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Gauthier TOUX Trio invite Christophe PANZANI

les sons et les couleurs tournent dans l’air du soir

D 15 mars 2019     H 05:00     A Alain Gauthier (texte)    


Alors donc, un vent coulis escalade la rue de Ménilmontant, il caille. Le Gauthier TOUX TRIO, TOUX au piano, Maxence SIBILLE à la batterie et Simon TAILLEU à la contrebasse, invite Christophe PANZANI au sax ténor. Une tendance prolifère en ce moment, celle des trios augmentés. Ce qui nous donne l’opportunité avec quatre musiciens d’entendre et un trio et un quartet. Un rêve de DRH costkiller. Pas de bidouilles électroniques, aucun objet incongru dans le corps du piano, rien que de l’acoustique ( sauf la sonorisation bien sûr).

info document -  voir en grand cette imageIls débutent avec Rising Rays. Tout de suite le son du ténor, plein, sans exubérance outrancière, un poil râpeux, pas velu comme on disait de celui de Guy Lafitte mais un cousin et vu la posture si solide de Panzani, les pieds enfoncés dans la scène, sans gesticulation inutile : un son venu du hara. Ce qui frappe d’emblée, outre le son du sax, c’est l’équilibre sonore du quartet : chacun co-produit un pièce du tout assemblé comme tenon dans mortaise. On a là, comme un hologramme du concert, le petit bout qui révèle la totalité.
Ensuite, avec Either a dusk or a dawn, ils attrapent un tempo lent façon dérive le nez en l’air sans souci du temps qui passe. Toux soloïse, sur fond d’ostinati têtus progressivement détournés, agrandis, développés. On pense aux minimalistes américains bien sûr. Le batteur nous offre une variation sophistiquée du thème après l’avoir joué sur ses fûts et cymbales avec une étonnante fidélité mélodique.
Il convient de remarquer les intros le plus souvent smoothy, tempo medium, onctuosité du thème avec un usage précis et élégant des nuances. Une progressivité d’icelles qui fait penser à la grenouille dans sa casserole d’eau qui chauffe peu à peu. Quand ils s’enflamment, c’est l’effet retard d’une pointe de piment dans le smoothy.
Not really ( est-ce bien le titre ? ) commence lentissime au piano avec un message subliminal : écoutez mes harmoniques et, dans un crescendo subliminal aussi, on sent qu’un prurit a gagné le trio augmenté, un prurit aigu : ils se grattent au sang !! Le batteur tient une clave inaltérable en alliage inusable, le bassiste tourne une boucle genre 5/4 qui donne ce déhanchement délicieux, le piano nappe et le sax en met partout. Autant dire que ces lascars s’entendent super bien ( oui, s’entendent ), pas d’hésitation, à toi à moi, on ne se limite pas dans le solo sans en faire trop et emboliser la dynamique de l’histoire.
Ils concluent avec Eternal, une musique à chakras, peu de notes, beaucoup de vibrations dans le silence qui suit, le son, le son primordial.
À défaut d’être tous synesthésiques, ce concert pourrait apparaître, grâce à une machine à colorer les sons, comme un tableau globalement pastel, du tendre au soutenu, du trait léger à la pâte écrasée. Avec des espaces pour laisser vibrer la couleur.

Jeudi 7 mars 2019
Studio de l’Ermitage
rue de l’Ermitage
75020 Paris