« Le jazz tisse sa toile... »
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Chaleurs au JAZZ FESTIVAL du Parc Floral.

Quand tu seras en haut de la montagne, continue de monter.

D 6 juillet 2009     H 22:13     A Alain Gauthier    


Tous les goûts sont dans la nature, les dégoûts aussi. Ce samedi, certains ont préféré la nature électronique en regardant le prologue de la grande opération promotionnelle pharmaceutique annuelle qui teste en grandeur nature l’avenir du culte de la performance au travail. Un genre de « Ensemble, tous shootés » associé à la stratégie répétitivement circulaire de l’écureuil dans sa cage : « Travaillez plus pour travailler plus pour travailler plus pour…. ». D’autres, dans le même monde en deux dimensions, ont regardé les deux américaines noires sœurs se relancer une jaune balle sur le central court et sur fond de ras vert gazon. Nous étions un nombre certain à avoir choisi la vraie vie, avec des morceaux du fruit défendu dedans (le plaisir), celle qui fait se rassembler des vrais gens qui transpirent, soupirent, se lèvent pour applaudir, en redemandent, commentent savamment au lieu de ressentir, tout ça au moins en quatre dimensions, avec du soleil qui chauffe la peau, une brise rare, de l’herbe verte végétale, des pigeons mélomanes et tout et tout.

Ce fut MAGNIFIQUE. Un de ces concerts dont on se dit, après : j’ai bien fait de quitter mon canapé et de risquer d’être déçu ou pire encore.

Médéric Collignon -  voir en grand cette image
Médéric Collignon
A Vaulx Jazz 2008

En première partie, Médéric COLLIGNON et son 4tet Jus de Bocse. Médéric COLLIGNON, cornet de poche, voix, bidouilles électroniques, Frédéric CHIFFOLEAU à la contrebasse, Franck WOSTE au Fender Rhodes et Philippe GLEIZES à la batterie s’exposent en toute démesure en revisitant la période 68-75 de Miles DAVIS. Revisite funky binaire qui pue la sueur et qui, comme le susurrait mon voisin à sa voisine, fait l’impasse sur l’espace propre à la musique de Miles jouée par Miles. Tant mieux. Ici, c’est Jus de Bocse qui met sa patte sur cette musique. COLLIGNON à fond les ballons ( mais lui arrive-t-il de bouger lentement ? ) soutenu par le bassiste et le pianiste imperturbables, carrés, solides, prêts à tous les rythmes, le batteur qui, d’un début tout en discrétion, pousse et pousse et pousse. Chaud devant : ça joue terrible. Entre l’énergie inépuisable des quatre lascars et la musique proposée, il se passe sur cette scène un petit quelque chose de grand qui fait ranger dans la catégorie Insipide nombre de groupes qui hantent les scènes ici ou là. Ella Fitzgerald a commis, il y a fort longtemps, une improvisation mémorable dans la pinède d’Antibes-Juan les Pins en scattant à partir des cris de cigale (« criquets, criquets...  ») qui transperçaient la nuit et son concert. Sous la vaste toile du parc Floral, c’est un cri de bébé qui a fait écho aux vocalises de Collignon, cri immédiatement intégré dans la musique en cours. Un truc grand, je vous dis.

Vienna Art Orchestra « Third Dream »

Le VIENNA ART ORCHESTRA qui prend la suite a du souci à se faire. Comment ne pas laisser retomber la sauce ? Comment surfer sur cette vague pour se lancer encore plus loin ?

Matthias RUEGG, « papa » de cet orchestre et compositeur, nous présente son nouveau programme, joué ce jour pour la première fois en France. Une suite de douze pièces intitulée THIRD DREAM. Il nous dit avoir mélangé musiciens classiques « ouverts » et musiciens de jazz pour ce projet, ce qui donne :

  • un pupitre de cordes : contrebasse, un violoncelle et trois violons dont un alto,
  • un pupitre de bois : basson, clarinette siB et clarinette basse, hautbois,
  • un pupitre « métal » : flûte et sax ( ténor/soprano ), trompettes, trombone, cor,
  • une pianiste, un vibraphoniste, une percussionniste, une chanteuse.

Autant le dire tout de suite : nous sommes bluffés. C’est une musique superbe de chez superbe. Comme la dégustation d’un vin rare et précieux qui réjouit tant les papilles qu’il est inutile, les jours suivant, d’en vouloir goûter un autre. Quatre jazzeux prennent de magnifiques soli libres et très cadrés par l’architecture des pièces et les musiciens classiques ouverts qui s’y collent à leur tour, s’ils n’improvisent pas, délivrent leurs soli (sans doute écrits) avec juste ce qu’il convient d’accentuation ou d’interprétation. Intensité, puissance, mélodie, récit, dialogues, surprises : c’est passionnant de bout en bout, beau à pleurer et le mélange des genres complètement réussi. Le Vienna Art Orchestra, en jouant sa musique, s’est inscrit dans le chemin tracé par Jus de Bocse en première partie et en a remis une couche bien dodue et charnue.

Vivement le CD pour réécouter et réécouter et réécouter cette œuvre : Third Dream.


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