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Médéric COLLIGNON - Self Mad Man

D 15 février 2010     H 10:20     A Yves Dorison    


MEDERIC COLLIGNON - JUS DE BOCSE

  • Shangri Tunkashi-la
  • Plus Loin music PL 4422
  • Distrubution Harmonia Mundi

Sortie le 25 février 2010

  • Médéric Collignon : cornet de poche, voix, fender rhodes 88 notes, percussions, arrangements.
  • Frank Woeste : fender rhodes 73 notes, effets, voix.
  • Frédéric Chiffoleau : contrebasse, basse électrique, voix.
  • Philippe Gleizes : batterie, voix.
  • Les 4 cors : François Bonhomme, nicolas Chedmail, Philippe Bord, Victor Michaud.
  • The white spirit sisters (it’s about that time) : voix.

1 Billy Preston / 2 Bitches brew / 3 Early minor / 4 Shhh peaceful - It’s about that time / 5 IFE / 6Interlude / 7 Nem um talvez / 8 mademoiselle Mabry / 9 kashmir.

L’époque est triste, l’époque est fade, elle est aux « safe made men », bien propres et bien polis, oui. Même en musique, ils sont nombreux à dégorger leur vide standardisé sur des galettes idoines. Non pas que tout soit mauvais, non, mais c’est trop souvent un peu court en bouche. C’est agréable, voilà le problème. Et cela ne dérange personne. On s’extasie brièvement et on oublie, emporté par un consumérisme de bon aloi. La terre est bleuie comme une sanguine, mais ici, le chloroforme médiatique soigne efficacement les sujets de sa majesté. Pendant ce temps-là, Médéric Collignon (et quelques autres) s’agite et bouscule. Tenant de l’authentique, il mène son parcours en empruntant les voies multiples de la création musicale. Ses embardées sont celles d’un improvisateur hors-norme : un musicien qui voit, loin devant, ce vers quoi il tend.

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« Shangri Tunkashi-la », en rendant hommage à la période électrique de Miles, fait d’une pierre deux coups. D’abord, rappeler la folie créatrice d’une époque et d’un génie, ensuite, permettre aux musiciens contemporains qu’ils sont d’assouvir leurs désirs de radicalité et de changement. Pourquoi relire quand on peut écrire, me direz-vous ? Qu’y a-t-il de novateur a embrasser le passé ?

Jus de Bocse et ses invités attaquent le problème sous un angle particulier. Au plus proche de la source mais avec un traitement personnel (adjectif qui convient à un groupe existant depuis presque une décennie) parfaitement original. Jus de Bocse a compris que plus la contrainte imposée est précise, plus le dépassement de chaque musicien est nécessaire pour sortir la tête haute du combat avec un monstre musical indépassable par essence. C’est ce que l’on entend dans ce disque : une somme d’artistes accomplis qui jettent leurs forces à l’assaut d’un Graal, non pour mourir au combat, mais pour vivre l’intensité créatrice qui les anime, dans sa fibre, et la transmettre à l’auditeur ainsi qu’ils ont l’habitude de le faire sur scène. L’alchimie musicale la plus haute habite l’ensemble car les intentions musicales sont parfaitement timbrées ; elles coulent de source sûre (éjacubilatoire).

Médéric Collignon -  voir en grand cette image
Médéric Collignon
Lyon, 2009

On entend souvent dire que Médéric Collignon est un trublion (Péjoratif : Individu faisant délibérément de l’agitation pour inviter au désordre, semer le trouble quelque part, CNTRL). A cette aune-là, vivre est donc une subversion. Le carolomacérien de naissance dont on parle dans ses lignes, lui, est naturellement remué par la folie de la vie. C’est donc un esprit sain (mu par une vision introspective ouverte sur autrui), un Self Mad Man, qui œuvre avec son humanité pour porter la voix des mots au-delà des silences démocratiquement imposés. Ce genre d’être humain, habituellement appelé poète, se cache souvent derrière un rideau de facéties trompeuses.


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