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Frédéric Favarel : l’art du solo

D 12 juin 2022     H 20:12     A Pierre Gros    


Frédéric Favarel-By oneself
Jeudi 11 juin 19h30 Sunset-sunside

Il y a la rue des Lombards une des plus ancienne de Paris, les banquiers italiens d’hier ont fait place aux crêpes, frites et hot-dogs, mais aussi aux clubs de jazz, on y croise même des amis qui passaient par là et qui vont au même endroit que vous, le hasard n’existe pas.

Il faut dire qu’il y a l’odeur beaucoup plus alléchante pour nous du disque de Frédéric Favarel (chroniques ici et ici) qui nous a impressionné par son calme sa maturité, notre oreille y avait aperçu quelque chose de mystérieux.
La virtuosité est jouissive, admettons son coté impressionnant et voyeur, mais nous savons qu’elle doit avant tout nous paraitre facile et fluide tant au disque qu’au concert sans quoi la musique n’aurait pas sa place. Il y a l’indispensable scène, l’œil a alors tout le temps de se satisfaire et se repaitre, de nous faire entendre ce que notre imagination avait perçu comme images. C’est un curieux retournement de situation où l’oreille nous a donné à voir et où l’œil nous fait entendre.
Vaste sujet mais observer cette main parfaitement structurée où chaque doigt forme une arche ronde au dessus des cordes et qui s’en va chercher des notes-cases lointaines et improbables, oui cette gestuelle aurait presque quelque chose d’inopiné.

N’oublions pas dans ce tableau la main droite dans un jeu rythmique où alternent le plectre et les doigts. La virtuosité est belle quand elle n’est pas gratuite, a de la pudeur et sert une musicalité profonde. Stabilité rythmique l’air de rien, harmonies audacieuses sans en avoir l’air et qui nous séduisent. L’art du solo qui plus est à la guitare, assez loin ici de Joe Pass, plus proche peut être des plages solo de Django Reinhardt mais surtout au plus près de l’esprit evansien, de Fred Hersh ou d’autres encore comme à l’écoute de certaines longues phrases proche d’Art Tatum, une si longue histoire. Tout cela se traduit par un son global et soyeux, sorte de délice qui a ravi nos sens. Un peu plus d’une heure de concert puis un rappel et Thelonious Monk indispensable pourvoyeur de thèmes…
Nous sortons du club apaisé, calme, loin des affres, sous le charme de cet intime concert où Frédéric nous a fait côtoyer le Moine, le Duc et le Wayne mais surtout lui-même. Nous retrouvons le vacarme de la rue guirlande, ses odeurs, la pluie qui tombe, où sont donc les lombards…


Une plage du disque "By Oneself" :

Frederic Favarel

Pierre Gros