« Le jazz tisse sa toile... »
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Latinidades avec le Caratini Jazz Orchestra

So what ?

D 14 novembre 2009     H 12:40     A Alain Gauthier    


Les applaudissements normalement nourris du Grand Théâtre de Sceaux nous ont valu un rappel. Rappel concrétisé par le thème Petite Fleur. Oui, celui-là même que Sydney Bechet composa en 1952. Traité ce soir non comme le slow qui a accompagné tant de flirts dans les années 60-70 mais comme un boléro. Là, oser jouer cette scie me questionne quelque peu et je me dis, in petto : « ce soir, je n’ai rien compris ». Car je suis déçu et passablement énervé. Je croyais assister à un concert mais non, c’est un spectacle. Et dans le nom de l’orchestre, le Caratini Jazz Ensemble, j’ai bien lu « Jazz » mais bon, quel jazz ? Se voulant comme un voyage du côté de la musique de la Caraïbe, le programme nous emmène à Cuba, en Argentine, et dans les îles. Mais, mais, ... il me faut un certain temps pour imaginer le voyage. Sans doute, vu le tempo lentissime des thèmes, convient-il d’imaginer un grand soleil qui cogne, des gens qui ont intégré que le travail est l’aliénation majeure et qui, ce faisant, y vont doucement le matin, pas trop vite l’après-midi et marchent à l’ombre.

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Caratini Jazz Ensemble - Latinidades - Photo www.caratini.com

On est au point de rencontre entre une harmonie municipale qui passe un concours pour changer de division et une soirée à la MJC pour la partie pédagogique : cette musique, c’est quoi ? C’est où ? C’est qui ? C’est quand ? (Penser à ré-écouter « Peler les noix » par Chanson Plus Bifluoré pour la leçon de présentation pédagogique).

Et la musique me paraît aseptisée, sous emballage étanche, comme les médocs. C’est sûr que c’est bien vu compte tenu de la pandémie de grippe cochonne. On ne crie pas, on ne postillonne pas sur ses voisins et on ne secoue pas trop ses mains. On ne transpire pas non plus. On n’est pas dérangé, quoi. Il faut attendre le dernier morceau, « Manteca », de Dizzy Gillepsie pour que l’orchestre sonne enfin comme un gros moteur de 15 chevaux. Et quels chevaux : trois percussionnistes Sebastian Quezada, Javier Campos Martinez et Abraham Mansfaroll Rodriguez, André Villéger et Matthieu Donarier, saxes et clarinettes, Rémy Sciuto, sax alto et baryton, Claude Égéa et Pierre Drevet, trompette et bugle, François Bonhomme au cor, Denis Leloup remplacé au trombone, François Thuillier au tuba, David Chevallier guitare et banjo, Manuel Rocheman, piano, Thomas Grimmomprez, batterie, Patrice Caratini contrebasse. Du beau monde, des solistes confirmés, et pour certains d’entre eux une réputation solide façon béton précontraint avec du quartz dedans : Sciuto est plutôt du genre à crier : « tiens bon le bec, j’enlève le sax », Thuillier chez Emler concocte des soli époustouflants, Donarier avec Humair ou avec Kerecki joue stratosphérique. Et Chevalier, ce génial créateur ! Et là, prout prout...prout. Sans doute suis-je pollué par le souvenir émerveillé d’autres concerts du même orchestre dans la petite salle intime du Sceaux What.

Bon. Je me projette et anticipe quoi faire de ce spectacle : l’élection de Miss 3è âge dans quelque EHPAD ? Un orchestre pas dérangeant en fond de scène d’un plateau télé de divertissement du dimanche ? C’est sûr : je suis déçu et passablement énervé.


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