« Le jazz tisse sa toile... »
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Steve COLEMAN & Five Elements, à Caen

Jazz ? Sans mode d’emploi !

D 16 novembre 2009     H 22:44     A Thierry Giard    


Bien calés dans leur fauteuil de l’auditorium du Conservatoire de Caen, ma voisine et mon voisin de rangée se sont copieusement ennuyés. Et ils ne sont pas seuls dans ce cas : nous avons des informations et des noms !... Pendant deux heures, ils ont essayé de trouver la clé qui leur ouvrirait les portes de l’univers de Steve Coleman : en vain !

Les ignares ! Ils ne savent donc pas que ce quinquagénaire au look de rappeur (plutôt modéré tout de même) a pour principal souci « l’utilisation de la musique en tant que langage de symboles sonores, utilisé pour exprimer la nature de l’existence de l’Homme » [1]. Ils n’auraient pas saisi que si cette musique met tant de temps à prendre forme, c’est que le temps est indispensable pour que les séquences rythmico-harmoniques développées par chacun des membres de la formation soient amenées à un moment ou un autre à se rencontrer pour construire de façon éphémère un alliage qui ressemble à ce qu’on a coutume d’appeler musique, soit une association de rythmes et de sons qui chatouille un peu l’oreille et grimpe jusqu’au cerveau (Ouf !). Tout un concept...

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Steve Coleman & Five Elements à Caen, le 10 novembre 2009.

Dans le landerneau du jazz branché, est-il concevable de s’ennuyer pendant un concert de Steve Coleman, le fondateur du collectif M-Base ? Aveu d’inculture ? Avoir devant soi un maître de la pensée musicale, métaphysique, philosophique et mystico-ethnique ne devrait susciter que fascination et dévotion sans retenue... Eh non ! On s’ennuie ! On ne se pâme même pas ! Et comme le temps, dans ce bas monde, c’est de l’argent, le spectateur insensible en arriverait presque à regretter l’un et l’autre.

Toutefois, pour être juste et honnête, le chroniqueur aura su trouver de vraies bonnes raisons d’avoir été là, ce soir là. Il y eut quelques belles minutes de musique assez intense, aux formes étranges et aux lignes flottantes : la voix aérienne de Jen Shyu qui soudain s’enroule comme une draperie autour des aspérités rythmiques et des phrases entremêlées du saxophone de Steve Coleman, de la trompette nébuleuse de Jonathan Finlayson et du trombone volubile de Tim Albright. On retiendra aussi qu’un trio aurait sans doute comblé nos attentes : Steve Coleman croisant le fer avec le batteur-phénomène Marcus Gilmore et l’excellent jeune contrebassiste Thomas Morgan [2]. Quelques moments de jazz authentique, vif et d’une grande intensité et, en conclusion pour un rappel informel, un duo contrebasse-trombone « libéré » par les deux benjamins de la formation : Thomas Morgan et Tim Albright.

Jen Shyu / Steve Coleman / Jonathan Finlayson. -  voir en grand cette image
Jen Shyu / Steve Coleman / Jonathan Finlayson.
Caen, le 10 novembre 2009.

Esprit étais-tu là ? Non, ce soir là, il n’y était pas vraiment. Et pour cause : le leader, lui-même, annonça au final qu’après un concert parisien réussi, la veille, il avait eu envie d’essayer de nouvelles choses... certes pas tout à fait au point !

Nous avons donc assisté à plus de deux heures d’expérimentation en direct mais il manquait sans doute le mode d’emploi pour comprendre ce qui se tramait sur scène. Dommage sans doute mais nous aurons enfin pu entendre Steve Coleman sur une scène bas-normande et ça, c’est vraiment une excellente initiative !


> Steve Coleman & Five Elements : Steve Coleman, saxophone alto / Jen Shyu, voix / Jonathan Finlayson, trompette / Tim Albright, trombone / Thomas Morgan, basse / Marcus Gilmore, batterie.

  • Mardi 10 novembre 2009 - 20h00 - Grand Auditorium du Conservatoire de Caen.

Ce concert s’inscrit dans le programme des « Mardis en Musique » au Conservatoire National de Région de Caen.

Une programmation toujours passionnante qui présente les voies du jazz aux confins des musiques improvisées.

Prochains concerts pour la saison 2009-2010 :

  • Le trio des titans de l’improvisation made in Britain : Evan Parker (saxophones), Barry Guy (contrebasse) et Paul Lytton (batterie) le mardi 26 janvier 2010 à 20h00.
  • Une création originale autour de Duke Ellington et Boris Vian sur des arrangements de François Chesnel et Thierry Lhiver avec Priscilia Valdazo (contrebasse), François Chesnel (piano), Thierry Lhiver (trombone), Jean-Benoît Culot (batterie) et Philippe Bombled (récitant) le mardi 9 mars 2010 à 20h00.
  • L’incontournable trio Andy Emler (piano), Claude Tchamitchian (contrebasse) et Éric Échampard (batterie), le mardi 15 juin à 20h00

> Télécharger labrochure des concerts « Mardis en Musique » : ici !


> Liens :


[2Recruté aussi par John Abercrombie et Paul Motian : belle carte de visite !