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NICOLAS GUILLEMET, la mort du rêveur de chandelle.

Musicien imprégné de poésie, Nicolas Guillemet a illuminé les marges qui embellissent notre paysage musical.

D 8 octobre 2008     H 12:59     A Christian Ducasse    


Son apprentissage et ses études en musique débutèrent à Nancy au début des années 90. Nombre de musiciens de l’ Est de la France convergent alors vers le CNCM [1] qui sera un beau vivier. Des bas-normands font aussi le déplacement, mais des marseillais tels Franck Agulhon, Pierre-Alain Goualch ou Jean-Philippe Morel viennent à cette école. Médéric Collignon originaire des Ardennes voisines est de la partie. Tout comme Franck Agulhon, il deviendra enseignant du CNCM. Médéric, Franck et Nicolas habitent sur le même palier dans Nancy, on imagine l’ambiance. Dans ce contexte vivifiant, Nicolas participe à plusieurs expériences avec ses copains de promotion dont un groupe funk avec son ami le batteur William Carémiaux.

Nicolas Guillemet au festival de Maizet 2006  -  voir en grand cette image
Nicolas Guillemet au festival de Maizet 2006
photo © Christian Ducasse

La première rencontre révélatrice sera celle du bluesman d’origine africaine Kilimandjaro. Concerts, tournées, forgeront l’âme de Nicolas dans le métier et il en sera du second enregistrement de Kilimandjaro sur la belle étiquette EMD (http://labelemd.free.fr) : « I on blues ». La section des soufflants inclut au cornet de poche Médéric Collignon qui à l’instar de Nicolas participe également aux background vocals.

Revenant sur ses pas vers sa Basse-Normandie natale, Nicolas croise la route du fulgurant saxophoniste hongrois Akosh S puis bifurquant vers Moscou il s’intègre à la fanfare Pakava It qui le rappellera pour participer à l’extravagante manifestation d’ Arkhangelsk en Sibérie.

Installé à Caen, les expériences décalées se multiplieront pour Nicolas au sein d’une des plus riches communauté que l’on puisse rencontrer hors la sphère parisienne. On n’est pas étonné de trouver Nicolas sur le territoire de la poésie musicale pour les improbables festivités du Cercle des Piroumanes (http://piroumanes.blogspot.com/ ) au sein du trio Mnêsis ( Elodie Fourré : violoncelle / Doriane Dessous : contrebasse). Cette nuit d’août 2005, il jamme avec le Manchot Samuel Loison (batterie et guitare ) sans savoir que ce dernier a lui aussi fait le voyage fondateur de Nancy où Franck Agulhon fut son mentor. De mentor, Nicolas n’en a point eu si ce n’est peut-être les fantômes des poètes maudits ou celui d’ Albert Ayler.

Nicolas Guillemet au festival de Maizet 2006 -  voir en grand cette image
Nicolas Guillemet au festival de Maizet 2006
photo © Christian Ducasse

Dans la capitale bas-normande, Nicolas reprend ses études au conservatoire avec l’enseignement éclairant du tromboniste Thierry Lhiver, qui s’étonnera de voir débarquer un élève à qui il n’a rien à apprendre. Il devient dès lors la providence de toutes les formations qui comptent alentour en matière de swing tonique (avec Jazz 5 de J-B Culot à Coutances en octobre 2006). Il apparaît régulièrement à Jazz sous les pommiers, y compris l’année 2007 sur la scène amateur au sein la très réjouissante formation Hot Trucking Orchestra.

L’année 2008 commence sur les chapeaux de roues, il lui reste 7 mois à vivre. En mars lors du festival Focus Jazz il présente ce qui sera son seul enregistrement sous son nom : « La solitude du rêveur de chandelle » publié par le savoureux « Petit Label »(http://www.petitlabel.com/).

Ce réel chef d’œuvre éclaire la puissance de la flamme d’un artiste hors du commun que nous avons eu plaisir à recevoir à Granville dans la formation qu’il a magnifié : Knoonk . Un quartet, jouant exclusivement la musique de Thelonious Monk, devenu quintet à l’occasion du concert du 22 mars 2008 au théâtre de la Presqu’île.

Nicolas Guillemet - « La solitude du rêveur de chandelles » -  voir en grand cette image
Nicolas Guillemet - « La solitude du rêveur de chandelles »
Caen le 16 mars 2008 - Photo © Culturejazz

Retrouvailles au mois de mai avec ses copains russes de Pakava It, Nicolas s’éclate à Coutances.

Doit-on enfin ajouter qu’il s’était installé en 2006 à Mosles près de Bayeux dans une yourte avec sa compagne Emilie ? Doit-on ajouter qu’il souffrait de gros problèmes de santé vécus tel un cauchemar permanent ? Qu’outre le saxophone alto sur lequel il excellait, Nicolas jouait avec bonheur du saxophone baryton et du taragot ?

Son talent n’avait d’égal que son désespoir et c’est ainsi que Nicolas a décidé de se libérer de son existence fin juillet à l’âge de 36 ans.

Une « big bad blues news » commentera de Paris, Kilimandjaro.


[1Centre Musical et Créatif de Nancy