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A VAULX JAZZ 2010 (2) : entretien avec Giovanni Mirabassi

D 29 mars 2010     H 21:56     A Yves Dorison    


Qui dit À Vaulx jazz, dit élèves du Collège JB de La Salle de Lyon, accueillis par le festival depuis longtemps déjà. Vous trouverez ci-dessous un entretien didactique accordé à Sabine et Clémence (classe de 3°) par le pianiste pérousien dont nous saluons ici la disponibilité et le gentillesse.

GIOVANNI MIRABASSI

Propos recueillis par Clémence Labasse & Sabine Verzier (3°4)

À Vaulx Jazz - mercredi 24 mars 2010

> Votre Jazz est très mélodique, pensez-vous le faire évoluer d’une manière ou d’une autre ?

> C’est pour cette raison que j’ai intégré le batteur Leon Parker dans mon trio, pour ouvrir d’autres espaces. Mais la mélodie, c’est mon truc. J’aime la mélodie. L’identité même de la musique est dans la mélodie. On ne reconnait ni le rythme d’une chanson, ni les accords, on reconnait l’air.

> Préférez-vous jouer seul ou en groupe ?

> Très franchement, en groupe. Pourvu que je sois bien accompagné. J’ai fait beaucoup de solo, trois disques, et finalement, je trouve plus amusant de jouer en groupe. On peut échanger des idées et ne pas s’appuyer constamment sur sa propre énergie. De fait, je pourrais dire que j’aime faire les disques en solo et les tournées en trio !

Giovanni Mirabassi -  voir en grand cette image
Giovanni Mirabassi
A Vaulx Jazz 2010

> Qu’avez-vous ressenti quand vous avez rencontré Chet Baker ?

> Beaucoup de trac. J’avais 17 ans et j’étais mort de peur. Aujourd’hui c’est un bon souvenir, mais sur le coup, cela a été assez traumatisant. Cependant, il a été très sympa.

> Que pensez-vous de l’appellation « jazz à l’italienne » ?

> Comme on dit dans le jargon, je pense qu’il y a un « italian sound » qui est foncièrement basé sur la mélodie et non sur le style. Il y a plusieurs styles de jazz selon les époques et le choix des artistes, or les musiciens italiens couvrent un spectre assez large au niveau du style. Paolo Fresu fait des trucs très davisien, Pieranunzi est dans la même veine que moi, d’autres font du jazz de chambre sans batterie, Rosario Giuliani ou Flavio Boltro sont plus ancrés dans le bop, le hard bop... Nous évoluons donc tous dans des styles différents. Pourtant il y a une touche commune entre nous ; c’est le sens de la mélodie.

> Parlons de Pieranunzi. Que vous inspire-t-il ?

> Il a beaucoup influencé mon approche du piano et de l’harmonie. C’est l’un de mes pianistes préférés, forcément cela doit s’entendre un peu ! Quand je l’ai entendu pour la première fois, cela m’a inspiré. Dans ces premiers disques, Isis par exemple avec Art Farmer, il était très hard bop. Puis un jour, il a amorcé un virage en enregistrant un morceau qui s’appelle « Je ne sais quoi », sur le disque de Charlie Haden « First song », qui a ouvert la voie à cette approche harmonique et mélodique, appliquée au jazz, qui vient directement de la musique classique car à la base, Enrico est pianiste classique. Le jour où j’ai donc entendu cette musique-là, j’ai trouvé la musique de mon âme. J’avais dans la tête une musique assez similaire, mais je crois que je n’assumais pas l’idée de la jouer car cela n’était pas du jazz. Vingt ans après, les cartes ont un peu changé sur la table tout de même. Mais ce n’a pas été simple de l’imposer. Enrico m’a donc inspiré beaucoup de musique et ensuite, beaucoup de respect.

> C’est donc lui qui vous a encouragé à vous lancer ?

> Non, j’étais déjà pianiste. Je ne peux pas affirmer qu’il m’a montré la voie. Quand je suis tombé sur ce disque (First song"), j’avais déjà joué avec Chet depuis sept. C’est assez inimaginable Chet d’ailleurs, dans le bien comme dans le mal. Vous avez vu le film ? (Let’s get lost)

> Que ressentez quand vous jouez en groupe ? La symbiose ?

> C’est très riche. Il y a plus d’idées musicales. Le côté rythmique, basse batterie, est exacerbé. Les parties de piano sont allégées car on n’a plus à faire l’orchestre. Dans un trio, historiquement depuis Bill Evans, on a arrêté d’avoir des rythmiques qui servent la soupe au pianiste. C’est la vision ancienne du trio jazz. Bill Evans a d’ailleurs inventé un mot, lnterplay, qui signifie entrejeu, échange. Les trois éléments du trio ont maintenant une part égale dans la musique. Cela devient un triangle qui tourne... Le bassiste va par exemple jouer la mélodie, chacun va prendre un solo et être partie intégrante de la pensée musicale. Les musiciens lancent des idées. La plus forte est suivie par les autres. C’est difficile mais c’est passionnant. Et pour cela, il est opportun d’avoir les bons partenaires. Il est nécessaire d’avoir une pensée musicale complémentaire. La musique est une histoire de goût. Quand on observe ça de l’extérieur, cette musique qu’est le jazz avec ses styles, ses gammes, etc, on ne se rend pas bien compte que finalement, une fois que l’on a intériorisé tout cela, on joue ce que l’on a envie de jouer. Pourquoi un sol à tel moment ? Parce qu’on a envie de l’entendre, parce que cela nous plait dans l’instant. Les goûts doivent donc être complémentaires afin que les musiciens se comprennent, qu’ils sachent par exemple sur quelle note, quel temps, quelle cadence, je vais finir. Le jazz est un échange. Le jazz est un langage avec un certain nombre de conventions qui font que l’on peut se comprendre sans se connaître. Faire le bœuf, c’est partager un répertoire commun, des versions différentes, grâce à des systèmes formels qui permettent la communication. Si je tourne telle phrase de telle façon, mes partenaires vont comprendre que c’est la fin de mon chorus. Dans un trio régulier comme le mien où l’on pratique l’interplay depuis longtemps, on se comprend aisément grâce à notre expérience ; on jour la même musique, on a une communauté d’intentions qui est assez épatante. C’est pourquoi je continue avec ce trio.

Mirabassi/Renzi/Parker -  voir en grand cette image
Mirabassi/Renzi/Parker
A Vaulx Jazz 2010

> Le plus désagréable sur scène pour vous ?

> Un mauvais piano.

> Qu’écoutez-vous comme autre genre de musique ?

> Beaucoup de chanson, française ou non. Beaucoup de classique aussi, du tango, de la musique brésilienne. Si vous regardiez dans mon Ipod, vous seriez étonnées.

> De la musique japonaise ?

> Quelques trucs, oui. Je fais une grosse carrière au Japon, j’y vais très régulièrement, alors à force. Je me suis même surpris un jour, à l’hôtel, à regarder un match de sumo et à aimer ça ! Bon, j’ai mis dix ans... Ceci dit, il y a une scène japonaise jazz avec laquelle j’ai collaboré. J’ai fait trois disques là-bas qui ne sont pas distribués ici. Le prochain sera enregistré en avril au Tokyo Blue Note.

> C’est une chance de voyager partout, non ?

> C’est vrai. Pour faire ce métier, il faut aimer cela, et accepter de ne pas trop savoir où l’on est quand on se réveille le matin !


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