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ONJAZZ FABRIC #9

L’ensemble HODOS joue Peter ABLINGER

D 8 mars 2015     H 05:00     A Alain Gauthier (texte)    


Studio de Flore.
Second sous-sol du Carreau du Temple, un village sous la ville.
Le studio et son miroir immense qui colonise un mur, narcissiques bienvenus.
Casque sur la tête ou oreillettes incrustées dans l’attente d’un signal, les musiciens de l’ensemble Hodos guettent : Pierre-Antoine BADAROUX au sax alto et à l’ordinateur, Félicie BAZELAIRE au violoncelle, Sébastien BELIAH à la contrebasse, Jean DOUSTEYSSIER à la clarinette, Fidel FOURNEYRON au trombone, Élodie GAUDET au violon alto, Brice PICHARD à la trompette et Antonin GERBAL à la cymbale. Comme l’annonce Olivier Benoit, le patron de l’ONJ, il s’agit de partager les musiques qui gravitent autour de l’ONJ. Ce soir, celle de Peter ABLINGER, contemporain tripoteur de sons-à-entendre plutôt qu’à écouter sans se prendre la tête sur une supposée narration musicale. Le son, le bruit, le silence, mélanger-secouer, servir à température.

Peter Ablinger (photo : www.carreaudutemple.eu)

Une heure de musique non stop ( silences compris ) qui convoque expérience sensorielle du temps étiré ( épatant pour le traitement art-thérapeutique des impatients chroniques, des stressés profonds et des agités du bocal ), séquences sonores enregistrées de scènes de la vie ordinaire ( un bar ? Un lieu de convivialité avec vaisselle secouée et bébé couinant ? ) et des moments unplugged : le son naturel de tous ou de l’une et l’autre. Un peu d’humour aussi avec le déplacement de l’altiste jusqu’au micro pour frotter ses cordes 18 secondes pas une de plus, celui du contrebassiste pour annoncer on ne sait quoi dans un mélange hébraïco-schmogollien et celui de la violoncelliste pour nous faire entendre, via un de ces vieux enregistreurs de poche du siècle dernier, quelque chose qui pourrait s’interpréter comme le départ et le retour d’un marcheur.

Sons filés, glissandi, soli, tutti : magnifique interprétation tout en légèreté, précision, maîtrise.
Le public, admirable de concentration, retient son souffle, se tait, ne cille pas et cette musique génère, paradoxalement, un silence d’une profondeur, d’une densité, d’une texture qui lui fait comme un écho muet.

Un heure pour se glisser dans un interstice du monde et plonger tout entier dans son mouvement immobile, comme l’aurait conseillé Don Genaro.

Dehors, la vie a continué.

As usual.


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