HELVETICUS . Our way

Blazser Music

Samuel Blaser : trombone
Heiri Känzig : contrebasse
Daniel Humair : batterie

L’album 1291, le premier du trio, publié il y a quatre ans, avait été remarqué en bien. Ce nouvel album le sera aussi et, à notre humble avis, plus encore que le précédent. La raison ? Le trio a beaucoup tourné. Rien de tel qu’un combo régulièrement réuni pour asseoir une cohésion propice à l’expression musicale la plus belle. Entre compositions originales, standards et traditionnels helvètes, les trois suisses, avec une grande inventivité, alternent les propositions sans jamais se départir de leur intrinsèque cohérence. Chacun met à contribution sa personnalité au profit du trio. C’est redoutablement intelligent en toute circonstance et diablement créatif. Chaque titre porte sa part d’originalité et le traitement réservé est toujours adéquat. On ne manque pas au passage de noter que leur sens de l’humour est aiguisé, sinon acéré, et cela ajoute une dimension ludique qui n’est pas en contradiction avec le très (très, très) haut niveau musical de l’ensemble et les émotions qu’il dégage. Tirée au cordeau, avec une aisance époustouflante et un sens de la narration aigu, la musique de l’Helveticus est un cadeau que vous avez l’obligation de vous faire, sous peine de passer à côté d’un grand moment de jazz à l’âme bluesy, d’une tranche d’enfance de l’art exécutée avec une maestria et une élégance enthousiasmantes.


https://www.samuelblaser.com/


  ENRICO PIERANUNZI . Fauréver

Bonsaï Music

Enrico Pieranunzi  : piano
Diego Imbert : contrebasse, basse
André Ceccarelli : batterie
Simona Severini : chant (3.6.9)
Gabriele Mirabassi : clarinette (4.8.11)

Le lien tissé depuis longtemps entre classique et jazz par le maestro Enrico Pieranunzi s’exprime une fois de plus avec ce nouveau disque où l’on retrouve les fidèles Diego Imbert et André Ceccarelli. Sont invités la chanteuse Simona Severini et l’éminent clarinettiste Gabriele Mirabassi (qui lui aussi aime tout particulièrement embrasser les deux mondes). Cette fois, c’est Gabriel Fauré qui est à l’honneur et le traitement qui est réservé à sa musique démontre, mais le faut-il encore, à quel point Enrico Pieranunzi est un grand maître du piano, comme de l’arrangement d’ailleurs. Ses partis-pris esthétiques, sa fluidité, sa capacité à habiter les quatre-vingt-huit touches, sa science du traitement mélodique, éclairent à tout instant cet enregistrement. Simona Severini et Gabriele Mirabassi cumule leurs lyrismes respectifs à celui du romain et les trois sont portés par une rythmique aussi aérienne qu’inventive, ce qui n’étonnera personne ! Dans ce Cd où la musique et ses subtiles harmonies semblent couler de source, c’est un jazz éloquent, aux digressions habiles et généreuses qui s’exprime. L’on ne peut que s’incliner devant une telle « élégance de l’art ».

https://www.enricopieranunzi.it/


  LENNIE’S

Soprane Records

Ludovic Ernaut : saxophone alto
Pierre Bernier : saxophone ténor
Jean-Christophe Kotsiras : piano, compositions
Blaise Chevallier : contrebasse
Ariel Tessier : batterie

Le nom du groupe affiche clairement ce dont il s’agit : partir sur les traces de Lennie Tristano, après avoir fréquenté sa théorie et son esthétique, lui rendre hommage en quelque sorte, sans tomber dans le piège de la redite vide de sens. Qu’il interprète les compositions de Jean-Christophe Kotsiras ou celles de Tristano, de Konitz et Billy Bauer, le quintet fait preuve d’une réelle personnalité. Tout est travaillé avec finesse et bien que la complexité de l’affaire parcourt l’ensemble du Cd, cela passe dans les oreilles avec une fluidité fort sympathique. Si la musique du pianiste chicagoan a marqué son époque (et quelques élèves célèbres dont le plus connu demeure Lee Konitz), elle a par voie de conséquence laissé une empreinte durable sur le jazz d’aujourd’hui ; la preuve en est que ce quintet de la jeune garde hexagonale s’en empare sans peur et on ne leur reproche pas de le faire, bien au contraire. D’ailleurs, il donne à cette école tristanienne intellectuelle et plutôt froide, une chair et une chaleur nouvelles qui font de cet enregistrement une belle réussite.


https://www.jckotsiras.com/


  NICOLA CAMINITI . Vivid Tales of a Blurry Self-Portrait

Auto production

Nicola Caminiti : saxophones alto et soprano
Lex Korten : piano
Ben Tiberio : conrebasse
Miguel Russell : batterie

Le trentenaire Nicola Caminiti est italien et, comme bien d’autres, il a émigré à New York où il s’est déjà fait remarquer pour le meilleur. Dans ce disque autoproduit en quartet, le propos est la documentation informelle de son voyage dans le monde, dixit le musicien. Souvent fougueuse, sa musique porte les attributs lyriques de ses origines mais aussi cet art particulier de la mélodie « à l’italienne », même si l’influence new-yorkaise est somme toute très présente à l’écoute. Quand elle s’apaise, elle ne manque pas d’exprimer une réelle sensibilité ; et l’art de la ballade est ardu, nous le savons tous. Doué pour le contrepoint, pas avare en surprises rythmiques, le saxophoniste est capable de tracer des lignes sinueuses qui reflètent bien l’état d’esprit de l’instant tout comme il peut s’éloigner, de temps à autre, du cadre quand l’envie l’en prend. Accompagné par d’excellents musiciens, tout aussi énergiques et fins que lui, il donne à ouïr un disque très abouti, son premier soit dit en passant, qui mérite une écoute attentive.


https://www.nicolacaminiti.com/