Rencontre fructueuse. D’un côté François Gournel, trompettiste-activiste tranquille à l’âme de leader (son ensemble Coeff’Jazz en atteste) qui dans cette phase de sa vie a du temps disponible et de l’autre Thierry Soudry, directeur du casino de Saint-Pair-sur-Mer qui souhaite que la musique et le jazz en particulier s’intallent dans son établissement. Le premier rêvait d’un club de jazz pour animer la morte saison, le second a permis que le projet prenne forme. Ainsi est né Sept de Jazz, nouveau jazz club en bord de plage, baigné par la Manche.
Le 23 novembre, grand jour inaugural, il n’y avait plus de places disponibles (et ce depuis 3 semaines) pour écouter le pianiste et chanteur Pablo Campos en trio. Ce soir, le night-club devient jazz club, chaises sur le dance-floor et musiciens installés dans une alcove au plus près du public.
Trio piano-voix, contrebasse et batterie, la formule de base du club de jazz traditionnel pour se lancer sur de solides fondations.


Fred Oddou, batterie - Pablo Campos, piano, voix - Doriane Desous, contrebasse

Pablo Campos a bien compris l’enjeu et en grand professionnel familier des clubs, il propose un florilège de standards qu’il aime et qu’il sait revigorer pour en réveiller la fraîcheur, le swing, la poésie. Le tout en deux sets avec pause réhydratation, évidemment.
Ouverture a capella toute en finesse sur Our Love is Here to Stay de George Gershwin rapidement poursuivie en trio pour un solo de piano étourdissant émaillé d’un enchaînement de citations dans la grande tradition. Le ton est donné, ce sera swing et mélodies sensibles ou endiablées. On s’évade dans le grand livre de l’histoire du jazz pour retrouver Nat King Cole (le héros de Pablo) ou Ellington, Ella Fitzgerald et Louis Armstrong sans oublier les références aux standards de Broadway (Cheek to Cheek, d’Irving Berlin pour évoquer Fred Astaire et Ginger Rogers) en début de second set.
Bien épaulé par Fred Oddou, batteur expert attentif et concentré et Doriane Desous contrebassiste qui porte son regard sur les doigts du pianiste pour le suivre au plus près dans ses escapades harmoniques et mélodiques, Pablo Campos sait capter l’attention d’un public vite séduit et conquis, attentif et réactif.

Doriane Desous, contrebasse - Fred Oddou, batterie - Pablo Campos, piano, voix

En lançant Sept de Jazz, les initiateurs espéraient réactiver les braises du Bâton Rouge, un bar-club de jazz qui connut de belles heures à Granville, à quelques encâblures de Saint-Pair. Un public fidèle regrettait la disparition de ce lieu. À n’en pas douter (et en tendant l’oreille alentour), il semble que ce nouveau rendez-vous qu’on espère régulier réponde à leur attente.
On notera le "bon esprit" (comme dirait Daniel Jan, l’artiste jazzophile normand) qui règne entre les acteurs du jazz local puisque Sept de Jazz ne viendra en rien concurrencer l’Eden Jazz Club (de Jullouvile, non loin de là) puisque ce dernier concentre son activité sur la période printemps-été. Il s’agira plus de coopération et de complicité que de concurrence et c’est bien ainsi que devrait s’organiser la vie du jazz.

Et comme il faut savoir conclure habilement un second set, Pablo Campos sortit de sa longue liste une chanson des Frères Jacques, La lune est morte interprétée avec souplesse et sensibilité avant de conclure par I wish you Love entamée en anglais qui glisse doucement sur la version originale, Que reste-t-il de nos amours ?, hommage à Charles Trénet pour un final qui augure d’un avenir prometteur pour ce projet normand.
Sous les applaudissements d’un public qui en redemande, ce sera (Get Your Kicks On)Route 66, grand classique du rhythm and blues : le plein d’énergie pour poursuivre l’aventure du Sept de Jazz ? Il faut y croire.


Jeudi 23 novembre 2023.
Sept de Jazz ; Casino de Saint-Pair-sur-Mer, 20h30

Pablo Campos : voix, piano
Doriane Desous : contrebasse
Fred Oddou : batterie