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Une nouvelle : JAZZ À ANTIBES , par Jacques Chesnel

Dans la série Jazz divagations...

D 24 janvier 2009     H 09:08     A Jacques Chesnel    


… Ce soir là, il y avait au programme un organiste assez connu en trio avec un guitariste et un batteur, nous étions venus pour le guitariste qui n’était autre que George Benson pensez donc… dès le début, ça démarre mal avec l’orgue, Jack McDuff, car c’était lui, se penche à gauche, au milieu et à droite de son instrument, semble vouloir s’arrêter de jouer un instant pendant que Benson prend un solo, se retourne, voit et entend les difficultés de son compère, temporise en distribuant quelques notes en riffs qui font cot cot cot cot pendant que l’organiste disparaît totalement derrière sa machine pendant une bonne minute et toujours cot cot cot… alors un homme se lève parmi la foule des spectateurs et crie : il cherche l’œuf … c’était mon copain le peintre Jean Berthier… l’assistance hurle de rire et d’applaudir…

Jazz à Antibes...  -  voir en grand cette image
Jazz à Antibes...

… Je me souviens également de l’énorme bronca lorsqu’un présentateur annonça la chanteuse Sarah Vaughan en juillet 1963 : et voici Sarah Vos gants… elle en porte pas répliqua-t-on… mieux encore, toujours à Antibes, nous allions prolonger le festival dans un club qui recevait des musiciens… une nuit débarque une troupe de travestis venant du Pam-Pam d’en face après leur spectacle… les « filles » étaient vraiment splendides tout en décolleté jusqu’au nombril et minijupe aussi… à ne pas en croire les yeux… et l’un(e) de ces créatures entreprend alors de séduire (avec forces démonstrations, battements de cils géants, tiraillements de jupe ras le bonbon, remise en place de seins plus que généreux, ventilation de l’entrejambe avec un prospectus) un de nos plus célèbres musiciens européens qui mit longtemps à se défaire de cette tentative de drague tous ses copains daubant sur cette histoire… tu as un sacré ticket, mec… on sort de la boîte, il est cinq heures Antibes s’éveille, il fait déjà jour et soleil, on n’est pas pressé de rentrer dormir, on discute tandis que nos compagnes regardent les devantures des boutiques alors que s’approchent vers nous et nous reconnaissent deux des plus fameux musiciens de l’orchestre de Duke Ellington, Johnny Hodges casquette éponge vert pomme et Russell Procope la même en violet que nous avions interviewé la veille après la balance du concert hey men how are you doin’… euh dites vous savez où on pourrait trouver des putes nous demandent-ils, ben non nous pas d’ici du côté de la gare peut-être, haha vous ne pourriez pas voir avec les deux là… mais ce sont nos femmes… oh sorry, so sorry… revus le lendemain, ils n’arrêtaient pas de s’excuser…

….Avec mon copain Michel, nous allons à l’aéroport de Nice dans nos décapotables rouges chercher deux musiciens amis, et pas n’importe lesquels, Muddy Waters et Gato Barbieri qui nous attendent dans le hall, Muddy réclame sa bouteille de cognac à Mike et Gato me demande si je pouvais lui trouver some coke man je suis mort, désolé, mais je ne sais pas, le photographe Pierre Lapijover qu’on appelait Lapijobleue qui le mitraillait intervint moi je sais dit-il, part en courant et revient… brandissant avec fierté une bouteille de coca-cola… j’ai cru que Gato allait mourir… de rire ainsi que sa femme Michele… et moi aussi… Gato qu’on avait invité une autre fois ailleurs à jouer au foot avec nous équipe de journalistes contre équipe de musiciens, il avait enlevé ses lunettes de myope, galopait dans tous les sens, Gato hop à toi le ballon arrivait sur sa droite et notre Chat dribblait… sur la gauche…

et encore, voilà Siné en 68 : on s’était retrouvé, nous les journalistes, au cocktail de presse au Château de La Brague (qu’on appelait de la Braguette évidemment) pour un buffet somptueux avec le maire, le gratin antibois et la plupart des musiciens programmés. Le soir, concert de Pharoah Sanders. Le coin dévolu à la presse, sur le côté gauche de la Pinède derrière le plus imposant des pins d’icelle, ne permettait pas aux accrédités de bien voir toute la scène ; alors à l’entracte, Siné me propose de venir s’installer avec lui au premier rang et en plein milieu d’icelui ; nous voilà donc installés confortablement, les jambes bien allongées quand la deuxième partie annoncée (la prestation exceptionnelle du Pharaon), le maire d’Antibes arrive et veut reprendre sa place.

Dialogue entre Siné et monsieur Delmas :

  • je vous demande pardon, Monsieur, mais vous êtes assis à ma place
  • je vous demande pardon, Monsieur, mais je suis assis à ma place
  • je regrette cette place est la mienne
  • je regrette aussi car cette place est bien la mienne
  • non, cette place est celle du maire d’Antibes et je suis le maire
  • non, car le maire d’Antibes, c’est moi
  • vous plaisantez
  • je ne plaisante pas
  • dans ce cas je vais être obligé d’appeler le service de sécurité
  • ce n’est pas la peine car je vais le faire moi-même

et Siné de se lever et d’appeler haut et fort les CRS qui, dois-je le rappeler, étaient fort nombreux

  • messieurs, il y a quelqu’un qui veut prendre ma place de maire

moi, j’étais dans mes petits souliers et ne pipais mot car je ne savais pas comment cela pouvait évoluer ; quelques CRS arrivent et monsieur Delmas leur explique… et nous nous levons et partons dans un grand éclat de rire, et c’est ainsi que cette histoire se termine… il y en tellement d’autres…

© Jacques Chesnel (Jazz divagations)


> Les nouvelles de Jacques Chesnel sur son blog : jacqueschesnel.hautetfort.com

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