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D’jazz Nevers 2009 #2 : Texier chez Prévert

Henri Texier « Prévert Blues »

D 31 décembre 2009     H 14:49     A Armel Bloch    


On connaissait depuis longtemps les qualités de mélodiste d’Henri Texier avec ses albums emblématiques (n’en sélectionner qu’un serait une tâche délicate). Il démontre depuis une trentaine d’année une maîtrise redoutable pour la direction d’orchestres de taille moyenne (Azur quartet puis quintet, Sonjal Septet, Strada Sextet), à la durée de vie longue, preuve d’un engagement musical et artistique profond. Son intérêt prononcé pour le rapport entre la musique et l’image lui vaut plusieurs disques illustrés par le photographe Guy Querrec. Ses collaborations avec les cinéastes Jean-Louis Bertuccelli et Bertrand Tavernier l’amènent à enregistrer Remparts d’Argile en trio et Holy Lola avec un orchestre de solistes français que l’on ne présente plus. On connaissait moins sa sensibilité pour le théâtre et la poésie, peu évoquée dans ses projets sur scène, habituellement plus orientés sur l’interprétation de ses compositions.

Henri Texier -  voir en grand cette image
Henri Texier
Photo © Yves Dorison

C’est en regardant le documentaire Mon frère Jacques réalisé par le cinéaste Pierre Prévert qu’Henri Texier redécouvre l’univers fascinant du poète. Il décide de transposer son œuvre dans un spectacle musical où les textes d’origine sont mis en valeur par sa musique et le jeu inventif d’un comédien. Pour l’occasion, le compositeur fait appel au talentueux, discret et inclassable Frédéric Pierrot, avec lequel il partage le travail de mise en scène. Fidèle à ses musiciens, il s’entoure des membres de son quartet Red Route : Manu Codjia (guitare), Christophe Marguet (batterie) et Sébastien Texier (clarinette, saxophone) ; pour une musique différente de son précédant album Love Songs Reflexions, qui regroupait quelques chansons d’amour.

Soucieux de retirer la dimension scolaire souvent attribuée à tort à l’univers de Jacques Prévert, Henri Texier choisi des textes méconnus et ne fait pas de distinction claire entre l’accompagnement des solistes et le travail du comédien, pour éviter la simple illustration musicale des écrits. Une alchimie particulière se dégage par une mise en scène avec un respect intégral des textes et des décors simplistes. L’intonation affirmée de l’acteur oppose son monologue à une récitation au ton monocorde. Des mises en situation inattendues accompagnent la musique (peintures, chanson, changement de costumes) et confère au spectacle un caractère vivant. Les musiciens réagissent perpétuellement au jeu surprenant de Frédéric Pierrot et inversement. Le génie singulier du poète est mis en valeur par un rapport étroit entre la musique et les textes. La musicalité des mots, la beauté des textes et leur force ressortent sans pléonasme ni effets de prosodie, dans des mélodies enthousiastes et chaleureuses, caractéristiques de l’univers du compositeur. Les spectateurs attentifs à son parcours reconnaissent des thèmes phares de ses albums : Mr Freeman et Mozaïc Man (disque Mozaïc Man), Amazone Blues (présent sur An Indian’s Week) et Emouvantes Blues issu de son dernier enregistrement. L’imaginaire de Texier est aisément transmis au public très réceptif du Petit Théâtre de Nevers le 10 novembre dernier, grâce à une musique fluide et dynamique. On apprécie les envolées fulgurantes du clarinettiste Sébastien Texier, les couleurs scrupuleusement dosées de Christophe Marguet, les accords soignés du virtuose Manu Codjia et les chorus chatoyants du contrebassiste, pour offrir aux spectateurs un voyage imaginaire dans la tête de Jacques Prévert.

Dans Prévert Blues, Henri Texier mêle avec succès le jazz et la poésie théâtralisée, comme une façon singulière de mélanger les publics. On espère que cette création pourra éveiller la curiosité des programmateurs ouverts à la transversalité culturelle.


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