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SHMUEL T. MEYER . Et la guerre est finie

D 12 mai 2021     H 05:00     A Jean-Louis Libois    


SHMUEL T. MEYER . Et la guerre est finie

Editions Métropolis

Des nouvelles (fraîches) du Jazz ! Fraîches, en ce que leur publication date de peu (février 2021),* ces nouvelles pour l’un des trois volumes, le volet new yorkais, baignent dans le jazz. Néanmoins, il s’agit bien de littérature et non de musique et son auteur n’est pas musicien mais écrivain. Ses nombreux romans publiés chez Gallimard font place ici à un coffret de trois opuscules d’une centaine de pages chacun. Coffret très réussi d’ailleurs, magnifiquement illustré par les soins du peintre Samy Briss et publié par les éditions Métropolis sises à Genève.
Trois livres donc, trois titres et trois lieux d’inspiration : Israël pour « Kibboutz », Paris, Londres, Venise… pour « Les Grands Express Européens »et enfin, les États Unis pour « The Great American Disaster » ; trois livres comportant une quinzaine de nouvelles chacun. C’est bien sûr, dans le dernier d’entre eux que le jazz fait son apparition, sur fond de fin de guerre de Corée. Les musiciens ont pour noms J. Coltrane, M. Davis, Abbey Lincoln, héroïne de l’une des nouvelles. Dans une autre, figurent le Duke, Paul Gonsalves, B. Strayhorn. Dans une troisième, on croise aussi Blossom Dearie. Et lorsque les protagonistes ne sirotent pas leur bière en écoutant Carmen McRay ou Thad Jones, ils croisent leurs idoles dans un studio d’enregistrement ainsi que des personnages tout aussi fictifs qu’eux.
A cette première rime entre fiction et réalité, où le romanesque prend sa source, s’ajoutent les rimes entre les nouvelles elles-mêmes. Ainsi ce court-circuit formidable entre Lee Konitz qui dans une nouvelle apprend au protagoniste que la mère de la jeune fille suicidée du début s’est également donnée la mort tandis qu’un deuxième larron décrit leur brève rencontre amoureuse, aperçue de sa fenêtre deux ans auparavant.Au style toujours incisif, souvent documentaire et parfois clinique (la filiation avec Raymond Carver n’est pas fortuite), ces nouvelles doivent aussi beaucoup à l’imagination vagabonde de leur auteur.

Nouvelles fraîches disions-nous ; fraîches aussi comme la morgue où les personnages finissent souvent par se croiser ou se retrouver.
Un thème, des variations et l’improvisation…tout comme dans le jazz. Même si le héros désabusé par cette mort finit par avouer (et, en un sens, on le comprend) : « Je n’aime pas le jazz ».
Contrairement, bien sûr, à l’auteur Shamuel T.Meyer qui l’adore mais était à peine né au début des années 50, évoquées dans « The great American disaster » et qui n’est jamais allé à New York !

* Le prix Goncourt de la Nouvelle lui a été décerné ce lundi 4 mai 2021 pour cette trilogie « Et la guerre est finie », éditions Métropolis