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Étienne BRUNET : rare et méconnu ?

« Ring Sax Modulator »

D 13 décembre 2008     H 17:20     A Jean Buzelin    


Étienne Brunet est un musicien rare et bien trop méconnu dans le paysage français, qui se tient dans une position inconfortable, volontairement et par la force des choses, à côté des tendances dominantes. Arrivé un peu tard dans la mouvance européenne free du début des années 70, dépassé sur son aile par la génération diplômée des années 80/90, il n’a jamais vraiment trouvé sa place dans un milieu où il ne se reconnaît pas vraiment. Ce qui lui donne, malgré un manque de “visibilité“ (pour employer un mot à la mode), toute liberté pour travailler, expérimenter et rencontrer des gens qui, eux aussi dans leurs domaines, fonctionnent hors de l’establishment. Cet homme d’une grande curiosité, vrai amateur et connaisseur des musiques populaires afro-américaines (blues, soul, funk, hip hop, etc.), du jazz au sens le plus large (Louis Jordan voisine avec Ornette Coleman), et de toutes les avant-gardes, joue régulièrement avec Djeour Cissokho et des musiciens sénégalais. Depuis une quinzaine d’années, il produit des disques particulièrement aboutis, travaillant en amont et en aval du jeu instrumental et de la performance live avec des mixages et des samplings qui permettent des résultats sonores sophistiqués assez étonnants.

Étienne Brunet Ring Sax Modulator : « Love Try » -  voir en grand cette image
Étienne Brunet Ring Sax Modulator : « Love Try »
Saravah / Openzic

Le présent disque, longuement élaboré, représente à ce sujet une excellente introduction à sa musique. S’appuyant sur une grosse rythmique funky enregistrée indépendamment, avec une basse électrique mouvante et un drumming chargé, il intègre et superpose des parties de saxophone tranchantes, des fondus de cornemuse, des couches variées de synthétiseur, et diverses informations samplées et travaillées sur son ordinateur. Ce qui donne un objet sonore d’une grande cohérence et d’une puissance impressionnante, qui comprend par ailleurs d’intelligents et beaux hommages à Albert Ayler, John Coltrane et Thelonious Monk (titres 2, 4, 7). Étienne Brunet poursuit donc sa voie, ne s’inscrivant ni dans le prolongement post free, ni dans l’esthétisme culturel bourgeois de la scène jazz française actuelle. Ce qui veut dire qu’il est mis de côté par le “milieu“ et les médias spécialisés, généralistes et radiophoniques. Écoutez-le, ça vous changera et ça vous épatera !


> Étienne Brunet Ring Sax Modulator : « Love Try » - Saravah AYR 2125 - distribution Openzic

Étienne Brunet (as, cornemuse, moog, live 4), Thierry Negro (b), Erik Funka Borelva (dm).

1. Sun’s of Paris / 2. Love Try / 3. East Angel / 4. My Favorite Father / 5. Kiss and Fly / 6. Data Sutra / 7. Blue Pulp.

Compositions de E. Brunet/T. Negro/E. Borelva.

Enregistré à Paris en 2007.


> À écouter également :

  • Postcommunism Atmosphere (1994) - Deux Z 84116
  • La Légende du Franc Rock ‘n’ Roll (1996) - Saravah SHP 1
  • B/Free/Bifteck (1998) - Saravah SHP 7
  • White Light (2000) - Al Dante
  • Improvisations (1997-2000, avec Fred van Hove) - Saravah SHL 2103
  • Bye-bye la perf. (1998-2004, avec Julien Blaine) - DCC 25
  • Tips (2004, en hommage à Steve Lacy) - Saravah SHL 2118

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