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Souvenirs d’été : Jazz In Marciac 2008

Les coups de cœur et le reste...

D 30 septembre 2008     H 19:41     A Edouard Hubert    


Marciac, le petit village gersois devenu fameux par son ô combien renommé festival de trois lettres, JIM (Jazz In Marciac), n’a pas failli à sa réputation de tête de liste pour sa 31e édition. Durant chaque soirée de la première quinzaine du mois d’août (du 1er au 16), deux des formations les plus cotées du jazz international se sont partagé l’affiche devant plus de 5000 spectateurs assidus et passionnés. Voici quelques coups de cœur (ou pas) de ces festivités.

Dès le second soir, le Paulo Fresu Devil Quartet a mis le feu aux poudres. Le leader bugliste et son équipe affichent une complicité à toute épreuve pour mettre en œuvre leur musique jazz-rock du 21e siècle : des mélodies au tempo vertigineux, des grooves implacables, une fusion multi-genres plutôt réussie (au jazz-rock s’ajoutent des accents tantôt pop, tantôt world). Fresu use de l’électronique avec une grande liberté, mais quel plaisir quand parvient à nos oreilles le son acoustique du bugle, cette sonorité si profonde et si singulière de l’italien. Mention toute particulière aux merveilleuses ballades du compositeur, (c’est bien là qu’il excelle le plus, andante al dente plutôt qu’allegro), et pour le chasin’ final sur un bop enchaînant avec une incroyable virtuosité collective les différents tempi. Le quartet montrera d’ailleurs bien plus de cohésion que le all-stars qui le suivit.

Jazz in Marciac : l'affiche 2008 -  voir en grand cette image
Jazz in Marciac : l’affiche 2008
création Sébastien Gravouil / www.jazzin marciac.com

Cette soirée s’annonçait bien belle au regard de l’affiche présentée, mais la prestation de Herbie Hancock et des membres de son River Band ont laissé un léger goût d’amertume. En vrac, les ballades de Joni Mitchell interprétées à la frontière du jazz et de la variété par les chanteuses Sonya Kitchell et Amy Keys (même le saxophone du grand Chris Potter résonnait curieusement kitch), le jeu bien trop froid aux sonorités parfois heavy du guitariste Lionel Louéké, ou encore le rappel auto-cliché de notre Herbie au volant de sa guitare-clavier sur les poncifs Watermelon Man et Chameleon. Seul deux ou trois trop courts moments musicaux réunissant le leader, Dave Holland, Vinnie Colaiuta et Potter, ont su opérer la magie nécessaire à garder nos oreilles à l’intérieur du chapiteau.

Aux antipodes se déroula la soirée sous l’enseigne de John Zorn, l’un des habitués de la scène marciacaise. En trois temps. Uri Caine, tout d’abord, et son interprétation en solitaire des partitions de Zorn, nous ont emmenés dans un univers bruitiste entre stride maladif et clusters systématiques. Une déstructuration musicale et pianistique au sens propre. Le Masada String Trio fit résonner plus explicitement les accents klezmers, tout en mélangeant les styles, de l’ostinato aux pizzicati, de Bartók à la bar-mitsva, à l’aide du maître de cérémonie Zorn, au pied des pupitres, dirigeant ce trio de cordes comme à son habitude, façon sound-painting. Un régal. Mais le meilleur restait à venir. Ce fut bien sûr le Masada dans son profil acoustique qui conclut dans la longueur cette chaleureuse soirée. Un Masada un peu amélioré puisqu’il invitait Uri Caine et le percussionniste Cyro Baptista, Acoustic Masada Sextet en quelque sorte. Peu de grosses surprises quand on connaît cette formation sur scène, mais quelle efficacité ! Les thèmes klezmers de Zorn sont transcendés par ces explosions free si atypiques, les ballades en chaloupe soutenues par la basse inamovible de Greg Cohen, la pure énergie enflammée emmenée par les batteries à la fois coloriste et brutal de Joey Baron et à la fois poly-percussive de Cyro Baptista, et le cadre harmonique donné par le piano de Uri Caine oscillant entre soutien plus classique et dissonances apporte une véritable nouveauté dans cette mouture unique de l’Acoustic Masada.

Dave Douglas -  voir en grand cette image
Dave Douglas
au North Sea Jazz Festival 2007 photo © Christian Ducasse

C’est avec toujours autant d’amusement passionné que l’on avale de bon cœur la multiplicité des modes de jeu bruitiste du saxophoniste, mais l’intérêt majeur de ce sextet, au-delà de la cohérence de l’ensemble, s’est dégagé ce soir-là de la perpétuelle inventivité de Dave Douglas, véritable trompette-génie de la scène jazz actuelle, tous styles confondus, et ce notamment dans la conduite mélodique de ses chorus. Les six gaillards ont mis tous leurs talents à l’ouvrage, avec une véritable envie de jouer, en emmenant une toute petite partie du public jusqu’au milieu de la nuit, pendant presque trois heures de musique, après pas moins de cinq rappels. Que du bonheur.

Deux jours plus tard, changement d’humeur, et le plaisir se transforme en déception. L’orage, qui avait fait évacuer le chapiteau la veille au soir durant la prestation d’Omar Sosa sans compromettre le concert, est de retour et menace méchamment de secouer le village. Pas de prise de risque, pour la première fois de son histoire, le festival décide d’annuler l’une des soirées les plus prometteuses de l’édition. Déçu le jeune Emile Parisien, ancien élève du collège de jazz du village, qui se voyait l’immense opportunité de monter sur la grande scène tant rêvée. On les retrouvera malgré tout, lui et son quartet sur les scènes du off. À tout à l’heure porc-épic. Déçus les frères Belmondo, désireux de créer sur les planches la rencontre entre leur formation chambriste, l’iconoclaste chanteur brésilien Milton Nascimento, et l’orchestre du Conservatoire de Toulouse, projet éphémère balayé par une grosse averse. Mais le temps (s’)efface. Quelques heures passent, un peu de jazz aussi, un peu de Diana Krall, de sa musique et de ses manières de Diva passent également. Passons.

Peu d’engouement dans l’attente du Quartet de Stefano Di Battista. Le saxophoniste comme son jeune trompettiste Fabrizio Bosso nous avaient parfois déçus eux-aussi dans certaines de leurs dernières prestations live : le premier par ses solos un peu trop en ritournelle d’esbroufe, préférant le franc parlé fritalien à la musique, et le second par son manque occasionnel d’imagination mélodique et par sa justesse un peu juste. Eh bien détrompez-vous mon ami, ce soir, le Trouble Shootin’ est particulièrement furioso ! Baptiste Trotignon, habituellement irréprochable, est irréprochable. Trônant du haut de son orgue Hammond, il vocifère improvisations et supports harmoniques de sa main droite, tandis que la gauche galope en des walkings de basse d’une régularité rythmique et d’une inventivité mélodique à faire pâlir les meilleurs contrebassistes. La batterie de Greg Hutchinson remplace celle d’Eric Harland mais ne perd quasiment rien en modernité polyrythmique et en invention. Sur une telle section rythmique, il ne restait plus que tout à faire. Et c’est là que Marciac leur à donné des ailes : Di Battista virevoltant de virtuosité détendue et de musicalité au soprane réchauffe la salle à chaque chorus, Bosso bluffant tout le chapiteau à chacune de ses interventions, insuffle une certaine magie dans l’interprétation des doux thèmes purement dibattistiens (le quartet nous proposant moins de thèmes hard-bop funky). Les deux soufflants importent leurs petits backgrounds improvisés sur les solos respectifs de l’un ou l’autre, créant parfois de véritables contrepoints dignes d’un jazz d’une grande modernité. Ce trop court concert se termina dans l’apothéose d’un réjouissant thème arabisant à l’unisson joué à plein régime.

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