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Henri Texier et ses cinq disques chéris.

Le contrebassiste était à Coutances le 14 janvier.

D 18 janvier 2009     H 20:36     A Thierry Giard    


Mercredi 14 janvier, 19 heures. Le hall du théâtre de Coutances est bien calme... C’est tout juste si on remarque Henri Texier, coiffé d’un de ses célèbres bonnets, tranquillement assis, en conversation avec un journaliste local.

Au-dessus, dans la salle du bar du théâtre, une poignée (seulement !) de passionnés et de curieux attendent autour d’un verre que « Monsieur Henri » vienne nous livrer un secret : les cinq disques qui lui sont les plus chers !

Henri Texier -  voir en grand cette image
Henri Texier
Photo © Yves Dorison

Une épreuve difficile mais passionnante car en deux heures, c’est une plongée dans l’histoire du jazz moderne (depuis la fin des années 50) qui nous a été proposée avec l’éclairage d’un contrebassiste autodidacte initié à la pratique du jazz dans les clubs, au hasard des rencontres avec des musiciens aujourd’hui légendaires. C’est également un artiste engagé qui a présenté son cheminement des fondements classiques du jazz jusqu’à l’avant-garde en insistant sur l’influence essentielle de ces « passeurs » que furent Charles Mingus ou Don Cherry, Miles Davis et Paul Motian. Une quête de la liberté qui fait que l’artiste est aussi un acteur dans la lutte pour une société plus juste et plus humaine.

Surprise sans doute pour l’auditoire, c’est des batteurs que le contrebassiste parle avec le plus de passion. Il avoue même avoir songé à abandonner la contrebasse pour la batterie vers les années 1966-67. Elvin Jones, Philly Joe Jones, Dannie Richmond, Billy Higgins, Paul Motian, autant de noms qui fascinent un musicien qui aura passé sa vie d’artiste aux côtés de virtuoses des toms et des cymbales, en tirant fort sur les cordes de sa grosse contrebasse pour être entendu, en utilisant des baguettes et autres accessoires en complément de ses doigts et de son archet pour qu’on perçoive sa voix singulière...

En attendant la parution imminente de « Love Songs Reflexions », le nouvel album du Henri Texier Red Route Quartet (chronique à paraître), la tournée du quartet dans le cadre d’un « Régional Tour » en Pays de Loire pour l’Europa Jazz Festival et la création « Mozaïc Man » pour le festival Jazz Sous les Pommiers 2009 (Coutances), voici donc les choix de Henri Texier. Des disques dont il parle longuement et avec passion...


> Sonny Rollins : « A Night at the Village Vanguard » - Blue Note - disque publié à l’origine en 1957.

Sonny Rollins : « A Night at the Village Vanguard » -  voir en grand cette image
Sonny Rollins : « A Night at the Village Vanguard »
Blue Note records.

Ce disque n’a été disponible en France qu’au début des années 60. En choisissant l’interprétation du standard « Old Devil Moon », Henri Texier a voulu insister sur le jeu totalement original pour l’époque du batteur Elvin Jones.

C’est en regardant la photo de pochette présentant, en contre-plongée, le contrebassiste Wilbur Ware qu’il s’est mis en quête d’une grosse contrebasse, SA contrebasse qui l’accompagne encore aujourd’hui !






> Miles Davis : « Milestones » - Columbia/Sony Jazz - date de publication à l’origine : 1958

Miles Davis « Milestones » -  voir en grand cette image
Miles Davis « Milestones »
Columbia / Sony Music

« Si on ne savait pas ce que pouvait signifier le mot »planer" à l’époque, c’est pourtant cette sensation que l’on avait à l’écoute de ce disque : les musiciens font s’envoler la musique qui se développe entre profondeur et légèreté.
Une esthétique inhabituelle pour l’époque et une grande élégance...
" c’est ainsi que Henri Texier perçoit cette musique. Il souligne le positionnement singulier de Miles Davis qui savait aussi se mettre en retrait quand il le fallait pour laisser ses sidemen s’exprimer et quels sidemen : John Coltrane, Cannonball Adderley, Red Garland, Paul Chambers et, à la batterie, Philly Joe Jones !






> Charles Mingus : « Ah Hum » - Columbia/Sony Jazz - date de publication à l’origine : 1959

 Charles Mingus : « Ah Hum » -  voir en grand cette image
Charles Mingus : « Ah Hum »
Columbia/Sony Jazz

1957, 1958 puis 1959 : trois disques sur trois années. Une période charnière pour le jazz avant les années 60 et l’éclosion du free-jazz. Mingus est une articulation essentielle dans la mutation du jazz : cet admirateur d’Ellington, peu préoccupé de religion était pourtant fasciné par la transe du gospel, de la soul music et les déclamation des preachers... ainsi que des grands leaders des mouvements de défense du peuple noir aux USA. Avec « Better get it in Yo’ soul » puis la version appaisée des « Fables of Faubus » deux compositions célèbres contenues dans ce disque, Henri Texier s’arrête longuement sur l’importance de ce contrebassiste dans sa carrière : le musicien, d’une part, avec un jeu de contrebasse puissant et profond mais aussi le leader, le défricheur de chemins nouveaux porté par une profonde motivation sociale et politique.


> Steve Lacy Quartet : « Evidence » with Don Cherry - Original Jazz Classics - date de publication à l’origine : 1961

 Steve Lacy Quartet : « Evidence » with Don Cherry -  voir en grand cette image
Steve Lacy Quartet : « Evidence » with Don Cherry
Original Jazz Classics

Steve Lacy jouant la musique de Thelonious Monk dans un quartet sans instrument harmonique mais avec la trompette de Don Cherry, la batterie subtilement dansante de Billy Higgins et Carl Brown à la contrebasse. Encore un monument de l’histoire du jazz, longtemps méconnu et (re)découvert tardivement grâce à des éditeurs passionnés. Pouquoi ce choix ? Pour la rigueur de Steve Lacy, la liberté de Don Cherry, une influence majeure de la carrière d’Henri Texier. « Des musiciens conscients de leur engagement pour la défense de leur art ».






> Paul Motian Trio : « Le Voyage » - ECM 1138 / Universal Music - Publié en 1979.

 Paul Motian Trio : « Le Voyage » -  voir en grand cette image
Paul Motian Trio : « Le Voyage »
ECM 1138 / Universal Music

Motian : encore un batteur majeur et atypique qui aura poussé très loin la prise de distance avec le tempo. « Une musique qui dégage une énergie méditative » pour Henri Texier qui souligne que dans cette musique, « la mélodie existe pour elle-même, sans canevas harmonique ». Cette formation doit beaucoup à la présence d’un des grands contrebassistes de l’histoire du jazz, Jean-François Jenny-Clark, qui avait sérieusement revigoré ce trio dont la version précédente (en 1977) avec le contrebassiste David Izenzon était apparue bien étrange !

On soulignera la présence du saxophoniste Charles Brackeen, une voix intéressante aujourd’hui quelque peu oubliée.

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