« Le jazz tisse sa toile... »
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Le salut de la Campagnie à Georges B.

« Les étrangers Familiers » Un salut à Georges Brassens.

D 6 février 2010     H 09:24     A Thierry Giard    


« Les étrangers familiers », en voilà un joli titre par les temps qui courent. Limite subversif. Qu’en pense Mr Besson, notre grand prêtre de l’Îdentité Nationâle ?

S’il y a bien un artiste qui a incarné une certaine identité franchouillarde, quasi gauloise, pour mieux s’en démarquer, c’est sans doute Georges Brassens. La Nation, il n’en avait trop que faire, lui qui criait « Mort aux vaches, vive l’anarchie ». un slogan que reprend avec ferveur la « bande à Charolles » dans ce fort beau disque qui adresse un salut plein d’affection à ce grand homme de la chanson et de la poésie libérée.

« Les étrangers familiers », un salut à Georges Brassens -  voir en grand cette image
« Les étrangers familiers », un salut à Georges Brassens
Label Ouïe / Anticraft

Du trio original, avec Christophe Monniot (sax et divers) et le regretté Cyrille Sergé (saxophones et divers), il ne reste plus aujourd’hui dans la Campagnie des Musiques à Ouîr que Denis Charolles entouré de sa percuterie inqualifiable associant graviers, arrosoir et tutti quanti autour d’éléments de batterie plus conventionnels. À leurs débuts, on les qualifiait de « fêlés », de « zigotos » mais au fil du temps, il faut reconnaître que la Campagnie des Musiques à Ouïr est presque devenue une institution respectable et reconnue : des gens qui possèdent aussi un beau talent des gestionnaires, d’organisateurs et de concepteurs de projets. La formation s’est renouvelée, étoffée au fil du temps, mais l’esprit est resté, avec le jazz en filigrane. L’espièglerie est désormais un peu assagie (on s’habitue ?) et l’approche de la musique reste imprévisible et largement ouverte aux influences les plus variées.

Avec « Les étrangers familiers », il s’agissait au départ de célébrer le 25ème anniversaire de la disparition du grand Georges, à l’invitation du théâtre de Sète. « J’ai eu la sensation que j’allais vivre un tournant de mon existence. » écrit Denis Charolles dans les notes de pochette. On comprend à l’écoute de ce disque qu’un tel projet doit forcément transformer ceux qui le portent au point que la musique de la Campagnie, si iconoclaste aux débuts, est aujourd’hui plus poliment polissée... et moins irritante aussi pour les oreilles sensibles !

on aime !
on aime !

En deux disques et 27 titres, on se promène dans l’univers de Brassens en empruntant des chemins détournés. On (re)découvre l’œuvre de Georges sous un angle, un point de vue singulier. La lettre est respectée mais la langue change : anglais, patois, espagnol et le français original évidemment. La musique est imprévisible : minimaliste parfois, claironnante par moments, teintée de folk ou de blues (Little Mary, version country), libre et émouvante par instants (Au bois de mon cœur), flirtant avec la musique de chambre (Les bancs pudiques, composition de Denis Charolles pour ensemble à vents), intimiste (Embrasse les tous, chanté avec finesse par le même Denis Charolles)... On se trouve alors dans la situation d’un étranger débarquant dans un pays bigarré et polyglotte : une belle illustration de la richesse apportée par la diversité culturelle.

On regrette juste qu’il manque l’image ! Cette musique est revigorante, réconfortante en ces temps de crise. Éclectique elle tire son unité de la force de deux courants assemblés : la poésie et les airs de Brassens, l’architecture des musiques de la Campagnie des musiques à Ouïr et son art du recyclage. Bien sûr, on se fait son propre cinéma et c’est encore un des grands mérites du disque mais on envie de découvrir ce spectacle sur scène car on imagine aisément qu’il y a aussi à voir dans ce répertoire !

« Les étrangers familiers » : un disque incontournable. Un salut salutaire !


> LES ÉTRANGERS FAMILIERS : « Un salut à Georges Brassens » - Label Ouĩe LBL CD007 (2CD) - distribution Anticraft

Denis Charolles : percutterie, arrosoir, graviers, clairon, guitare, chant / Julien Eil : flûte, clarinette basse, saxophone baryton, synthétiseur / Alexandre Authelain : saxophone ténor, clarinette, synthétiseur / François Pierron : contrebasse / Joseph Doherty : saxophone, violon, flûte, guitares, banjo, chant / Loïc Lantoine, Éric Lareine : chant

Compositions de Georges Brassens, Denis Charolles, Jean Nohain et Mireille, Hornez/Stern et traditionnels - Arrangements, adaptation : Campagnie des Musiques à Ouïr.

Enregistré en 2009 au studio Gimmick / Jacques Laville à Yerres.


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