https://www.robinsonkhoury.com/
https://festival-caunes-minervois.org/