« Le jazz tisse sa toile... »
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« CD’esthetic » : la musique et l’objet.

Une alternative pertinente au virtuel.

D 25 février 2010     H 19:48     A Thierry Giard    


Invité sur l’antenne de de France-Musique le 4 février 2010, Jordi Savall expliquait que, selon lui, l’objet-disque pouvait rester attractif dès lors qu’on pense et conçoit le contenant pour qu’il complète et enrichisse le contenu musical. Ce célèbre concertiste-violiste est aussi à la tête du label Aliavox dont chacune des réalisations est conçue pour que la pochette, le livret, le coffret soit un écrin en adéquation avec les œuvres enregistrées : « La musique demeure ainsi « le médiateur entre la vie de l’esprit et celle des sens » » [1] : pour séduire l’oreille, il faut peut-être aussi que l’œil ait été attiré.

Certains éditeurs semblent suivre la même logique comme un défi à la crise qui met en concurrence le disque et la musique « virtuelle ». C’est ce que montrent les publications récentes des labels nato ou Plus Loin Music : trois disques singuliers dans leur conception et leur mise en forme esthétique.

Pour fêter les trente années d’activité de son label Nato, Jean Rochard a repris la formule du livre-disque en conservant les dimensions conventionnelles des « digipacks ». Les deux disques publiés en février et mars 2010 assemblent musique et images autour d’une thématique singulière.

Jef Lee Johnson : « The Zimmerman Shadow »

Jef Lee JOHNSON : « The Zimmerman Shadow » -  voir en grand cette image
Jef Lee JOHNSON : « The Zimmerman Shadow »
NATO Hope Street / L’Autre Distribution

The Zimmerman Shadow est un hommage (inattendu ?) à la musique de Bob Dylan concocté par le guitariste-chanteur Jef Lee Johnson complété par un livret de 56 pages qui associe le graphiste Stéphane Levallois et le scénariste Jean Simon.

En privilégiant l’épure que permet la formule du trio, Jef Lee Johnson trace les contours de cette ombre de Bob Dylan (Robert Zimmerman) en puisant une dizaine de chansons dans l’œuvre de ce maître de la musique populaire moderne. Un disque d’une extrême sobriété esthétique et d’une force saisissante qui met en lien les références du guitariste : l’indéniable influence de Jimi Hendrix, l’enracinement dans le blues profond et la créativité venue du jazz. En fil rouge, le célèbre Knochin’ on Heaven’s Door figure à trois reprises dans le disque, comme un leitmotiv traité avec des éclairages différents à la manière des images du livret où alternent le noir et blanc et des couleurs subtilement diluées.

Une œuvre sensible et forte.

Fantastic Merlins & Kid Dakota : « How The Light Gets In »

 Fantastic Merlins & Kid Dakota : « How The Light Gets In » -  voir en grand cette image
Fantastic Merlins & Kid Dakota : « How The Light Gets In »
Nato Hope Street / L’autre distribution

Toujours chez nato, How The Light Gets In est une lecture tout aussi personnelle et originale du répertoire de Leonard Cohen (autre monstre sacré de la chanson inclassable). On la doit à une formation composite (comme les affectionne Jean Rochard, grand assembleur de talents !) : le quartet Fantastic Merlins associé au guitariste-chanteur Darren Jackson, alias Kid Dakota.

Là encore, ce disque superbe propose un point de vue, un éclairage diffus sur la musique de Leonard Cohen par un quartet aux couleurs particulières (l’alliage entre le violoncelle de Matt Turner et le sax ténor de Nathan Hanson en est le point fort). Les textes chantés avec une sorte d’indolence distante par Kid Dakota forment le fil conducteur d’un scénario que complètent les images du livret confié une fois encore au graphiste Stéphane Levallois associé à Jean Simon pour la construction du récit.

on aime !
on aime !

Une musique qui échappe aux étiquettes et aux classifications, ni pop, ni jazz, ce qui ne fait que renforcer l’émotion qui en émane. Les fans de Cohen ne manqueront pas d’écouter l’interprétation de The Partisan, célèbre texte venu de la Résistance (1943), rehaussé par la pureté d’un chœur à la fraîcheur juvénile.

Un disque remarquable tant par son contenu que son contenant. La marque d’un producteur exemplaire.

Thomas Savy : « French Suite »

Thomas SAVY - Bill STEWART & Scott COLLEY : « French Suite »  -  voir en grand cette image
Thomas SAVY - Bill STEWART & Scott COLLEY : « French Suite »
Plus Loin Music / Harmonia Mundi

Le label Plus Loin Music qui se veut 100% jazz fête la parution de son 100ème album. C’est Thomas Savy qui s’octroie la première référence à trois chiffres avec un disque en trio qui ne passe pas inaperçu !

Avant même de s’intéresser au contenu, l’objet retient l’attention : une édition limitée au format 45 tours, 17x17 cm... On imagine le casse-tête du disquaire : impossible de présenter ce CD dans les rayonnages conventionnels ! On en déduit que cette French Suite sera remarquée, d’autant plus que le regard de Thomas Savy, portant sa clarinette basse dans une posture d’haltérophile, retient l’attention. A l’intérieur de de digipack hors-normes, le CD imite à s’y méprendre nos vieux vinyles mais ça devient une habitude pour ce label.

Archipel, le précédent album de Thomas Savy (2006), avait retenu notre attention. Sous la direction artistique de Vincent Artaud, le clarinettiste avait su éviter l’écueil du premier disque éclectique. Une cohérence qui apparaissait comme une force.

Ce second album fait plus que confirmer les qualités perçues il y a presque quatre ans, il impressionne par la clarté des choix et la détermination de l’artiste qui est allé l’enregistrer à New-York avec une des rythmiques les plus imaginatives du moment : le contrebassiste Scott Colley et le batteur Bill Stewart. Cette Suite Française composée par Thomas Savy est construite en sept parties (et une variante). Elle laisse cependant une place aux références incontournables que sont John Coltrane (Lonnie’s Lament en final) et Duke Ellington (Come Sunday). Au total, une heure de musique inspirée et créative qui offre un bel éventail des possibilités de la clarinette basse puisque Thomas Savy a choisi, ici, de d’exprimer exclusivement sur cet instrument. Une caractéristique rare qu’il faut souligner.

Un disque limpide, robuste et sans failles qui marque la naissance d’un vrai trio transatlantique, parfaitement équilibré et constamment inventif. Une brillante réalisation à mettre à l’actif du directeur du label Plus Loin, Yann Martin. Un breton qui a de la suite dans les idées. Après l’aventure écourtée du label Nocturne, on espère que ce label installé à Rennes continuera à nous emmener loin et... longtemps.

> Jef Lee JOHNSON : « The Zimmerman Shadow » - nato Hope Street 8 - distribution L’Autre Distribution

Jef Lee Johnson : guitare / Yohannes Tona : basse / Charlie Patierno : batterie

01 - I am a lonesome Hobo (Bob Dylan) / 02 - Highway 61 revisited (Bob Dylan) / 03 - As I went out one morning (Bob Dylan) / 04 - Knockin’ on heaven’s door (Bob Dylan) / 05 - Idiot wind (Bob Dylan) / 06 - Ballad of a thin man (Bob Dylan) / 07 - Blind Willie McTell (Bob Dylan) / 08 - One more cup of coffee (valley below) (Bob Dylan) / 09 - Knockin’ on heaven’s door(Bob Dylan) / 10 - From a Buick 6 (Bob Dylan) / 11 - Not out of the book (Jef Lee Johnson) / 12 - Knockin’ on heaven’s door (Bob Dylan)

Images du livret : Stéphane Levallois, Jean Simon

Enregistré à Minneapolis (USA) en 2009


> Fantastic Merlins & Kid Dakota : « How The Light Gets In » - nato Hope Street 9 - distribution L’Autre distribution

Darren Jackson « Kid Dakota » : voix, guitare / Nathan Hanson : Saxophone ténor / Brian Roessler : basse et guitare (10) / Matt Turner : violoncelle et piano / Peter Hennig : batterie, percussion et banjo / + chœur d’enfatns sur The Partisan dirigé par Pascale Labbé et Florence Michon

01. Sung in vain / 02. waiting for the miracle (N. Hanson - D. Jackson) / 03. Memories / 04. Famous Blue raincoat / 05. Who by fire / 06. Tke this waltz / 07. The little bird (N. Hanson - B. Roessler - M. Turner - P. Henniq) / 08. Heart with no companion / 09. The partisan (E. D’Astier de la Vigerie alias « Bernard » 1943) / 10. Antebellum (B. Roessler) / 11. The Traitor //

Compositions de Leonard Cohen (2, 3, 4, 5, 6, 8, 11)

Livret de Stéphane Levallois et jean Simon -

Enregistré à Minneapolis (USA) en 2009 - Chœur enregistré à Montpellier (F).


> Thomas SAVY - Bill STEWART & Scott COLLEY : « French Suite » - Plus Loin Music PL100 - distribution Harmonia Mundi

Thomas SAVY, clarinette basse / Scott Colley, contrebasse / Bill Stewart, batterie

01. Part I - Ouverture / 02. Part II - Ignition / 03. Part III - Atlantique Nord / 04. Part IV a - E & L / 05. Part V - My big apple / 06. Part VI - Stones / 07. Part VII - Ballade de Stephen Edward / 08. Come Sunday / 09. Part IV b - L & E / 10. Lonnie’s Lament

Enregistréà Brooklyn - New-York - 23 et 24 juin 2009.

> Liens :

Nato :

Plus Loin Music :

© CultureJazz - www.culturejazz.net - février 2010


[1Citation prélevée sur le site www.jordisavall.es dans la présentation du label Aliavox