« Le jazz tisse sa toile... »
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ERIK TRUFFAZ, entretien

D 5 mars 2009     H 21:34     A Yves Dorison    


Erik Truffaz est accessible. Les quelques propos échangés autour de la musique dans une tonalité où l’épaisseur des mots côtoie la simplicité de la pensée, le laisse voir sans fard.
Réjouissant.


Seule la musique

peut occuper le lieu de la pensée

Ou son non-lieu

son propre espace,

son vide plein.

La pensée est une autre musique.

Roberto Juarroz (1925-1995)


Lyon, vendredi 27 février 2009

Voltaire ?

Ah Voltaire ! qui faisait commerce d’idées avec la Suisse. Un bourgeois qui s’est révolté contre les bourgeois. Le siècle des lumières...

La tolérance est-elle une notion qui traverse votre musique ?

Ah oui. Ouverture et tolérance. C’est très important car je ne m’applique pas à épouser un genre de musique. Je ne fais ni un style de jazz, ni un style de rock, datés.

Quelle est la part de l’insaisissable dans votre musique ?

La part de l’insaisissable, c’est la part improvisée. Celle qu’on recherche chaque jour dans les concerts. C’est la part qui nous est la plus chère parce que la plus magique. Ce à quoi on ne s’attend pas.

Avec le temps qui passe, êtes-vous encore surpris ?

Oui. Mais je ne me surprends pas moi-même. C’est la musique qui est surprenante et la relation avec les autres musiciens.

En musique, recherchez-vous le tout-autre ? Allez-vous au-delà de ce que vous êtes ?

Le tout autre, c’est un bien grand mot. Il y a eu tellement de choses de faites que si on recherche cela, on arrête tout. Je cherche à faire le mieux possible, qu’il y ait le plus possible d’émotion, de vibration, que ce soit habité.

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Erik Truffaz
Ninkasi, Lyon, 27/02/2009

L’illimité...

Quand je fais un disque, je suis obligé de cadrer ce que j’entreprends. Sinon on fait tout et n’importe quoi.

Vous avez beaucoup de projets différents sur de nombreux terrains musicaux. Ne vous interdisez-vous rien ?

Non, rien du tout. Enfin, j’ai tout de même des interdictions quasi politiques aussi. Il y a des choses que je ne ferais pas : un concert avec la Garde Républicaine, par exemple... ou des marches militaires. Ceci étant, je n’ai aucune limite dans les formes. Très peu de musiques me plaisent, mais toutes les musiques me plaisent. Si j’écoute les radios populaires, très peu de choses me conviennent, mais je peux de temps à autre y trouver un morceau qui m’intéresse.

Votre voyage musical, c’est un parcours qui vous habite et vous porte ?

Non, je ne peux pas seulement me laisser porter. Il y a des périodes où je dois me triturer les méninges pour savoir ce que je vais faire après. Une fois que les projets sont construits, c’est bien. J’ai juste à faire avancer le bateau. C’est tranquille. Je voyage. Mais l’échéance suivante approche et il faut trouver autre chose... Là, je ne me laisser plus porter. C’est moins confortable.

L’angoisse du créateur ?

C’est la merde, oui ! C’est un moment difficile qui revient régulièrement. De toutes les façons, je suis tout de même dans un système commercial qui fait que, si je veux vivre des concerts, il me faut inventer toujours. C’est le chat qui se mord la queue. Quelquefois, je m’arrêterais volontiers de trouver des idées pendant trois ou quatre ans.

D’être signé sur une « major », cela a-t-il changer votre rapport à la musique ?

Oui bien sûr.

Cela vous a-t-il donné des contraintes supplémentaires ?

Non. ça m’a permis d’être musicien. C’est très différent. Mais vu le succès du jazz par rapport au rock, je ne peux pas faire comme Charlélie Couture qui part deux ans en Australie et qui attend que cela remonte. Je dois être un peu plus productif.

Vous êtes un adepte de la poésie verticale...

J’adore ça ! Juarroz, je trouve son œuvre incroyable. C’est une sorte de perfection. Il touche le monde de façon quasi spirituelle, avec des mots justes, sans être dans la bêtise. C’est puissant.

D’une manière générale, la poésie vous attire ?

Oui, c’est important pour moi. L’acte poétique, que ce soit écrire un poème ou trouver une forme dans l’improvisation, c’est ce qui importe. C’est là qu’est la vibration, que les choses se passent. Après, certains trouvent cela en allant à la messe le dimanche matin... Pour moi, c’est une autre histoire.

Juarroz écrit : « il n’y a pas de silence ».

La spécialité de Roberto Juarroz, c’est la pirouette, l’oxymore. Il est vrai que dans le désert, le son est en nous. Mais il n’y a pas de musique sans silence. Il faut un minimum de silence pour placer des sons. J’ai joué à Madrid dans une exposition de peinture où les gens n’en avaient rien à faire. Il y avait tellement de bruit que même la musique devenait impossible. Nous sommes dans un monde où le silence est rare, surtout en ville. Pour revenir à Juarroz, ce que j’aime chez lui, et qui est parfait pour des gens qui vieillissent, comme vous et moi, c’est qu’il donne toujours dans ses poèmes plusieurs angles, qu’il n’existe pas qu’une seule solution aux réponses. C’est bien ce qu’on apprend avec l’âge, et cela me plaît beaucoup.

Cherche-t-il des questions à ses réponses ?

C’est encore autre chose. Jeune, on pense souvent qu’il n’y a qu’une réponse. On a besoin d’affirmer cela.

Vous travaillez également avec le poète Joël Bastard.

C’est ami et un poète incroyable. Ensemble, nous avons un projet courageux, surtout pour lui. Nous arrivons sur scène et tout le monde improvise, lui compris. Ce n’est pas de l’écriture automatique, il écrit directement sur une palette graphique des poèmes qui sont projetés et auxquels nous réagissons. Mais nous autres musiciens, on a tout de même quelques morceaux préparés à l’avance. C’est une personne incroyable, totalement simple.

Vous, musicien qui mettez beaucoup de mots dans certains projets, pensez-vous que votre musique serait appauvrie sans textes ?

Oui, je crois. Mais quand il y a une voix, ce n’est pas un hasard. C’est qu’elle enrichit la musique et que c’est la manière la plus naturelle d’énoncer le propos.

Etes-vous tenté par l’écriture ?

J’aimerais bien être écrivain. J’adorerais ça, bien sûr.

Un critique a écrit de Chet Baker, relativement à un de ses derniers albums, qu’à chaque enregistrement, il avalait un peu plus sa trompette...

C’est bien dit. Pour moi, le son devient de plus en plus profond. Je n’ai pas trouvé la métaphore pour expliquer ce phénomène sinon de dire qu’à chaque disque mon son s’amplifie et devient de plus en plus profond, épais.


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