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L’Appeal Du Disque - Mai 2020

D 27 mai 2020     H 05:00     A Jean-Louis Libois, Pierre Gros, Thierry Giard, Yves Dorison    


| 00- KURT ROSENWINKEL . Angels around - OUI !
| 01- WHIT DICKEY . expanding light
| 02- BOB JAMES . Once upon a time – The lost 1965 studio sessions
| 03- CHRIS MONTAGUE . Warmer than blood
| 04- KATHLEEN GRACE with LARRY GOLDINGS . Tie me to you - OUI !
| 05- MIRTHA POZZI . Tzimx - OUI !
| 06- SWEET DOG . Puissance de la douceur
| 07- AMPHYTRIO . Le cheval de Troie
| 08- JOHN SCOFIELD . Swallow tales - OUI !
| 09- WALTER SMITH III & MATTHEW STEVENS . In common 2 - OUI !
| 10- SPIRA MIRABASSI . Improkofiev
| 11- BRIAN LANDRUS . Landrus for now
| 12- ÉNERGIE NOIRE . Disclosed Motions
| 13- MIRIFIQUE ORCHESTRA . Oh ! My Love
| 14- CORY SMYTHE . Accelerate Every Voice - OUI !


KURT ROSENWINKEL . Angels around

Heatcore Records

Kurt Rosenwinkel : guitare
Dario Deidda : contrebasse
Greg Hutchinson : batterie

Dans l’univers du jazz, Kurt Rosenwinkel est aussi discret qu’essentiel. Si vous l’écoutez d’une oreille discrète, vous croirez aisément qu’il vient du passé. Pour peu que vous que vous approfondissiez votre écoute, vous allez vite comprendre que ce manipulateur de sons à la sensibilité extrême a tout compris de l’art du faux semblant qui fait passer les vessies pour des lanternes. C’est d’abord le son de sa guitare, travaillé de manière très contemporaine, qui interpelle, puis ses phrases plutôt courtes et simples qui mettent en avant des mélodies imparables. Après quoi, ce sont sa conception de l’improvisation qui le démarque définitivement du commun des guitaristes et font que sa place dans la catégorie restreinte des grands gratteux de son temps est assurée depuis belle lurette. Accompagné très finement par le contrebassiste italien Dario Deidda et un autre jazzman incontournable à la batterie, Greg Hutchinson, le natif de Philadelphie livre un disque superbe, très homogène, au lyrisme impressionnant de fluidité qui conditionne grandement le jazz pur, mâtiné sur certains titres d’une agressivité plus rock, qui le parcoure. De la très belle ouvrage, indispensable dans une cédéthèque qui se respecte.

Yves Dorison


https://kurtrosenwinkel.com


WHIT DICKEY . Expanding light

Tao Forms Records

Whit Dickey : batterie
Rob Brown : saxophone alto
Brandon Lopez : contrebasse

Whit Dickey, dans ce disque sans concession, propose un plaidoyer esthétique viscéral. Lui-même appelle sa musique le « free grunge ». L’on y trouve, convergentes, les influences du groupe de rock Nirvana et l’expérimentation holistique imaginée par le légendaire batteur, percussionniste et mentor de Dickey, Milford Graves. En deux mots, ça décoiffe. Si l’on prolonge le commentaire, l’on dira la musique semble fuser de toute part et que trois libres esprits s’affrontent joyeusement, autant qu’ils se confrontent à leurs idées, et réussissent lez tour de force de ne pas nous ennuyer. La structure de base est à la déstructuration, bien sûr, et rien ne peut a priori décider les trois intervenants à faire autrement pour créer cet univers très organique, fait de chatoiements, d’éclats et de brisures. C’est un discours que l’on peut écouter en analysant chaque instant ou non. Dans les deux cas, si votre cerveau n’est pas effrayé par l’aventure, c’est un beau moment de musique intransigeante. Whit Dickey, partenaire au long cours de Matthew Shipp et David S. Ware, et ses acolytes ne renoncent pas. Et c’est tant mieux.

Yves Dorison


http://www.aumfidelity.com/dickey.html


BOB JAMES . Once upon a time – The lost 1965 studio sessions

Resonance records

Bob James : piano
Larry Rockwell : contrebasse (1,2,3,4)
Robert Pozar : batterie (1,2,3,4)
Bill Wood : contrebasse (5,6,7,8)
Omar Clay : batterie (5,6,7,8)

Enregistrée les 20 janvier et 09 octobre 1965 à New York, la musique de cet album n’avait jamais fait l’objet d’une publication jusqu’à aujourd’hui. A cette époque Bob James était le pianiste de Sarah Vaughan et c’était donc avant qu’il rencontre le succès commercial avec le jazz fusion de Fourplay. Cela débute dans une ambiance quasi evansienne avant qu’au troisième morceau s’invite un esprit exploratoire nettement plus radical que l’on retrouve également dans le titre suivant. La seconde session (avec la seconde rythmique) est plus classique et nous rappelle ce qu’un très bon trio de jazz pouvait faire à l’époque. Bob James est un grand musicien (découvert par Quincy Jones) qui a parcouru le jazz en long et en large et se permettant même d’en sortir pour enregistrer, à sa manière, Jean Philippe Rameau (1683-1764). Ce disque, pas inintéressant, témoigne d’un moment dans sa longue carrière. Le son de l’enregistrement n’est pas excellent mais la musique est assez bonne pour qu’on l’oublie. Faites vous donc votre propre idée.

Yves Dorison


https://resonancerecords.org/shop/bob-james-once-upon-a-time-the-lost-1965-new-york-studio-sessions/


CHRIS MONTAGUE . Warmer than blood

Whirlwind Records

Chris Montague : guitare
Kit Downes : piano
Ruth Goller : basse électrique

La musique du guitariste anglais Chris Montague, dans cet album, est de celles que l’on peine à classer. Nous dirons donc qu’elle nous a parue être une musique des formes. Elle va de la simple mélodie au lyrisme assumé à l’exploration plus aléatoire de confins de l’improvisation légèrement avant-gardiste. L’ensemble des compositions puisent dans le vécu du leader et décrit des atmosphères qui ne manquent aucunement de charme. Entre méandres et louvoiements, les fils mélodiques égrènent des ambiances musicales alternant luminosité paysagère et obscurité organique qui ne sont néanmoins jamais antinomiques. Adeptes pour cet album de la demi-teinte, Chris Montague, kit Downes et Ruth Goller proposent avec un savoir faire remarquable un disque inspiré et sincère au pouvoir de séduction plus que certain. Pilier de la nouvelle scène anglaise, le guitariste reconnu pour ses qualités de virtuosité et d’improvisation possède tous les atouts pour perdurer à un niveau d’excellence musicale assez peu commun. Indiscutablement tenant d’un univers personnel foisonnant, il livre avec ce trio un travail original que l’on ne peut qu’apprécier.

Yves Dorison


https://chrismontaguemusic.com


KATHLEEN GRACE with LARRY GOLDINGS . Tie me to you

Monsoon Records

Kathleen Grace : chant, guitare
Larry Goldings : piano, claviers, orgue, piano de poche, glockenspiel
David Piltch : contrebasse (1, 3, 4, 5, 8, 10)
Gabe Witcher : violon (1, 3, 7, 8)
Darek Oleszkiewicz : contrebasse (7)

Pour cet album très personnel, la chanteuse Kathleen Grace a requis le seul musicien qu’elle envisageait, Larry Goldings le fameux. Rien moins. Il a accepté. Le résultat est un album enregistré en direct dans un studio de Los Angeles en toute simplicité. Les chansons à caractère jazzy parcourent les genres sans se poser de question. La vocaliste chante ce qu’elle veut comme elle veut et le pianiste la suit à la trace sur tous les registres avec une justesse ébouriffante. Elle s’éloigne au passage du jazz avec une chanson de Françoise Hardy, en français dans le texte. Pas de problème, elle affirme clairement « Je ne crée peut-être pas toujours une musique spécifique à cet espace, mais j’essaie de laisser ses vérités les plus profondes de liberté, d’écoute et de confiance guider mon chemin, mes choix. » Quoi qu’il soit, les thèmes choisis sont interprétés avec une émotion insigne et une sensibilité de tous les instants. Les duettistes s’accordent parfaitement dans leur recherche d’une musique authentique qui privilégie la spontanéité du moment. Dans la même veine, ils savent donner un lustre nouveau à des thèmes rebattus (The thrill is gone, Love for sale…) par une approche très personnelle franchement réussie. Les trois instrumentistes supplémentaires apparaissant ci et là au gré des titres ajoutent à l’ensemble les nuances qui lui conviennent afin de finaliser un disque touchant très réussi.

Yves Dorison


http://kathleengracemusic.com


MIRTHA POZZI. Tzimx

Nowlands

Mirtha Pozzi : Percussions / Multiples
Des tambours, des métaux,
des objets sonores divers,
des mots, des bruits vocaux…

De mots, la musique n’en a parfois pas besoin mais, comme le dit Pablo Cueco de la musique de Mirtha Pozzi, plutôt d’une forme de laisser aller au sens noble du mot. Le mot percussif, l’onomatopée, le mot jeu, les modes de jeux, le mot zone comme cet enregistrement en quatre épisodes chacun composés de quatre pièces ou mouvements qui tout en étant indépendants se croisent et interagissent dans notre imaginaire. Le métal et les claviers d’ardoises corréziennes et le tambour calebasse et le mkata, le K.K.O.Pikoté et Gadji poétiques, et le Cuik Plak Tri Güamik, la beauté des sons de la peau sur les peaux, du corporel qu’on imagine intense, en dit long presque plus que nos mots. Ce disque est intriguant par bien des aspects ce d’autant plus que sous une forme de nonchalance il est le fruit d’une totale rigueur de la part de la compositrice et poétesse franco-uruguayenne Mirtha Pozzi. C’est ce paradoxe des mots et des sons qui nous fait l’aimer, qu’il croise l’amérindien, l’Afrique et l’Europe en dit plus sur le monde d’aujourd’hui que bien des discours. Tzimx, une musique qui s’écoute comme une navigation dans un large espace et un temps étiré. On ne saurait mieux dire en ces temps confus du confinement : pour nous c’est Oui !

Pierre Gros


https://fr.wikipedia.org/wiki/Mirtha_Pozzi


SWEET DOG . Puissance de la douceur

Musea Records

Paul Jarret : guitare
Julien Soro : saxophone ténor
Ariel Tessier : batterie

Lorsque trois jeunes talentueux improvisateurs se donnent le mot et que cela finit par un disque, on est forcément curieux d’écouter le résultat. Cela va-t-il partir dans tous les sens ou bien va-t-il- s’agir d’une bataille d’égo ou bien enfin n’encourt-on pas le risque d’une surenchère sonore ? La réponse était attendue, on s’en doute. Cela donne un superbe enregistrement plein d’inventions, d’attentions à ses pairs ; et l’auditeur suit avec plaisir cette aventure improvisée.
Pas d’autre trame que la musique elle même qui s’invente au fur et à mesure. Tel est le pari lancé à son auditeur. Pari tenu tant la surprise est au rendez-vous de chaque titre. L’improvisation est exigeante lorsqu’il s’agit d’improviser autrement à chaque morceau. Avec sa poésie propre. Quoi de commun en effet entre La danse des lucioles et Danse, plancton, danse ou bien encore entre Earth Cry et Flying Guitar in the Dark Side. Un monde les sépare et ce sont ces différents mondes que chaque morceau explore – non sans humour – avec ses trois inventeurs de talent (Paul Jarret à la guitare, Julien Soro au saxophone ténor et Ariel Tessier à la batterie) et avec un savant dosage entre l’individuel et le collectif, entre la force et la douceur. Un peu à la manière de ce personnage de l’épilogue du film Kaos (frères Taviani) qui dans le rôle de l’écrivain Pirandello indique à sa partenaire que la force ce ne consiste pas forcément à fermer le poing avant de rouvrir sa main en ajoutant : « La force, c’est aussi cela. »

Jean-Louis Libois


www.pegazz.com


AMPHYTRIO . Le Cheval de Troie

Obstinato

Pierre Baldy-Moulinier : trombone, bugle, trompette, tuba, flûte, compositions
Sylvain Felix : saxophones, clarinette basse, compositions
Nicolas Frache : guitare, basse

Plus qu’à un simple jeu de mots, ce disque doit son nom à la forme même en trio initiée par Pierre Baldy-Moulinier ainsi qu’à sa référence à la mythologie grecque pour l’ensemble de ses titres. Habitué à de plus amples formats –le big-band l’Oeuf qu’il dirige- le tromboniste a fait le choix de multi -instrumentisme au sein de ce trio. Guitare et bien sûr basse pour Nicolas Frache, Saxophones et clarinettes basses pour Sylvain Félix auquelsl viennent s’ajouter trombone, bugle, trompette, tuba et flûte pour Pierre Baldy-Moulinier. Les compositions proposées sont à l’image de cette instrumentation, c’est-à-dire peu classique et variées. Dire ce que chaque titre doit à la mythologie est une chose, une autre est la qualité de l’écriture et des instrumentistes se relayant dans le rôle de soliste qui s’affiche au fil des compositions. Ainsi s’avance mystérieusement le Cheval de Troie (à ne pas confondre avec l’Etalon d’Achille, titre d’une autre composition) en guise d’ouverture sur un thème quasi-traditionnel (?).Titre doublement programmatique puisqu’il est aussi l’occasion d’un passage de témoin entre les trois instrumentistes mis tour à tour à contribution comme solistes. Le temps d’un bref intermède mathématique dédié à Pythagore, succède un nouveau titre Eclairage entamé dans un souffle par le trombone avant de s’enfler et de s’électriser par sa guitare. Surprenant ! La progression y est sensible mais non prévisible. Deux univers se télescopent à la manière - si l’on veut - du récit du film de L. Bunuel Simon du désert où le récit de la vie d’un émule de Saint Siméon le Stylite juché sur sa colonne, le transporte (et nous avec) brutalement en guise d’épilogue dans une boîte de nuit pour une danse endiablée ! Débauche d’énergie confirmée dans ce Cheval de Troie par le bref et percutant Les forges d’Héphaïstos.
Ainsi, chaque morceau de ce disque raconte une histoire en musique, chacune avec son lot d’invention et donc de surprise. Un disque très stylé.

Jean-Louis Libois


www.paniermusique.fr


JOHN SCOFIELD . Swallow tales

Ecm

John Scofield : guitare
Steve Swallow : basse
Bill Stewart : batterie

N’y allons pas par quatre chemins, ce disque du guitariste de Dayton, Ohio, est une pépite. Consacré aux compositions de Steve Swallow et enregistré à l’ancienne en une journée bien remplie, il permet au trio d’évoquer sous toutes les coutures le lyrisme naturel des morceaux du bassiste le plus iconique qui soit encore en activité. Le choix des thèmes embrasse une large part de son répertoire et offre une vue d’ensemble son grand œuvre. Scofield et Swallow se connaissent depuis près d’un demi-siècle et leur connivence éclate à chaque instant dans ce disque aux couleurs chaleureuses. Bill Stewart, fidèle du guitariste, apporte des lignes mélodiques qui lui sont très personnelles, autant qu’elles sont pertinentes d’ailleurs. Les structures harmoniques de Steve Swallow ont le grand avantage de rester toujours compréhensibles pour le plus grand nombre des auditeurs. Elles font sens et touchent l’oreille là où ça fait du bien. Parfaites pour l’improvisation, elles donnent à chaque musicien un droit à l’évasion particulièrement jouissif. Cela s’entend de bout en bout de cet album gorgé d’une sève musicale chaleureuse, orienté vers l’aventure mélodique et humaine. Un disque indispensable.

Yves Dorison


https://www.johnscofield.com


WALTER SMITH III & MATTHEW STEVENS . In common 2

Whirlwind Recordings

Walter Smith III : saxophone ténor
Matthew Stevens : guitare
Linda May Han oh : contrebasse
Micah Thomas : piano
Nate Smith : batterie

Walter Smith III et Matthew Stevens reviennent pour un deuxième opus du projet « In common ». Le line-up est légèrement différent mais tout aussi convaincant que sur le premier album. Ne se contentant pas de faire ce qu’ils savent faire, les musiciens réunis ici prennent le risque de sortir de leurs zones de confort au profit d’un collectif créatif qui ne manque pas de saveur. Les thèmes, concis et clairs, sont dans la veine d’un jazz contemporain bien assis sur ses fondations. C’est très mélodique et pour tout dire accessible. C’est pourtant très libre et sur le même registre très lié à des structures fortement charpentées. Un grand nombre des thèmes enregistrés ont été réalisés en une seule prise et cela s’entend pour le meilleur, seulement le meilleur ! Le contraste entre la guitare acérée de Stevens et la rondeur du ténor fait merveille. La rythmique robuste et inspirée, le jeune pianiste qui monte, Micah Thomas, sont au niveau des leaders et font preuve en toute occasion d’une pertinence mélodique et structurelle remarquable. C’est un très beau disque, dense et léger à la fois, au pouvoir de persuasion pour le moins notable. Ne vous privez pas de l’écouter.

Yves Dorison


https://incommonwaltersmithiiimatthewstevens.bandcamp.com/album/in-common-2


SPIRA MIRABASSI . Improkofiev

Jazzmax records

Stéphane Spira : saxophone soprano
Giovanni Mirabassi : piano
Steve Wood : contrebasse
Donald Kontomanou : batterie
Yann Loustalot : bugle (5)

Dans ce disque en quartet, les retrouvailles entre Stéphane Spira (exilé un temps à New York) et Giovanni Mirabassi (le plus parisien des pianistes italiens) sont belles et bonnes. La suite de trois pièces qui constitue la moitié de l’album est basée sur une relecture très imaginative et intelligente du Concerto pour violon n°1 de Sergei Prokofiev. Certes la source est lointaine, réinventée, embellie et passé au filtre du jazz mais l’exercice n’en demeure pas moins une gageure réussie. Harmoniquement complexe, mais pas trop, lyrique jusqu’à l’évidence et mélodique en toute occasion, ce disque fait la part belle à un jazz plein de spontanéité et de pétulance. La rythmique précise, un contrebassiste solide et un batteur aérien, soutiennent avec une constance infaillible les expérimentations improvisatrices du saxophoniste et du pianiste qui s’entendent, il faut bien le dire, comme larrons en foire. Chaque thème interprété par le quartet apporte son lot de surprise et l’ensemble fait montre d’une cohérence épatante. Ce serait dommage de passer à côté.

Yves Dorison


https://www.spirajazz.com
https://www.giovannimirabassi.com


LANDRUS. HERSCH. GRESS. HART . For now

Blueland Records

Brian Landrus : saxophone baryton, clarinette basse, flute alto, flute
Fred Hersch : piano
Drew Gress : contrebasse
Billy Hart : batterie

Invités :
Michael Rodriguez : trumpet
Sara Caswell : violon
Joyce Hammann : violon
Lois Martin : alto
Jody Redhage-Ferber : violoncelle

Si l’on connait mal le leader multi-instrumentiste Brian Landrus, ses trois acolytes, eux, sont des figures incontournables de la scène qui accumulent des décennies de musique en tutoyant les ommets du paysage jazz. L’on était donc confiants avant même d’écouter le Cd. Pas déçus par ce que nous avons ouï, nous pouvons dire que les compositions de Brian Landrus sont à la hauteur des arrangements exigeants qui les nourrissent. L’apport du quatuor à cordes apporte une coloration très particulière qui soutient l’esthétique originale de la musique du leader. Jamais surchargée, la musique demeure malgré tout dans le champ d’un jazz classique et ouvert de très belle facture. Et comme il est interprété par des cadors du genre, on se laisse prendre dans les mailles de l’univers musical exposé. Au milieu du disque se trouve un « Round midnight » interprété en solo à la clarinette basse pour le moins très séduisant. Au final, l’opus est pétri d’une inventivité certaine qui définit l’espace musical de Brian Landrus dans un jazz subtilement décalé.

Yves Dorison


http://brianlandrus.com


ÉNERGIE NOIRE . Disclosed Motions

Onze Heures Onze Editions

Nicolas Peoc’h : saxophone
Vincent Raude : électronique

Avec "Loitering The Loop" en 2015, le duo Énergie Noire restituait les impressions laissées par un voyage d’échanges musicaux à Chicago. Ils ont retrouvé leur port d’attache puisque le disque débute et se conclut avec Brest In Peace. "Solid Water" paru en 2016 était une sorte de match retour du voyage américain avec quelques invités de la Windy City. Cette fois, Nicolas Peoc’h et Vincent Raude se retrouvent en tête-à-tête pour imaginer et créer un voyage en neuf étapes, de Brest à Brest. "Disclosed Motions" se présente comme un cheminement dans des paysages musicaux dont le saxophone alto esquisse les contours, scuplte les lignes de force pendant que la magie de l’électronique drape les couleurs diffuses et esquisse des rythmes souvent joyeusement bancales ou décalés. On est loin de l’électro à la métrique mécanique. Cette musique est vivante, joyeuse, sensible et sait garder une légèreté aérienne. Une Énergie Noire finalement très éolienne.

Thierry Giard


www.ensemble-nautilis.org/energie-noire . www.onzeheuresonze.com


MIRIFIQUE ORCHESTRA . Oh ! My Love

Artie’s

Emmanuel Bénèche : cor, co-direction
Alban Darche : saxophone ténor, arrangements, co-direction
Thomas Saulet : flûte
Nicolas Fargeix : clarinette, clarinette basse
Rodolph Puechbroussous : trompette
Pierre-Yves Le Masne : cor
Jérémie Dufort : tuba
Alexis Thérain : guitare
Meivelyan Jacquot : batterie
+ Geoffroy Tamisier : trompette (Celian’s Complaint)
+ Agathe Peyrat, Alice Lewis, Thomas De Pourquery, Philippe Katerine, Chloé Cailleton, Loïs Le Van : voix
+ Le Quatuor Psophos : cordes

"Love songs pour voix et harmonie de poche", tel est le projet initié par Emmanuel Bénèche, corniste évoluant plutôt dans des formations "classiques". Grand admirateur du travail de référence de Gil Evans ou Quincy Jones dans le domaine de l’arrangement, il s’est associé à Alban Darche pour constituer ce répertoire pour le Mirifique Orchestra. "J’ai invité des artistes aux univers contrastés à venir poser leurs voix uniques sur ces chansons d’amour" ajoute Emmanuel Bénèche. Entre la voix de la soprano Agathe Peyrat qui redonne à Skylark les scintillements de Broadway ou un Philippe Katerine toujours extra-terrestre (Je crois entendre encore), le contraste est évident et c’est bien ce qui fait l’intérêt de ce disque. Évidemment, le savoir-faire d’Alban Darche et sa science de l’arrangement "tous-terrains" contribuent largement à la cohérence du projet. Il a su trouver les couleurs et les lignes mélodiques adaptées aux voix de ses amis du jazz et d’ailleurs, habitué qu’il est à travailler avec Thomas DePourquery, Chloé Cailleton ou Philippe Katerine (un fidèle !). On notera que ce disque est édité par Artie’s, un collectif de musiciens qui fait un travail remarquable dans le domaine de la diffusion de la musique "sérieuse". Ainsi, ce disque se positionne-t-il dans une sorte de troisième courant à la française dans lequel le Quatuor Psophos a aussi toute sa place. Une très belle réalisation !

NB : Oh ! My Love est disponible dès à présent en numérique. Le disque sera distribué à partir du 4 octobre 2020.

Thierry Giard


albandarche.bandcamp.com/oh-my-love


CORY SMYTHE . Accelerate Every Voice

Pyrolastic Records

Kyoto Kitamura : voix
Michael Mayo : voix, effets
Raquel Acvedo Klein : voix
Steven Hrycelak : voix (basse)
Kari Francis : percussions vocales
Cory Smythe : piano, electronique

Cory Smythe a imaginé ce projet en référence à un autre pianiste, Andrew Hill, et au disque Lift Every Voice que ce dernier publia sur le label Blue Note en 1970. Il a eu envie d’y rendre hommage à sa façon en remplaçant les instruments de l’ensemble par des voix à l’exception du piano. Andrew Hill, lui, avait utilisé le chœur plutôt comme une extension orchestrale de son quintet. Là s’arrête la référence historique explicite car la musique élaborée avec science et inventivité par Cory Smythe est résolument novatrice. Le compositeur-concepteur modèle les sons comme un sculpteur, à l’image de celui qui modèle la banquise au chalumeau sur le livret du disque. Le feu et la glace, l’eau et l’air, les particules en suspension, l’élasticité de la matière sonore travaillée à l’extrème, ce sont un peu les caractéristiques d’une œuvre sans réel équivalent. Une curiosité épatante qui doit s’écouter sans idées préconçues et sans préjugés. Il faut se laisser balloter, remuer, secouer par ce flot musical capricieux mais rassurez-vous, vous aurez tout le temps de vous appaiser avec "Piano And Ocean Waves For deep Relaxation" !
Un disque important sur l’excellent label Pyrolastic records de la non moins excellente pianiste Kris Davis !

Thierry Giard


corysmythe.com . pyroclasticrecords.com


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