Vous êtes ici : Accueil » Disques, livres & Co » Chroniques 2022 » Quatre disques - 2 piano solo, 1 quintet et 1 sextet

Quatre disques - 2 piano solo, 1 quintet et 1 sextet

D 15 décembre 2022     H 05:00     A Yves Dorison    


 BAPTISTE TROTIGNON . Body and soul

Paradis improvisé

Baptiste Trotignon : piano

Dans la série de 14 pianistes enregistrés dans un appartement marseillais situé rue Paradis, voici Baptiste Trotignon. Le pianiste francilien a choisi pour cet exercice solitaire dix standards qu’il affectionne particulièrement. L’interprétation qu’il en fait laisse libre cours à l’imaginaire de l’auditeur qui peut se perdre à l’envi dans les méandres mélodiques sortant du piano. Adepte de la digression, il fragmente les lignes originales des morceaux choisis avec des improvisations attirées par la poudre d’escampette mais qui finissent toujours par revenir dans leur giron natif. En glissant ici et là quelques accords bluesy, des ruptures, au gré de l’inspiration, il accentue le trait d’un discours intimiste avant qu’il ne puisse s’affadir. Sa version de Moaning est à cet égard un beau moment de piano. Avec juste ce qu’il faut de percussivité dans le jeu, il peut réinventer tel ou tel standards (notamment There will be another you) en empruntant des voies inhabituelles. Au final, Baptiste Trotignon sait nous étonner, ce dont nous n’avions jamais douté, avec des parti-pris qui lui sont propres.


www.baptistetrotignon.com


 Buddy TATE & WHITE LABEL . Tate’s delight, grooving at the Jass festival

Storyville Records

Buddy Tate : saxophone ténor, clarinette
Ole matthiessen : piano
Niels Praestholm : contrebasse
Ove Rex : batterie
Poul Valdemar Pedersen : trompette
Jens Sondergaard : saxophone alto

George Holmes Tate (1913-2001), Buddy pour les connaisseurs, avait cette raucité dans le saxophone qui allait bien avec un sens du swing pêchu propre à faire décoller n’importe quel orchestre. Il le prouve ici, en 1982, accompagné par un quintet danois au Jass festival. Soyons clairs, si le quintet n’a pas tout à fait la souplesse de jazzmen américains de l’époque comme ceux qui accompagnait le saxophoniste, il ne s’en sort pas si mal. Devant Buddy fait parler la science, que ce soit au ténor au à la clarinette, il a déjà 69 ans, et oblige de temps à autre ses collègues à se raccrocher un peu aux branches pour le suivre. A leur décharge, rien n’avait été préparé en amont puisque la rencontre n’avait pas été prévue. Vu sous cet angle, c’est donc un disque fort sympathique, un témoignage de musiciens (d’une autre époque serais-je tenté de dire) prêt à tout pour s’en payer une bonne tranche. Le quartet des quatre premiers morceaux est rejoint par un trompettiste et un sax alto sur les trois derniers titres, histoire d’épaissir la sauce et de finir en beauté dans la joie et la bonne humeur. Pourquoi se priver ? Ces gens-là ne faisaient pas leur sac avant le rappel…


https://fr.wikipedia.org/wiki/Buddy_Tate


 LAURENT COULONDRE . A trip in Marseille

Paradis improvisé

Laurent Coulondre : piano

Avec le pianiste nimois, dans cette série du Paradis improvisé marseillais, c’est une autre approche du piano solo qui vient à nos esgourdes. Plus extravertie, et plus classique aussi, la forme que donne Laurent Coulondre à son disque perpétue un goût marqué pour la mélodie. Il aime à l’explorer sous toutes les coutures, à l’enrichir de détails qui lui donne toute sa chair. Modulant les sonorités au gré de son désir, il parcoure l’intégralité du clavier, va chercher, là où ils se trouvent, la note ou l’accord propices au développement de son improvisation. Marquée d’un lyrisme mesuré, la musique du pianiste coule comme une évidence en s’attardant sur certaines séquences du propos pour mieux le soutenir avant de prendre une autre voie, le temps d’une parenthèse, d’un détour, qui incite à la rêverie. On se laisse d’ailleurs aisément prendre en flagrant délit, mais on ne le regrette pas.


http://laurentcoulondre.com/


 CHERYL ANN SPENCER . Serendipity in Venice

autoproduction ?

Cheryl Ann Spencer : piano
Alex Sipiagin : trompette, bugle
Robert Bonisolo ; saxophone soprano & ténor
Makar Novikov : contrebasse
Sasha Mashin : batterie

Cheryl Ann Spencer est une pianiste singapourienne que nous ne connaissions pas encore. Enregistré en Italie, cet album est son sixième et, si la rythmique nous était jusqu’alors inconnue, nous avions repéré, avant l’écoute, la présence d’Alex Sipiagin et Robert Bonisolo. Ces deux-là ne traînant jamais dans les mauvais coups, nous avons en conséquence ouvert nos oreilles et nous avons découvert un jazz classique, excessivement mélodique et par la même accrocheur. Dans cette musique évocatrice et lyrique à souhait, les solistes ont toute leur place et ni le saxophoniste, ni le trompettiste, ne s’en privent. Aucune folie cependant dans ces titres, juste de la musique jouée par des musiciens talentueux dans l’entredeux, ni trop doux, ni trop dur, avec juste ce qu’il faut d’allant pour que l’auditeur s’y retrouve. Quelques beaux moments sont toutefois un peu plus aventureux, notamment grâce aux deux soufflants. A découvrir pour se faire une idée.


https://www.cherylannspencermusic.com/

Portfolio