« Le jazz tisse sa toile... »
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Jean-Luc Ponty se penche sur ses racines.

Le violoniste jouait à Avranches (Manche) le 27 septembre 2008.

D 5 octobre 2008     H 08:43     A Thierry Giard    


C’est Jean-Pierre Poirier, « Mr Jazz » dans le Sud-Manche, qui a lancé l’alerte trois jours avant. Un de ces méls d’info si précieux qui disait en substance : « Le savez-vous ? (Euh non ! et je ne devais pas être seul dans ce cas !) : le violoniste Jean-Luc Ponty jouera à Avranches, sa ville natale, samedi 27 septembre »... Suivait l’indispensable lien vers le site de la ville pour valider l’info .

Coup de fil de réservation tardif : il reste de la place... Ce n’est pas que Jean-Luc Ponty m’ait laissé un souvenir impérissable lors de son concert au festival Jazz sous les Pommiers (Coutances) en 1994 mais l’écouter à Avranches, cela comporte une dimension « événement et émotion » qui incite à la curiosité. Et si ce concert nous réservait une surprise ? si Ponty se révélait « différent » en retrouvant ses racines ? Allons écouter-voir !

Jean-Luc Ponty & Damien Schmitt à Avranches -  voir en grand cette image
Jean-Luc Ponty & Damien Schmitt à Avranches
Photo © Culturejazz

Premier élément rassurant, la formation se limitera à un quartet, à savoir : William Lecomte aux claviers, le fidèle Guy Nsangué Akwa à la basse électrique et le « gamin » de l’équipe : Damien Schmitt, batteur mitraillette qui a reçu une surdose de jazz-rock étant petit mais qui se révèle capable d’un feeling rassurant façon boum-chabada-boum-boum.

Quand Jean-Luc Ponty a fait son entrée sur la scène du gymnase de la Chaussonnière (bien peu rempli, vu l’événement : est-ce la Criiise ou le défaut d’information ?), on se dit que les années n’ont guère de prise sur son physique : svelte, le brushing impeccable, un look de clergyman un peu guindé peut-être ? Pas de prise non plus sur son coup d’archet qui reste un must dans le domaine du jazz et témoigne de l’efficacité de l’enseignement paternel prolongé au Conservatoire de Paris jusqu’au 1er prix de violon. L’improvisation qu’il livre en solo en milieu de concert rappelle combien la culture classique reste prégnante chez un musicien qui a pourtant glissé son âme dans les univers de à Franck Zappa, Daniel Humair et Eddy Louiss, John McLauglin et son Mahavishnu Orchestra, (et tutti quanti) avant de tailler la route dans le jazz électrique sauce rock-world jusqu’à aujourd’hui.

William Lecomte & Guy Nsangue Akwa à Avranches  -  voir en grand cette image
William Lecomte & Guy Nsangue Akwa à Avranches
Le 27 septembre 2008 - Photo © CultureJazz

Donc, ce concert en quartet fut plutôt un bon concert ! L’absence de percussionniste permet à la musique de perdre un peu de son fard, de gagner en authenticité, en lisibilité et de souligner son appartenance au jazz. Les improvisations de Ponty, mais aussi de William Leconte s’avèrent très ludiques et on se prend à regretter très fort que le clavier ne soit pas celui d’un bon vrai piano bien acoustique (les sonorités choisies sur le Korg bidule chose s’en rapprochent tellement !).

La première moitié du concert est centrée sur des compositions récentes dans lesquelles on décèle une prise de distance par rapport au « jazz-rock » et un retour vers des couleurs plus acoustiques et des rythmes plus ternaires. On retiendra le superbe solo de Ponty dans Without regrets et une magistrale utilisation de toute la tessiture du violon. Pour la suite, après un duo très sensible avec William Leconte et la séquence solo, ce fut une balade dans des compositions personnelles des trois dernières décennies parmi lesquelles « Mirage » et la (trop) longue suite « The Struggle Of The Turtle To The Sea ».

Michel Varin (sax soprano) et Jean-Luc Ponty à Avranches. -  voir en grand cette image
Michel Varin (sax soprano) et Jean-Luc Ponty à Avranches.
Photo © CultureJazz

La fin du concert fut un moment fort mêlant émotion et plaisir de la musique simplement ludique. C’est à ce moment là qu’une énigme trouva sa réponse pour l’observateur attentif qui avait remarqué très vite qu’un saxophone soprano caché derrière la batterie. A qui était-il destiné ?

Réponse : à Michel Varin, un avranchinais fondu de jazz (plutôt « new-orleans ») qui, au grand dam de papa Ponty, avait fait découvrir cette musique de sauvages au petit Jean-Luc. Avec un bonheur très perceptible et communicatif, Michel Varin se retrouva donc sur scène au milieu du groupe pour un final enflammé... Jean-Luc Ponty avait repris son violon bleu pour s’envoler sur les nuages de la mémoire et célébrer une amitié qui a su résister à l’épreuve du temps. On imagine alors d’autres retrouvailles qui pourraient redorer l’image (parfois décriée) de celui qui reste un des plus grands violonistes du monde du jazz.

Jean-Luc Ponty : quartet + 1. -  voir en grand cette image
Jean-Luc Ponty : quartet + 1.
Avranches - 27 septembre 2008 - Photo © CultureJazz

> Liens :
> Le site « officiel » de Jean-Luc Ponty : www.ponty.com
> Jean-Luc Ponty sur Wikipedia