« Le jazz tisse sa toile... »
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BRUGES : le festival 2008 (épisode 2)

Vendredi, c’est Vrijdag !

D 8 octobre 2008     H 23:22     A Alain Gauthier    


Vendredi. Il pleut, il fait froid, l’orage gronde. L’automne prend ses aises et les touristes leurs imperméables.

Au Groeningemuseum, pile poil à l’heure de la soupe chaude en lieu et place de l’apéro, c’est le duo Antonello SALIS ( accordéon et piano )/Sandro SATTA ( sax alto ) qui ouvre la journée. Et, autant commencer par l’impression finale : concert intense, torride, épastrouillant, jubilatoire... Pour compléter la liste, voir votre dictionnaire des qualificatifs dithyrambiques.

Tout simplement une grosse heure de pur bonheur musical. Deux musiciens en totale complémentarité, dans un dialogue permanent où chacun sert l’autre et se sert de lui. Dialogue articulé autour de quelques phrases musicales stockées au cas où, servant de terme à un « paragraphe » ou de passerelle vers une autre piste. La légère impulsion swing de l’un trouve immédiatement son écho chez l’autre, le riff à peine ébauché de l’autre est repris, décortiqué, complété par l’un and so on. Un régal total qui questionne mon écoute d’un duo à l’autre : qu’est-ce qui fait la différence entre une musique qui stimule mes oreilles (seulement les oreilles) et une musique qui me touche tout entier ?

Jazz Brugge, festival 2008 voir en grand cette image
Jazz Brugge, festival 2008
le site : www.jazzbrugge.be

En sortant du musée, il fait soleil.

Début de soirée avec le trio composé de Agusti FERNANDEZ, piano, Barry GUY, contrebasse et Ramon LOPEZ, batterie. Ces trois robustes improvisateurs sont dopés à la dentelle de Bruges, à son point délicat, au climat paisible et serein qui empreint chaque mouvement précis du brodeur... Bref : un concert tout en sonorités dont on attend presque l’écho du haut du plafond de la salle de musique de chambre, avec quelques cavalcades tout de même, le temps de froisser sèchement un tissu ajouré et de le jeter. Ont-ils mouillé leur chemise ?

Sans même le temps de goûter une des spécialités locales liquides, nous filons dans la grande salle de concert et découvrons un autre trio : Théo JÖRGENSMANN, clarinette, Marcin OLEŠ, contrebasse, Bartlomiej Brat OLEŠ, batterie.

Eux aussi sont tombé dans le syndrôme « Dentelle de Bruges », aggravé par la distance de la scène au public. Le leader, présenté comme « soliste virtuose, il explore les limites de la clarinette », tient toute se place mais ne m’empêche pas de comparer son jeu avec celui de ses petits camarades du trio de clarinettes ou avec celui de Sclavis.
Il manque une explication de texte à propose de « explorer les limites » : s’agit-il de les trouver ? de rester en dedans ? de les dépasser ? Nous sommes un certain nombre certain à nous esbigner vers le bar.

Vient ensuite le Barry GUY NEW ORCHESTRA, pour une pièce unique qui durera tout le set. Comme le dit le programme, « la musique de Barry GUY est un véritable modèle d’exploration des frontières de la musique ». C’est juste. À l’écouter, il n’y a plus de frontières parce qu’il n’y plus de musique mais une expérience sonore. Bruitisme, accords écrabouillés ( do, do#, ré, ré#, mi, fa, fa# simultanément ), sax baryton halluciné soufflant sans bec directement dans le tuyau, dissonances constantes... Rien n’est fait ici pour le confort de l’auditeur et la satisfaction de ses critères esthétiques. C’est « accroche-toi aux mailloches, j’enlève le tabouret ». Barry GUY se démène comme un beau diable pour emmener tout son groupe jusqu’au bout d’une partition dont je voudrais bien voir l’écriture. Personne n’a quitté la salle !!!

(à suivre...)


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