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MARC PERRENOUD TRIO à Lyon

Entretien...

D 25 mars 2009     H 23:06     A Yves Dorison    


Vendredi 13 mars, de passage à Lyon au Périscope, juste après une date à Grenoble et avant de partir en tournée en Argentine, Marc Perrenoud, Marco Muller et Cyril Regamey, se sont prêtés au jeu de la conversation informelle au resto du coin. Propos d’avant concert entre la pizza et le café.


LOGO est un disque de jazz teinté par moments de rock, ce qu’on retrouve souvent de nos jours dans nombre d’albums de musiciens de jazz. C’est un passage obligé ?

C.Regamey : Ce n’est pas obligé, on le fait naturellement.

M.Perrenoud : C’est instinctif. La couleur binaire existe depuis longtemps. Le binaire dans le jazz américain est très présent depuis toujours, même si c’était dans des bossas...

M.Muller : Le jazz est plus éloigné de nous que le binaire.

Le swing pour un suisse, c’est exotique ?

M.Muller : Je trouve, oui.

Le swing, actuellement, est quasiment en voie de disparition, non ?

M.Perrenoud : C’est peut-être une histoire de mots. C’est quoi le swing ? Une histoire de triolets ?

C.Regamey : C’est une façon de se positionner par rapport au temps

Humair, il swingue ?

C.R : Des fois, oui. mais je le trouve très binaire, notamment sur les swing rapides.

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Marc Perrenoud
Lyon, 13 mars 2009

Qui a formé le trio ?

M.P : On raconte l’anecdote habituelle, oui ? On avait une tournée prévue en Argentine, en 2007 et on n’avait plus de bassiste. Une ou deux semaines avant, j’avais reçu un mail de Marco qui avait écouté notre musique sur Myspace et qui l’aimait. Alors je lui ai dit de venir en Argentine avec nous. Notre premier concert a eu lieu à Buenos Aires.

Dans la banlieue genevoise, donc...

C.R. : A quelques encablures...

Quand tu composes, tu penses essentiellement musique ou tu te réfères à d’autres champs artistiques ?

M.P : Pas trop en fait. Je trouve plus facilement l’inspiration dans un endroit totalement stérile, sans éléments extérieurs précis. Sûrement qu’une part de l’inspiration vient de ce que je vois au jour le jour. Mais ce n’est pas un tableau de Cézanne qui va tout à coup me décider à composer.

Ce n’est pas conceptuel.

M.P : Non. Je suis instinctif, pulsionnel. C’est très aléatoire pour moi, la composition. Cela va sortir régulièrement pendant quelques semaines et puis ensuite, plus rien. Par contre, j’ai remarqué que je pouvais stimuler ma créativité, qu’il y a un aboutissement dû à un travail sur soi. Rien ne sort de moi par hasard. Je suis capable de répéter tous les jours à la recherche de l’idée. Mais elle ne vient pas de manière purement intellectuelle. J’essaie beaucoup.

Totalement à tâtons ?

M.P : A tâtons totalement.

Où en était-on ? Pouvez-vous me dire qui est Marc Perrenoud ?

C.R : La première fois que je l’ai rencontré, c’était pour une inauguration de studio. Je l’avais appelé sans le connaître. C’est quelqu’un de très instinctif, Marco et moi aussi. C’est peut-être cela qui a permis la formation du trio. C’est bien trois entités réunies. Marc sait ce qu’il veut. Il est disponible, spontané et réfléchi dans le même temps.

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Marco Muller
Lyon, 13 mars 2009

M.M : Faut que je réfléchisse...

Trois ou quatre pianistes que tu écoutes à la maison.

M.P : Rien d’original. J’écoute Brad Meldhau, en solo ou en trio. J’ai beaucoup écouté Art Tatum et Oscar Peterson. J’adore Phineas Newborn, qui est moins connu. Bill Evans. Plus récents, Bollani, Rubalcaba. Bobo Stenson aussi , mais je ne suis pas un grand fan.

M.M : En concert, c’est bien mieux.

C.R : Avec le batteur fou. Extraordinaire !

Quelques batteurs, Cyril ?

C.R : Alors dans les vieux, Philly Joe Jones, Elvin jones, Art Blakey. Un peu moins vieux, Jack DeJohnette, Tony Williams. Il y a aussi Joe Chambers que j’aime particulièrement. Max Roach. Un petit faible pour la technique de Buddy Rich car j’aime bien les big-bands. Chez les modernes, je suis très fan de Jim Black.

Qui joue à côté d’ici ce soir...

C.R : Oui... et Brian Blade et beaucoup d’autres.

T’as réfléchi, Marco ?

M.M : Oui, oui. Là c’est plus simple que Marc ! J’aime bien Wilbur Ware qui a joué avec Monk. J’adore ça. Dans la même direction, Oscar Pettiford. Larry Grenadier, Scott Coley.

Que penses-tu d’Henri Texier ?

M.M : Franchement, je ne connais que le nom.

M.P : Ce qui est intéressant dans cette remarque, c’est de voir à quel point la scène jazz européenne est divisée. On le sent bien, en Suisse. Il y la scène française, la scène allemande et l’italienne qui a des connections avec la France quand même. La scène nordique est plus rattachée à l’Allemagne. C’est comme ça que des grands noms ne passent pas la frontière.

C’est difficile de sortir de Suisse pour vous, à part pour aller en argentine ?

M.M : Moi je joue souvent en Allemagne et en Autriche. Par contre, j’ai joué en France pour la deuxième fois hier.

C.R : Je joue assez sur le nord. La Belgique, la Hollande. L’Espagne, le Portugal aussi.

M.P : J’ai plus joué en France, parce que je joue avec des français. mais c’est vrai que la façon de voir la Suisse change beaucoup d’un pays à l’autre. C’est spécial. On est très considérés en Allemagne. En France, on nous prend souvent un peu de haut.

Oh, c’est typiquement français d’avoir la science infuse...

M.P : Les français connaissent très peu la Suisse. C’est un pays moderne...

M.M : J’adore comme tu dis ça !

M.P : Il y a encore des gens pour se demander si on a Internet alors qu’au niveau de la création, il y a beaucoup de moyens. Beaucoup de grandes salles et de clubs proportionnellement à la taille du pays.

L’aspect fédéral vous rapproche peut-être plus de l’Allemagne que de la France...

M.P : Je me rappelle de Sylvain Ghio, le batteur, avec qui j’ai souvent joué. Il me disait qu’il y avait beaucoup, presque trop, de musiciens à Paris. Il était taraudé par l’idée de retourner dans sa ville, Toulon, mais en même temps, il avait peur que cela soit considéré comme un échec. C’est assez terrifiant...

Vos envies de collaboration musicale. Une évolution du trio avec un quatrième musicien ?

C.R : Comment ? Sacrilège !

M.P : Je n’ai pas vraiment imaginé cela. Par contre, personnellement, je serais plus attiré par une trompette, ou une voix, une voix d’homme, un chanteur...

M.M : en gros, pour résumer...

M.P : Voilà. Et la trompette...

M.M : Un éléphant... Une chanteuse aux hormones... Hum...

De Chassy et Yvinec ont enregistré récemment avec Paul Motian et Mark Murphy.

C.R : Daniel Yvinec, j’ai joué avec lui au Duc des Lombards. Super contrebassiste.

Vous avez un agent ?

M.P : Non. Il n’y a quasiment pas d’agents en Suisse. C’est compliqué pour nous quand on joue en France. On n’a pas de tourneur. On fait tout nous-mêmes.

Cyril Regamey -  voir en grand cette image
Cyril Regamey
Lyon, 13 mars 2009

Moins d’intermédiaires...

C.R : ...mais plus de boulot.

Le trio a-t-il une durée de vie limitée ou as-tu envie d’autres projets en simultané ?

M.P :D’autres choses en même temps, oui bien sûr. J’ai un projet solo qui va aboutir à un vague disque un jour... Mais pour l’instant, c’est le trio qui prime.

Avec des compos originales... et des standards ?

M.P : Tout à l’heure, tu parlais de cette couleur binaire qui pouvait nous éloigner du jazz. Je pense au contraire que les standards nous permettent de rester dans cette musique tout en faisant des arrangements différents, plus actuels.

Il y a 80 ans le jazz était une musique dansante. Puis il a évolué comme on sait et s’est trouvé, à une époque, opposé par les médias au rock.

M.P : Oui, mais c’est assez naturel aujourd’hui que le jazz se rapproche du rock parce que c’est aussi une musique dansante, festive, qui vient des tripes. Il y a une interconnexion réelle.

La magie du standard donc, revu et corrigé ?

C.R : La magie du répertoire qui est plus grand en jazz. Mais avec mes élèves, on parle de morceaux de pop rock, que l’on n’appelle pas standards, mais que toute une génération connait, au même titre que les standards d’avant.

On a été habitué pendant plusieurs décennies à des jazzmen qui avaient, en matière de création, toujours un train d’avance. Est-ce pour cela que le recours au rock peut paraître une régression ? Est-ce que les jazzmen ont encore quelque chose à créer ?

C.R : Quoi qu’on joue, je crois que cela reste de la musique improvisée, pas forcément du swing, quelles que soient les influences. Pour moi, le jazz, c’est une manière de s’exprimer, une forme de liberté, et peu importe le style. L’important, c’est la manière dont on communique. C’est vraiment un état d’esprit.

Est classé « Jazz » tout ce qui touche à l’improvisation ?

M.P : Ca pourrait être une définition.

C.R : Oui, ça pourrait être une définition. Quand je joue de la musique improvisée, je ne pense pas à savoir ce que je joue précisément. Je me concentre sur ce que j’ai envie de jouer au moment où j’ai envie de le jouer. Cela peut être un chabada, ou être free, binaire. Mais c’est avant tout ce que j’ai envie de jouer et de communiquer à l’audience. Dans l’instant, Debussy ou Zorn peuvent être une influence, Korn ou les Beatles aussi. C’est la sensation de liberté qui compte. Même quand on écrit des morceaux.

Marc, l’écart est-il grand entre le composition écrite et son enregistrement ?

M.P : C’est variable selon qu’elle a été écrite peu de temps avant ou depuis déjà quelques années. Ensuite, les musiciens avec lesquels on la joue ont leur importance. Je n’aime pas donner trop d’indications aux musiciens. Je préfère voir ce qui sort. Il y a une idée de base et chacun amène ce qu’il souhaite. il faut faire confiance aux idées et aux envies des musiciens que l’on a choisis. C’est essentiel de partager cela.

C.R : Pour Marco et moi qui jouons les compositions de Marc, c’est très agréable de pouvoir essayer, d’avoir cette liberté.

Fin de la cassette audio « Ferric 60 ».................


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