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Les Rendez-vous de l’Erdre, du 29 au 31 août.

Entre jazz et voiliers, à Nantes.

D 5 octobre 2008     H 01:09     A Edouard Hubert    


Du 29 au 31 août se déroulaient sur les quais du centre ville de Nantes Les Rendez-vous de l’Erdre. Entre jazz et vieux voiliers, le festival a proposé à son public une programmation de premier choix et tout cela gratuitement sur plus d’une demi-douzaine de scènes.

Premier coup de chapeau pour la Little Big Campagnie des Musiques à Ouïr de Denis Charolles. Entre free-jazz, musette et rythmique purement rock, le batteur déjanté accompagné de son acolyte saxophoniste Fred GASTARD s’est agrandi de quatre autres jeunes soufflants de grand talent et d’un orgue Hammond (un peu trop discret) pour faire une lecture à multiples voix de ses nouvelles compositions. Un concert axé sur le fil d’une musique moderne, que le septet fait sonner comme un big-band, et qui donne la part belle aux improvisations, notamment celles de Gastard. Charolles n’est pas en reste en proposant une musique fouillée et fourmillante qui va chercher ses arrangements sur fond de rumba ou fait place à de petits morceaux de bravoures textuels absurdement humoristique (l’apologie de l’expérience du pipi dans des toilettes publics ou encore le « haut revoir et merci » qui s’érige dans un canon d’onomatopées).

Les rendez-vous de l'Erdre 2008 - Nantes -  voir en grand cette image
Les rendez-vous de l’Erdre 2008 - Nantes

On a pu écouter également en début d’après-midi d’une chaude journée, le pianiste Jérémie Ternoy et son trio. En mélangeant ses influences des musiques classiques modernes et des grands trios du jazz, Ternoy façonne une musique à la fois poétique et séduisante, rigoureuse et accessible. A l’aide de sa section rythmique encore globalement un peu verte (Nicolas Mahieux, contrebasse et harles Duytschaever, batterie), le trio parvient néanmoins à nous donner des interprétations qui marient générosité mélodique et rythmique pop-rock, à la manière des actuels power-trios (EST, The Bad Plus...).

Le saxophoniste/clarinettiste italien Francesco Bearzatti s’affiche désormais en véritable leader à la tête de son Tinissima Quartet. Une prestation sous le signe de la décontraction, de la virtuosité et d’une sincère envie de jouer. Bearzatti excelle dans chacun de ses chorus, le trompettiste Giovanni Falzone donne à entendre des solos originaux particulièrement out, et éclate de rire à chacun de ses vacarmes électronique. Danilo Gallo à la basse acoustique et Zeno De Rossi à la batterie offrent une rythmique énergique et puissante dans tous les registres, du swing galopant aux mesures composées. Un quartet à suivre de près.

Le climax du festival fut atteint par l’équipe de Médéric Collignon. Le furibond cornettiste et son Jus de Bocse amélioré ont manqué de renverser la fameuse scène nautique. Collignon s’est armé, en plus du quartet, d’un trio de cors qui lui permet d’interpréter sa relecture du « Porgy and Bess » façon Gil Evans/Miles Davis à sa propre sauce sans déshonorer l’original. Les arrangements donnent du corps à l’ensemble, permettant à Collignon, poussé par ses comparses, des improvisations de cornet de poche en de longues notes dans l’aigu se concluant brusquement, à la manière de son mentor sans jamais le plagier. Le répertoire s’étend à d’autres reprises de Miles plus électriques, issus des enregistrements de Bitches Brew, In A Silent Way ou encore Filles de Kilimanjaro, qui sont prétextes à faire éclater la puissance et la maîtrise des sidemen. Alors, on frissonne aussi à foison quand Frank Woeste (Rhodes), Frédéric Chiffoleau (contrebasse) et Philippe Geizes (batterie) se retrouvent tous les trois à magnifier la musique lors de leurs improvisations. Rassurons les fans, les prouesses vocales de Collignon étaient au rendez-vous, ce soir-là bien senties et en adéquation avec la magie de sa musique. Un réel plaisir.


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