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Vincent Courtois en 2 faces #1

Entre musique improvisée acoustique et post-rock électrique…

D 4 janvier 2010     H 21:04     A Armel Bloch    


Violoncelliste au renouvellement musical constant, Vincent Courtois se donnait récemment en concert avec un trio acoustique improvisé sans leader apparent. Coup de projecteur sur cette activité.

On ne démontre plus la richesse de la scène française en formations d’instruments à cordes. L’une des plus intéressantes du moment est celle du trio collectif Claude Tchamitchian (contrebasse), Guillaume Roy (alto) et Vincent Courtois (violoncelle). Chacun dispose déjà d’un long parcours d’improvisateur sur la scène européenne et d’une expérience significative pour les formations à cordes, qu’il est juste de rappeler.

En 2001, Vincent Courtois enregistrait en trio avec Marc Ducret (guitare acoustique) et Dominique Pifarély (violon) [1]. Il était également membre d’un duo improvisé avec le violoniste Régis Huby au début des années 2000. Il intègre les différentes formations de Didier Levallet, notamment le Swing Strings System à la fin des années 80 et son quartet Trois cordes et la peau en 2006.

Vincent Courtois -  voir en grand cette image
Vincent Courtois
Photo © CultureJazz - mai 2008

Guillaume Roy est l’altiste privilégié des compositeurs à l’aise avec le registre des cordes : quintet et nonette du clarinettiste Denis Colin, ensemble Dédales du violoniste Dominique Pifarély, projet Gesualdo Variations du guitariste David Chevallier. Il participe depuis peu au nouveau trio improvisé du violoncelliste Didier Petit avec la contrebassiste Hélène Labarrière. Il récemment enregistre en trio avec Bruno Chevillon (contrebasse) et Hasse Poulsen (guitare) [2].

Quant à Claude Tchamitchian, les plus attentifs se souviennent de ses différents duos avec les guitaristes Raymond Boni [3] et Rémy Charmasson [4], ou de son dialogue intime autour des musiques du monde avec le joueur arménien de kamantcha (vièle à pique) Guaguik Mouradian [5]. Il expérimente l’apport des tessitures des cordes dans un jeu plus collectif avec le violoncelliste Laurent Hoevenaers et le violoniste Mickaël Nick au sein du Grand Lousadzac [6]. Cet ensemble devient l’Acoustic Lousadzac en 2001 qui regroupe une vingtaine d’instrumentistes. Au printemps 2009, il créé le nouveau quartet Ways Out avec Régis Huby (violon), Rémy Charmasson (guitare) et Christophe Marguet (batterie) pour travailler la matière des instruments à cordes au sein d’un effectif plus restreint, avec lequel il flirt avec le rock et la pop.

Pour cette rencontre qui semble évidente et authentique, les trois compères font le choix du « total acoustique » et "total improvisé » : orientation originale puisque d’autres trios identiques de la scène européenne ou américaine se consacrent à des programmes essentiellement écrits (Masada String Trio, Amsterdam String Trio). On ressent par l’écoute des trois longues improvisations une envie d’inventer in situ des textures, des chants imaginaires et des architectures inhabituelles qui incitent l’auditeur à traverser des sentiers inconnus. Le rassemblement de ces trois grandes pointures de la musique improvisée fait de ce trio un orchestre constamment aléatoire, avec jubilation et sans tabous. La musique se renouvelle à chaque concert, comme une volonté de repousser plus loin les possibilités infinies offertes par l’improvisation, à laquelle les trois musiciens se frottent naturellement et de façon très libre comme l’archet à leur corde. Leur univers n’est pas à considérer comme du jazz et il est difficile d’admettre que la musique n’est pas écrite, grâce à une écoute mutuelle, profonde et attentive qui renforce son côté inouïe. Cette rencontre inoubliable se devait d’exister pour ce concert donné récemment à la mairie d’Evry, dans une salle favorable au jeu en acoustique, qui met en valeur les nombreux sons que nous font découvrir les trois complices, avec leur phrasé lyrique à l’archet (voir de deux en même temps pour ce qui concerne le contrebassiste) et leur jeu de pizz précis et soutenu.

Le public est ravi de la performance offerte, certainement plus délicate à interpréter qu’un programme écrit, tant par la concentration qu’elle exige que par l’absence de programmes pré définis. Cette musique inclassable servie avec excellence retire désormais les tabous trop longtemps entendus sur l’accès difficile des musiques totalement improvisées pour un public non averti.


Prochainement : le projet WAT de Vincent Courtois.


> Lien :


[1album The Fitting Room paru chez Enja Records

[2disque Une certaine forme de politesse paru sur le label Quark Records en 2009

[3disque Ké Gats publié en 1995 chez Emouvance

[4disque Caminando édité en 1990 chez le label Celp

[5album Le monde est une fenêtre paru en 2003 chez Emouvance

[6album Bassma Suite sorti en 1998 chez Emouvance

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