« Le jazz tisse sa toile... »
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Jazz’n’slam : les nouveaux conteurs ?

Le quintet Nada et le trio Bulu-Fulassi.

D 12 avril 2010     H 12:51     A Thierry Giard    


Dans le contexte général des musiques dites « actuelles », le jazz et le slam sont faits pour se rencontrer. Ils fréquentent les mêmes territoires jalonnés par des structures plus ou moins écrites qui sont ouverts sur l’improvisation.

Bien entendu, on ne fait que raviver une flamme qui veille depuis les origines : conteurs et troubadours, griots et tambours, parole et musique.

Deux disques viennent de paraître qui unissent voix parlée et musique créative.


FADA : « La caresse du clown » -  voir en grand cette image
FADA : « La caresse du clown »
Cristal records / Harmonia Mundi

Le trio bordelais Fat Daddy (piano-basse-batterie) est devenu FADA au fil du temps. C’est aujourd’hui un quintet depuis l’arrivée en 2006 du slameur (et ex-bassiste « punk » !) Marco Codjia puis du saxophoniste Denis Guivarc’h, un nom déjà connu dans la sphère du jazz actuel (Magic Malik, Steve Coleman...).

« La caresse du clown », second album de FADA, raconte l’histoire de Victor « Trompe-la-mort », le militaire devenu clown dans un cirque que dirige son ancien colonel ! Une trame narrative qui donne à ce disque une dimension presque théâtrale renforcée par l’expressivité de la voix et la précision de la diction de Marco Codjia. L’équilibre est cependant préservé entre texte et musique. Si on se laisse facilement captiver par la structure dramatique, c’est que l’histoire se trame dans une constante interaction musique/texte à l’intérieur du groupe. Les phrases en volutes du saxophone se placent en contrepoint de la voix, soutenues par le piano volubile de Xavier Duprat : une structure agencée avec intelligence.

Assez loin de la spontanéité du slam « urbain », Fada s’inscrit dans une démarche construite et souvent raffinée (les cordes de Laura). Dans le cadre esthétique des musiques actuelles créatives, la musique de Fada allie écriture et improvisation sur des structures rythmiques denses (la basse électrique de Benoît Lugue et la batterie de Vincent Sauve se complètent à merveille dans ce contexte). On pense inévitablement aux univers de Steve Coleman ou de Magic Malik mais il y a dans ce disque une dimension littéraire qui peut séduire l’auditeur peu enclin à suivre ces nouvelles voies du jazz.

Un disque à écouter dans la continuité pour en respecter la structure narrative.

Bulu-Fulassi : « Les parlophones » -  voir en grand cette image
Bulu-Fulassi : « Les parlophones »
Vents d’Est / Anticraft

Le collectif « Vents d’Est » est basé en région Champagne-Ardenne. Il réunit des musiciens qui ont la volonté de développer des projets artistiques créatifs « à géométrie variable ». Le pianiste Francis Le Bras, le conteur-vocaliste André Ze Jam Afane font partie des membres fondateurs, autant dire qu’ils ont une certaine expérience du travail en commun. Le saxophoniste allemand Daniel Erdmann a rejoint le collectif depuis un bon moment et y développe des projets remarqués (Erdmann 3000, Das Kapital...) dont un duo avec Francis Le-Bras.

Le trio Bulu-Fulassi dont le disque Les Parlophones vient de paraître repose donc sur une expérience approfondie et très aboutie menée dans le cadre du collectif. Les textes d’André Ze Jam Afane, parlés-chantés, déclamés, dits avec toute l’inventivité d’un improvisateur dessinent le territoire des échanges à trois voix entrelacées. De ses origines camerounaises, le poète-griot a conservé le goût des contes où l’imaginaire sert à traduire la réalité souvent brutale. Il est question de dictature, de pouvoir et de la folie des hommes mais avec une légèreté, une finesse et une fantaisie qui renforcent ces propos. Les mélodies s’enlacent, les rythmes naissent des textes parfois scandés (Alternance), d’onomatopées, de phrases en boucles, (dés)articulées/recomposées... Une démarche artistique simplement savante.

Avec Les Parlophones, on découvre un territoire d’échanges fertiles et riches, une alliance entre les textes du conteur-poète et les propos d’instrumentistes très inventifs : les pianos de Francis Le Bras qui s’assemblent, se répondent et le saxophone ténor lyrique de Daniel Erdmann. Subtil et stimulant !

FADA : « La caresse du clown » - Cristal records CR161 - Distribution Harmonia Mundi

Marco Codjia : slam / Xavier Duprat : piano, Fender Rhodes / Denis Guivarc’H : saxophone alto / Benoît Lugué : guitare basse / Vincent Sauve : batterie

01. Croix de bois, croix de fer (Codjia/Lugué) / 02. Le grain de sable (Codjia/Lugué, Guivarc’h, Sauve) / 03. Starbuck (Guivarc’h) / 04. Le fantassin (Codjia/Duprat, Guivarc’h) / 05. Laura (Codjia/Duprat) / 06. Dillon dilla (Entracte) (Lugué, Guivarc’h) / 07. Bich’n, l’ultime circomvolution (Guivarc’h, Duprat, Lugué, Sauve) / 08. La crise (part 1) (Codjia/Duprat) / 09. La crise (part 2) (Codjia/Guivarc’h, Duprat, Lugué, Sauve) / 10. La caresse du clown (Codjia/Duprat) / 11. Aime le mot dit (Codjia/Duprat, Guivarc\’h) / 12. Impro #2 (Guivarc’h/Duprat, Lugué, Sauve)

Enregistré en septembre 2009.


> Bulu-Fulassi : « Les parlophones » - Vents d’Est - distribution Anticraft

André Ze Jam Afane : slam / Daniel Erdmann : saxophone ténor / Francis Le Bras : fender rhodes

01. Pastorale / 02. Le haut-parleur / 03. Alternance / 04. La chanson du colonisé (boomerang) / 05. La fillette à la berceuse / 06. Cousine Marie / 07. Chemin de fer / 08. Enfants de la musique / 09. Petit charbon / 10. Oscar danse / 11. Schopenhauer / 12. Respire.

Compositions originales de membres du trio. Enregistré en août 2009.


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