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Jean-Christophe CHOLET & DIAGONAL

Un orchestre authentique au croisement des différentes cultures musicales européennes.

D 20 octobre 2009     H 22:48     A Armel Bloch    


Très engagé depuis le début des années 1990 dans l’écriture pour orchestre, le pianiste Jean-Christophe Cholet dirige son ensemble depuis plus de quinze ans. Coup de projecteur sur l’histoire riche et marquante de cette grande formation, aujourd’hui dénommée Diagonal, membre de l’association Jazz en Grands Formats.

L’histoire commence dans l’Yonne en 1990, où est née la volonté de créer un orchestre de jazz, baptisé Odéjy [1]. Il regroupe plusieurs musiciens du département : François Canard (saxophone) et François Arnold (guitare), qui écrit les compositions et arrangements des deux premiers programmes. Deux enregistrements voient le jour en 1991 : Time Remenbered en hommage à Bill Evans et And Co. Jean-Christophe Cholet est aux piano et clavier.

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Jean-Christophe Cholet et Diagonal.
Jazz sous les Pommiers - Coutances - 3 mai 2008

Cholet prend la direction de l’orchestre en 1992, écrit son premier programme personnel puis enregistre Ostinatologie en 1993. Une maturité débordante pour l’écriture et la direction musicale apparaît. Ses talents de compositeur rigoureux et soucieux du détail se révèlent avec une orientation mélodique très développée. Les thèmes sont chaleureux (Stan & Chet  et Hymne pour M.M. ). Certains morceaux évoquent les répertoires swing et moderne des big band (When Will The Blues Leave ?, Tourner Autour, Ostinatologie , Trois) et d’autres un format d’orchestre de jazz moins commun, très souple, plus attentif aux nuances et timbres, aux harmonies complémentaires entre les pupitres (Machination, Minuetto, Petrole Time). Il laisse une part raisonnable aux solistes. L’octet sonne comme le double de musiciens avec un ajustement réfléchi des voix et une alternance des formats, qui donne à la musique tout son relief. Le cor d’harmonie apporte une touche cuivrée et une rondeur de son dans deux introductions (Minuetto et Hymne pour M.M.). Les musiciens, toujours régionaux, se renouvellent [2]. Le pianiste obtient avec ce programme un premier Prix de composition au Concours National de Jazz de La Défense et un deuxième Prix d’orchestre.

Après cette première immersion, Jean-Christophe Cholet entame un vaste chantier d’écriture autour des musiques populaires européennes avec Suite Alpestre [3] . Le défi est simple : s’inspirer des quatre cultures qui constituent le patrimoine musical du massif alpin. Il fait appel à Mathias Rüegg (directeur du Vienna Art Orchestra) qui se consacre à la Suisse et à l’Autriche (La Suisse n’existe pas et Poschavia). Cholet s’occupe de la France et de l’Italie (Alpissimo con fuoco, Canto in petto, Alpissimo cantabile et Canto en mountagno). Les thèmes, aux constructions très personnelles s’imprègnent de musiques traditionnelles. Des éléments rythmiques et mélodiques placent le projet au cœur des musiques jazz, contemporaine et folklorique. Le pianiste invite deux musiciens suisses immergés dans cette culture transalpine : Mathieu Michel (trompette) et Claudio Pontiggia (cor d’harmonie) [4]. L’orchestre poursuit sa croissance et son renouvellement. Il accueille dans ses pupitres deux têtes récemment connues : le tromboniste magistral Geoffroy de Masure et le contrebassiste Hubert Dupont, à contempler en solo sur le court thème Canto in petto. La musique est savoureuse, l’écriture très contrastée, aux éléments formels inattendus : des éclats cuivrés palpitants s’opposent à des périodes plus calmes et teintées de mélancolie. Cholet laisse toujours une large place aux improvisations (introduction charmante du saxophone soprano sur Canto en mountagno) et ramène l’ensemble à bon port, exactement là où il l’entend avec des reprises solennelles.

Jean-Christophe Cholet et Diagonal. -  voir en grand cette image
Jean-Christophe Cholet et Diagonal.
© DR

En 2000, l’orchestre n’existe plus sous le nom Odéjy et perd son étiquette régionale pour se développer au niveau national. Son directeur le rebaptise Diagonal et maintient sa volonté de s’imprégner des cultures musicales européennes, source d’inspirations inépuisables qui l’ont toujours fasciné et dont il estime « mettre en exergue la richesse des mélodies à travers un projet soigneusement défini », avec son propre regard et sa sensibilité personnelle. Le casting de musiciens change et devient un onzetet franco-suisse [5]. Geoffroy De Masure et Patrice Bailly maintiennent une position centrale dans le pupitre de cuivres. Le pianiste explore les musiques britanniques du début du siècle dernier, avec les programmes English Sounds et Irish Suite, construits autour de pièces follement bien arrangées (Eleonor Rigby de John Lennon et Paul Mc Cartney ; Romance de Benjamin Britten ou Les Funérailles de la Reine Mary de Purcell). La musique ressurgit comme un miroir imaginaire et magique. Des mélodies irlandaises (Sweet Irish Suite) et des compositions originales du pianiste (Little History et Anglophobia) sont inspirées de ses voyages dans les îles britanniques. Des diagonales sont tirées entre deux pays, deux nationalités de musiciens et différents instruments. On regrette l’absence d’enregistrement.

Nicolas Mahieux (cb) et David Venitucci (acc). -  voir en grand cette image
Nicolas Mahieux (cb) et David Venitucci (acc).
Jazz sous les Pommiers - Coutances - 3 mai 2008

Soucieux de se démarquer des autres orchestres et de poursuivre cette élancée d’écriture, il créé en mai 2003 Slavonic Tones lors d’une résidence au Théâtre d’Auxerre [6]. Il s’inspire des folklores musicaux des pays d’Europe de l’Est, thématique inédite pour un orchestre de jazz français. L’idée lui vient avec l’écoute des Farmers Market de Stian Carstensen. La musique slave est transfigurée pour devenir plus belle et savante ; on retrouve ses échos tout au long de l’album, au caractère vif et animé (Echoes from Slavonic), triste (Lituania, Erghen diado) et joyeux (Fanfare). Les rythmes rapides et les sonorités très cuivrées sont des prétextes déjà acquis, qui regorgent de sens et trouvent merveilleusement place dans des compositions personnelles et deux thèmes traditionnels bulgares. Dès les premières notes, l’ensemble évoque un Brass Band, sans entrer dans l’imitation trop facile d’une fanfare klezmer. Un canevas riche de couleurs en fond musical permet la mise en valeur de Julien Labergerie sur Echoes from Slavonic pour un solo aux sons déformés et de Patrice Bailly sur Tzigan Zag. Aucune sensation de saturation n’existe malgré l’abondance des phrases chromatiques et les déferlements de notes au tempo rapide. Contrastes de vitesse, (le thème lent Tche da ti kupim bela seitsa se détache des autres titres plus rapides), alternance de formes rythmiques (très bien illustrée sur Czardas). Un caractère festif (Doudouk) et dansant (Tzigan Zag et Danse 7, aux artifices trompeurs en introduction) incite à l’écoute. Les codes musicaux d’un jazz classique de big-band ne trouvent pas leur place, l’orchestration est bien plus exigeante. Le compositeur s’entoure de musiciens aux personnalités marquantes : couleurs chaleureuses de l’accordéoniste David Venitucci (magnifique introduction sur Doudouk), sensibilité du phrasé fin et exquis d’Airelle Besson (trompette), rythmique éclatante et colorée de Christophe Lavergne (solo marquant sur Tzigan Zag). On reconnaît les talents d’Arnaud Boukhitine, compositeur de Czardas (assimilable à un thème traditionnel) et tubiste à découvrir sur Erghen diado. La contrebasse de Nicolas Mahieux, au son ronflant et apaisant dans Doudouk, introduit Erghen Diado avec merveille. Elle renforce les lignes de basse du tuba pour propulser l’orchestre dans une plus grande épopée.

N. Mahieux, D. Venitucci, V. Mascart, A. Besson, J. Labergerie, G. de Masure, A. Boukhitine -  voir en grand cette image
N. Mahieux, D. Venitucci, V. Mascart, A. Besson, J. Labergerie, G. de Masure, A. Boukhitine
JSLP - Coutances - 3 mai 2008

Le développement très riche de la musique française du début du 20e siècle devient la préoccupation du compositeur avec French Touch, diffusé pour la première fois en mai 2007 à la Scène Nationale de Châteauroux. Cette époque est l’éclosion des premières musiques de films et de la chanson française. Jean-Christophe Cholet évoque des compositeurs marquants : Gabriel Fauré sur Cher JJP, Eric Satie sur Satie, Maurice Ravel dans Faux prétexte mais le jeu facile de l’arrangement n’est pas son choix. Il s’approprie ces univers pour créer une atmosphère plus moderniste, propice à son imagination fantaisiste avec une réelle immersion : son savoir faire d’assembleur entre idées personnelles et phrases marquantes de ses références détache ce répertoire d’un traditionnel hommage. Les compositions portent des titres évocateurs : Frou Frou, Musette, J’ai deux amours ou…Tango. L’écriture d’Arnaud Boukhitine dans Fascination(s) répond aux mêmes exigences que celle du pianiste. L’orchestre trouve sa composition idéale, avec le trompettiste Yann Martin qui succède à Airelle Besson. La sortie du disque chez Cristal Records est une nouvelle occasion de découvrir l’écriture savante et chatoyante du compositeur. A la tête de ce tentet désormais français, Diagonal obéit à un schéma orchestral personnel et équilibré : une majorité de cuivres (deux trompettes, un trombone et un tuba), une rythmique au soutien stratégique, des instruments à anches (deux font amplement l’affaire) et la touche originale de l’accordéon, rare dans les orchestres de jazz.

Par ces différents programmes, Jean-Christophe Cholet explore des directions bien définies, aux orchestrations distinctes, où le génie pour l’écriture délicate se reconnaît. Véritable meneur de projets, il dispose d’une qualité méritante pour la direction d’orchestre : celle de savoir pérenniser son existence, renouveler la musique et choisir les solistes les plus adéquats. Quoi demander de plus ?


> Liens :


> Nouveaux projets 2009/2010 :

  • « Pick-Up » : un quintet où l’on retrouve Jean-Christophe Cholet (piano, composition & direction Vincent Mascart (saxophones soprano & ténor), Geoffroy de Masure (trombone), Nicolas Mahieux (contrebasse) et Christophe Lavergne - (batterie).
  • « Coex » : œuvre concertante pour piano solo et orchestre avec Guillaume de Chassy au piano et l’Orchestre Symphonique de Région Centre-Tours dirigé par Jean-Yves Ossonce. Compositions de Jean-Christophe Cholet.
  • « Hymne à la Nuit » par le trio C. Cholet / H. Känzig (cb) / M. Papaux (dms) avec Élise Caron (voix) et le Chœur Arsys Bourgogne.

> Discographie :

Odéjy/Diagonal :

  • Odejy Tentet - Hommage à Bill Evans - Autoproduit/1991
  • Odéjy Onztet - And Co - Autoproduit/1991
  • Odéjy Octet - Ostinatologie - Autoproduit/1993
  • Odéjy Tentet feat Mathias Rüegg, Matthieu Michel et Claudio Pontiggia - Suite Alpestre - Pee Wee/1997
  • Diagonal - Slavonic Tone - Altri Suoni/2007
  • Diagonal - French Touch - Cristal Records/2009

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[1Orchestre Départemental de Jazz de l’Yonne

[2Patrice Bailly (trompette), Jean-François Michel (saxophones), David Pastor (cor), François Choiselat (trombone). Eric Bédoucha (batterie) et Michel Martin (basse électrique) assurent la rythmique.

[3Enregistrée en 1997 pour Pee Wee Records.

[4Différents enregistrements prouvent une complicité marquante entre eux : Benji en duo avec Mathieu Michel ; Il trio, Imagini e pecorsi en trio et Espoir en sextet avec Claudio Pontiggia.

[5Nicolas Folmer (trompette), Jean-Jacques Justaffrey (cor), Olivier Ker Ourio (harmonica chromatique), Vincent Mascart (saxophones), Matthieu Michel, Claudio Pontiggia, Heiri Kaenzig (contrebasse), Marcel Papaux (batterie) et Frédéric Couderc (saxophones, clarinettes, flûte)…

[6Album paru chez le label suisse Altri Suoni en 2007.