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ERIC BIBB : l’essence du blues

D 10 avril 2010     H 20:09     A Jean Buzelin    


« Bien avant qu’il ne soit rattrapé par la mondialisation et ne devienne une industrie, le blues était une plainte sourde, une bouée de sauvetage inventée par des individus confrontés à la cruauté du racisme et de l’exploitation. » C’est Eric Bibb lui-même qui le dit et j’abonderai évidemment dans son sens. Le blues est devenu un genre musical comme un autre, et est pratiqué dans quasiment tous les pays de la planète par des centaines ou des milliers de musiciens qui jouent tous, très bien et souvent très fort — ah ! cette nocive influence du rock en retour — la même chose, par choix et non par nécessité, et avec le minimum de risques. Or, contrairement à tous les bluesmen (sic) actuels, Eric Bibb ne s’enferme pas dans la reproduction infinie des 12 mesures et autres formes codées du blues (pour faire authentique), mais, au travers de ses compositions originales, retrouve l’essence et la liberté formelle du blues traditionnel ancien.

Eric Bibb : « Booker's Guitar »  -  voir en grand cette image
Eric Bibb : « Booker’s Guitar »
Dixiefrog / Harmonia Mundi
on aime !
on aime !

Ce nouvel album d’Eric Bibb est né d’une rencontre fortuite avec la vieille guitare métallique National de Booker (Bukka) White, l’un des grands pionniers du blues du Mississippi (1906-1977) et, par ailleurs, cousin de B.B. King. « Au plan spirituel, le fait de jouer sur la guitare de Booker a bouleversé en profondeur mon rapport au blues traditionnel. Cela tenait à la fois de l’épreuve initiatique et de la grâce. Je me suis dit que le moment était venu pour moi de rendre un véritable hommage à la musique et aux artistes de cette époque révolue. » Déclaration de Bibb citée dans l’excellent texte de Sebastian Danchin qui figure dans le très beau livret bilingue qui accompagne, comme toujours chez Dixiefrog, le disque. Mais, n’étant pas originaire du Delta, il n’a pas cherché à imiter ou reproduire le style rude de Bukka White. Au contraire, il a élargi son propos en se tournant, dans la tradition des songsters, vers un blues acoustique et élaboré comme il sait le faire, un blues ouvert, à la fois puissant et léger, souple, envoûtant et mélodieux. La variété des pièces, leur richesse harmonique et la qualité des textes, sans parler de la finesse de son jeu, captivent l’auditeur de bout en bout.

Je ne vais pas décortiquer cet album qui, à bon escient pour une fois, a fait l’unanimité de la presse, de la critique et des amateurs. J’arriverais après la bataille. Mon propos est simplement de signaler que nous sommes réellement en présence d’un grand disque réalisé par un grand artiste. Si vous avez envie d’acquérir ces temps-ci un “disque de blues“, ne vous compliquez pas la vie, le choix est tout fait. Ajoutons que le CD contient une plage vidéo, et signalons, pour ceux qui voudraient en savoir plus, le n° 197 de la revue Soul Bag (janvier-février-mars 2010) qui contient un article et un interview d’Eric Bibb (en couverture du magazine), que complète une biographie de Bukka White. On peut retrouver l’intégrale des premiers enregistrements (1930-1940) de ce bluesman légendaire dans le CD « Aberdeen Mississippi Blues » - Saga Blues 530 203-7 (Universal).

> Eric Bibb : « Booker’s Guitar » - Dixiefrog DFGCD 8680 - distribution Harmonia Mundi

Eric Bibb (guitares diverses, vocal), Grant Dermody (harmonica on 2, 3, 6, 8, 9, 12, 13, 14, 15).

Booker’s Guitar / 2. With My Maker I Am One / 3. Flood Water / 4.Walkin’ Blues Again / 5. Sunrise Blues / 6. Wayfaring Stranger / 7. Train from Aberdeen / 8. New Home / 9. Nobody’s Fault but Mine / 10. One Soul to Save / 11. Rocking Chair / 12. Turning Pages / 13. A Good Woman / 14. Tell Riley / 15. A-Z Blues / 16. Everyday’s Been Sunday / 17. River of Song / 18. Dreaming in Mandinka.

Compositions de Eric Bibb (sauf 6 et 9).

Enregistré à Burton (Ohio), les 11 & 12 novembre 2008.

Et aussi…

Carolina Chocolate Drops : « Genuine Negro Jig » -  voir en grand cette image
Carolina Chocolate Drops : « Genuine Negro Jig »
Dixiefrog / Harmonia Mundi

Plus anecdotique, mais non dépourvu d’un charme suranné, le disque des Carolina Chocolate Drops renvoie aux anciens black string bands avec des airs dansants, souvent joyeux, parfois mélancoliques, hérités des traditions folk et old time music mélangées noires et blanches, et parfois plus modernes (jusqu’à Tom Waits) mais exécutés “à l’ancienne“. C’est superbement fait, bien joué et chanté par un jeune trio afro-américain : Justin Robinson (violon, percussions, autoharpe, vocal), Dom Flemons (guitare, banjo, jug, percussions, vocal), et la chanteuse Rhiannon Giddens (banjo, violon, kazoo) + Sule Greg Wilson (tambourin, percussions diverses) sur certaines plages (« Genuine Negro Jig » - Dixiefrog DFGCD 8684).

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