un duo interrégional

Une fois n’est pas coutume, le concert de ce soir est électrisé ( électrifié ? ) : micro, hauts-parleurs, retours et bidouilles électro, pour une consommation modeste qui n’a rien à voir avec les gloutons data centers ici ou là. C’est aussi le dernier concert avec le décor mural "estran et ambiance maritime". Deux artistes en scène : Christelle Séry, guitare et voix, Étienne Cabaret, clarinette basse et arbre à sons.
Ils nous proposent une balade sur fond de labeur (donc à propos des premiers de corvées), de gestes répétés ( cent fois sur le le métier… ) et cela, au gré des saisons : comment ne pas penser aux Work Songs de Jaimeo Brown ? Cette balade délicieuse vaut par leur talent à installer là tout de suite immédiatement une ambiance spécifique pour chaque morceau en explorant moult possibilités d’un jeu à deux : elle pose une ligne de basse, il développe un thème ; son souffle à lui, rien que son souffle dans son chalumeau pendant qu’elle chante et dit ; un archer tiré sur l’arbre à sons, rien qu’ un archer, etc.… On passe d’« une roche à l’autre » sans se mouiller les pieds tant le maillage du thème joué à l’unisson est tissé serré, on assiste à une scène de couture avec « faufilons » : lui tient un motif percussif répétitif lancinant, elle dit-décrit puis ils dialoguent – des motifs répétés étirés - on n’est pas loin d’un salutaire échauffement musculaire en tout début de fest noz. Et ces cellules qu’on retrouve partout demandent un brin d’attention : répétitives oui mais pas façon Terry Riley ou Phil Glas parce que dérangées et réarrangées presque sans cesse, on a à peine le temps d’en repérer une qu’elle mute. On passe un moment dans la « lumière », près du canal de Nantes à Brest : tempo lent martelé avant de tirer vers le rock breton (le rockbreizh ? ) avec un motif sur huit temps répété ad libitum, une invitation à se bouger en tenant le petit doigt de ses partenaires à droite et à gauche. Mais non, on n’a pas poussé les chaises, on est restés auditeurs. Ils nous emmènent sous terre avec « dindan douar », lui s’offre un moment de respiration circulaire pour tenir et tenir et tenir deux notes pendant qu’elle soloïse des sons filés, il y fait doux là-dessous. On touche à l’acmé avec « labouradeg », sur un chantier d’abattage d’arbres, ils se lâchent !!! Motif en écho avec un léger décalage, impro free, scansion puissante : ça sent le fest noz gravement embarqué jusqu’au bout de la nuit.
Plaisir partagé.
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Rue du Plateau, 75020 Paris