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Didier Ithursary trio

pour la sortie du CD ATEA

D 18 septembre 2020     H 05:00     A Alain Gauthier (texte)    


Mardi 15 septembre 2020

Au Studio de l’Ermitage, tout est fait pour que les concerts live se perpétuent malgré la pandémie : masque, gel, places interdites et rappel aux négligents. L’accorte hôtesse qui oriente le public se montre d’une vigilance bienvenue.

Le duo Kristof Hiriat voix et percus et Jérémie Ternoy au piano, ouvre la soirée avec un court set autour de son CD Hermeto ? ; Hiriat nous enchante ( sic ) de sa voix libre, son souffle, ses nuances galopant de l’exubérance au murmure et vice versa. La première pièce suffit pour nous captiver-capturer ( une idée sotte et grenue s’immisce ici : est-il imaginable pour les chasseurs de remplacer la glu par leur voix ?). Ternoy se fend d’une délicieuse impro sur une valse hongroise (on groit que c’est une valse mais pas que ) ; la chanson à chanter en famille ne trouve pas son public de chanteurs, les masques, c’est pas top pour chantonner. C’est bref, c’est beau, c’est prenant.

Puis le trio de Didier Ithursarry, lui-même accordéon et compositions,Joce Mienniel flûtes et Pierre Durand guitare. Pour se mettre en doigts et en lèvres, rien de plus pertinent que Forçats, une valse au tempo médium qui pourrait nous faire penser que c’est parti pour un tour de musette. Ben non, pas du tout, ni musette ni jazz musette, de la musique sans étiquette. La guitare se fait contrebasse, la flûte souffle hâché frotti frotta et l’accordéon vagabonde.
Gobi invite au voyage à travers des espaces sans limites, les variations de tempo feront varier paysages et moments de la journée : déplacement rapide ( bourdon à l’accordéon sous le solo de flûte ), grosse entraide dans les passages difficiles ( les trois poussent et tirent ), solo de guitare qui ne fait pas dans l’abondance superfétatoire et qui mène à la tombée de la nuit, laquelle tombe sans s’annoncer ; dresser le camp, partager le thé, le solo d’accordéon, slowly, oscille entre s’émerveiller du ciel étoilé et fermer les yeux sur son propre ciel.
Foro, suite inspirée par/de la musique brésilienne, s’ouvre par une intro à l’accordéon, du grand Ithursary inspiré lui aussi, et les duos vont s’enchaîner, duos conversants tu me dis quoi je te réponds et je complète à ton tour de me dire. Des séquences vives aux rythmes boiteux évoquent non pas le continent sud américain mais les musiques populaires de l’est européen, il y aurait des cousinages insolites ? On pense même Bach, c’est bien du Bach ? La volubilité de la flûte est contrebalancée par la parcimonie de la guitare et la fin, enlevée, à l’unisson, nous emporte.
À la question d’où viens-je, Ithursary a trouvé une autre réponse que Courbet et son Origine du monde : un morceau pour chacun de ses parents. Ama’s song dédiée à sa mère, valse lente méditative, nous vaut un superbe solo de guitare d’une délicatesse sidérante.
On les rappelle, of course et ils terminent groupir avec le duo initial et Bebe, le standard mondial de Hermeto Pascoal. On pourrait s’installer pour la nuit tant l’ambiance invite au restons groupés, tenons-nous chaud.


Studio de l’Ermitage
Rue de l’Ermitage, 75020 Paris
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