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Label Laborie : April in Limousin

D 6 avril 2010     H 15:46     A Michel Delorme    


C’est le 6 avril, pour Pâques à un œuf près, que sortent les trois nouvelles productions des Disques LABORIE, le label qui monte, dixit Jazz Magazine en première de couverture.

Par ordre alphabétique ARNAULT CUISINIER, PAUL LAY et LAURENT ROBIN.

Après le récent et magnifique Murat Öztürk, la cuvée de cet avril est bien du même tonneau. L’album « Fervent » d’Arnault CUISINIER est tout simplement d’une incomparable beauté sombre.

Arnault CUISINIER : « Fervent »  -  voir en grand cette image
Arnault CUISINIER : « Fervent »
LABORIE / Naïve

De très beaux thèmes, Grand-Fort-Philippe, Célestin, unisson absolu, Jeu d’illusion.

De très belles atmosphères, on se prend à évoquer les mots de pavane, Tao, requiem, entame de Grand-Fort, qui de mue en impressionnisme, sombre drone d’une escadrille de B27, Roublev, beauté grave, Elégie 2. On pense aussi parfois à la magie aérienne d’un Wayne Shorter, rien moins qu’un immense compliment (Grand-Fort, Akira, Tao).

Il y a aussi quelques bonnes pochettes-surprises, l’intro pivert de Ardent, les impros collectives libératrices de Grand-Fort et No brain no pain, le son profond piano/basse de l’intro de Célestin, la phrase à la Cosma qui ouvre le grand solo de piano de Jeu d’illusion, l’intro de piano et son solo lascif d’une vraie beauté tranquille, Patience, les cymbales/à la gong sous la flûte de Roublev.

Le baryton de Jean-Charles Richard fait merveille sur Grand F.P., qui ouvre le disque et qui colle de plus parfaitement à la sombre beauté de la musique. Je ne connais pas de plus beau son que celui du saxophone baryton, à part peut-être celui de la clarinette basse. Mais le soprano est l’instrument du 21ème siècle, depuis que John Coltrane l’a ressuscité et que Wayne Shorter l’a porté à son paroxysme. Il est parfois très parisien (Émile), ce que j’avais déjà noté chez Jérome Sabbagh dans « Pogo ». Au sortir de l’école, voilà maintenant que l’Émile Parisien en lancerait une ? Tiens-tiens, pourquoi pas un double quartet Jean-Charles-Émile Parisien-Richard, même écurie, même combat !

Fabrice Moreau, batteur de son état, propulse bien tout le monde et Mr le leader/bassiste assure avec une efficacité qui n’a d’égal que son humilité, il ne s’octroie pas beaucoup de soli.

Paul LAY TRIO : « Unveiling » -  voir en grand cette image
Paul LAY TRIO : « Unveiling »
LABORIE / Naïve

Le mot qui vient tout d’abord à l’esprit à l’écoute du Paul LAY TRIO « Unveiling » est Cristal Clear, comme disent les Anglais pour désigner l’eau translucide des lagons polynésiens. Mais le terme serait réducteur, tant ce disque du pianiste recèle d’autres trésors.

Haïku est comme une courte, 1 minute 38, carte de visite du CD : son cristallin, thème et phrasé perlés, on dirait Claude Debussy lui-même ( on possède des enregistrements ).

Walking with Thelonious met en valeur la belle présence ronde de la basse de Simon Tailleu, bien connu dans d’autres contextes.

The crow and the fox déroule un solo de piano très fluide, dont l’articulation « linéaire », si cette appellation signifie quelque chose, fait penser à Lennie Tristano.

False waltz fait tournoyer un beau couple basse/piano alors qu’Indécis n’est pas une valse hésitation mais un exposé à la basse ( remember « A remark you made » ) qui débouche sur le piano tranquillement enjoué de Paul.

Tiznit, de mémoire kabyle (?) , est un très beau titre rêveur qui glane dans les Champs-Élysées du grand Monk, voire de Jacques Brel fugacement, à cause de la ponctuation peut-être.

Rengaine donne l’occasion à la batterie d’Elie Duris d’illustrer le mot « déménager » et Blue qui suit nous ramène à la sérénité. C’est juste TRÈS beau.

Plus beau encore est Ornements dont la première note, détachée, sort tout droit des mains de Walter Gieseking. Après quoi le tempo s’emballe.

Irk possède cette espèce de syncope balancée assurée par la basse qui rappelle une version du Poinciana de Jamal, mais sans la lourde vulgarité du modèle.

’Round about midnight de qui vous savez, s’ouvre sur une entrée de cathédrale engloutie et l’exposition du thème touche au sublime.

Un bien beau disque, comme on aimerait en écouter plus souvent.

LAURENT ROBIN and the sky riders project

LAURENT ROBIN and the sky riders project : « Ode to the Doodooda »  -  voir en grand cette image
LAURENT ROBIN and the sky riders project : « Ode to the Doodooda »
LABORIE / Naïve

Le premier titre du disque, Ode to the Doodooda est tout simplement un tube interplanétaire !

J’entrevois déjà la folie sur les dance floors cet été. Thème imparable, tempo ravageur, groove vénéneux que cingle une cymbale furieuse. Mr Laborie, vite un extended single remixé discothèque.

Xiao Li’zz , parfaite antithèse, sera la face B rêvée de ce single. Slow éthéré par la grâce de la voix de la chanteuse Xiao Li, doux tapis de synthé.

Tamack Molock revient au beau piano acoustique avec une super rythmique bondissante, qui sonne un poil synthétique cependant. C’est fou ce que l’on a tendance à assimiler le son de l’orgue Hammond à Eddy Louiss, mais on a un tout autre climat ici. Puis cela dégénère en salmigondis cosmique dont je ne suis guère client. C’est à l’image de la pochette et du nom du groupe.

Ceci n’engage que moi, c’est mon avis et je le partage.

The 3 PF n P est une musique obsédante pour film noir. À proposer d’urgence à Jean-Pierre Mocky.

The sweetest smile, belle chanson, très beau feeling.

Monica in London, non initiés à ce style de musique, n’écoutez pas cette plage, vous détesteriez vraisemblablement.

God Save the Queen, bonne idée, encore aurais-je préféré qu’elle fût traitée à la manière de cet hymne sublime immortalisé par les quatre vents de Monk : Abide with me.

L’orgue de Benjamin Moussay et le synthé de Vincent Laffont, seuls, auraient fait merveille.

Un CD surprenant, enthousiasmant quand il le faut.

> Arnault CUISINIER : « Fervent » - LABORIE LJ 09 – Distribution Naïve

Arnault Cuisinier, contrebasse, voix, compositions / Guillaume de Chassy, piano / Fabrice Moreau, batterie / Jean-Charles Richard, saxophone baryton, soprano, flûte

> Paul LAY TRIO : « Unveiling » - LABORIE LJ 11 – Distribution Naïve

Paul Lay, piano / Elie Duris, batterie / Simon Tailleu, contrebasse

> LAURENT ROBIN and the sky riders project : « Ode to the Doodooda » - LABORIE LJ 10 - Distribution Naïve

Laurent Robin, percussions / Benjamin Moussay, orgue hammond, claviers, synthétiseur / Vincent Lafont, piano fender rhodes, synthétiseur / Xiao Li, voix


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