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Charlélie Couture sur le fil du temps

D 8 novembre 2021     H 05:00     A Yves Dorison    


vendredi 05 novembre 2021

Avant toute chose, Pat Martino disparu le 1er novembre dernier : «  My teenage hero, and still … when I hear him, I try to play guitar like that, but it can’t be done, » écrit John Scofield. Et d’ajouter : « He was such a nice man to us younger players. » Tout est dit. Et moi qui l’avait vu sur scène il y a quelques années et discuté avec lui dans les coulisses, je confirme que c’était un homme humble, d’une modestie égale à son immensurable talent. Mais bon, « y aura toujours des morts à enterrer. » C’est une citation de Charlélie Couture, extraite de L’histoire de Bernard, elle-même incluse dans l’album Solo boy. Je la pose là, sur la feuille, car je l’ai vu en concert (Charlélie, pas Bernard…), en duo pour être précis, à Fareins (Ain) en préambule au festival de jazz (l‘un des plus convivial de la planète) qui arrive à grand pas. Bande de grincheux qui pensez que ce n’est pas du jazz, je suis d’accord avec vous, mais je continue à vous ignorer de ma superbe… Ceci établi, je n’ai jamais entendu l’artiste chanter sur scène l’une de ses chansons de la même manière. C’est aisément justifiable car les créateurs ont le geste improvisé accroché au bout du neurone et le nancéien, c’est un de ces zozos (j’aime bien ce mot enfantin) qui déroute et bouscule insolemment en laissant à l’improvisation sa part de grâce. N’est-cas ce qu’on l’on demande, avant tout ? (vouons aux gémonies ceux qui voulaient la version du disque). Toujours est-il que voir un Couture en novembre entonner « take care brother, see you soon on the moon… », cela m’a fait sourire. Il m’en faut peu. Tous frères ou presque, n’est-ce pas ? Cependant, avec Karim Attoumane à la guitare, de duo à proprement parler il y eut peu car souvent les machines complétèrent le travail des deux compères. Un petit bémol donc mais le corpus de l’artiste est tel que la playlist se promena entre quatre décennies et permit à ceux qui le suivent depuis toujours (moi entre autres) d’éprouver bien du plaisir, quitte à constater que pour écouter toutes les chansons auxquelles ils pensaient, il faudrait plus d’un concert. Alors oui, il me manqua une ballade en ruine, quelqu’un pour tenir la carte, une valse vague à l’âme, les bigoudis d’Angélique qui étaient peut-être planqués dans une pochette surprise, un pianiste d’ambiance, un combat de phoques, une belle indifférence et des anglais en vacances, le pêcheur accompagné d’une gogo girl et Rachel, Rachel bien évidemment, le bel oiseau de nuit qui justifie les éclats dans l’émail. A ce petit jeu, je pourrais improviser longtemps (on est sur Culture Jazz tout de même) mais j’oublierais de vous dire que la soirée fut un beau voyage musical réalisé dans une salle comble et réceptive. En soi c’était déjà beaucoup pour un 05 novembre, jour qui vit naître en 1943 Sam Shepard et en 1946 Gram Parsons. Un beau jour, somme toute, pour le verbe écrit, dit ou chanté.


https://www.charlelie.com/


https://artpraye.com/ pour l’exposition