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Niels Henning Ørsted Pedersen 1946-2005

D 4 mai 2010     H 23:21     A Yves Dorison    


Le 19 avril 2005, Niels-Henning Ørsted Pedersen décédait prématurément d’une crise cardiaque à l’âge de 58 ans. Né à Osted le 27 mai 1946, fils d’un organiste d’église, il étudia d’abord le piano avant de se tourner vers l’instrument qui allait lui donner la célébrité, la contrebasse, l’année de ses treize ans. Éminement doué, il progressa avec une vélocité telle qu’il put accompagner dès sa prime adolescence les stars américaines du jazz qui faisaient halte au fameux Jazzhus Montmartre, le club incontournable de la capitale danoise. Il fit ainsi sa première apparition scénique pour le jour de l’an 1961, il avait 15 ans. Il fit de la sorte ses armes au contact des Sonny Rollins, Dexter Gordon, Roland Kirk, Stan Getz, Albert Ayler, entre autres. A 17 ans, il dut refuser l’offre de Count Basie qui l’aurait volontiers engagé dans son big band. En 1965 il fut le contrebassiste de Bill Evans lors de sa tournée européenne. Par la suite et tout au long de sa carrière, il multiplia les collaborations, avec Kenny Drew, Philip Catherine, Paul Bley, Archie Shepp, Ella Fitzgerald, André Prévin, Joe Pass, Michel Petrucciani, Ulf Wakenius, Kenneth Knudsen, Miles, Palle Mikkelborg, Renée Rosne, Dave Liebman, Tete Montoliu... La liste n’est pas exhaustive, loin s’en faut, et si nous citons à part Oscar Peterson, c’est que la relation privilégiée qu’ils entretinrent de nombreuses années durant lui permit indéniablement d’accéder à la notoriété internationale. Ensemble, ils ont gravé quelques perles discographiques absolument indispensables. Notons au passage qu’il dut son intégration au trio du pianiste canadien à des raisons politiques, George Mraz, de par ses origines, ne pouvant assurer une date dans la Tchécoslovaquie communiste de l’époque.

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NHOP, 22/07/2001
copyright Björn Milcke

NHOP possédait toutes les qualités dont un contrebassiste peut rêver : une sonorité riche et dense, un chant original, des capacités d’improvisation hors du commun, une imagination mélodique étonnante, une écoute rare et une virtuosité inégalable. Rappelons, pour la forme, qu’il était capable de pincer les cordes de son instrument avec les quatre doigts de la main droite. A n’en pas douter, les virtuoses passés du classique, les Bottesini, Dragonetti et autres Koussevitzky, l’auraient regardé d’un oeil étonné sinon effaré ! Injustement classé selon nous comme un musicien strictement Bop, il a su, tout au long de sa carrière, faire preuve de curiosité (son dialogue avec Archie Shepp sur le disque Looking at bird en est un exemple notable) en s’intéressant aussi bien aux chants traditionnels danois qu’au jazz le plus moderne (Écoutez donc Suite for trio avec Solal et Humair). On oublie aussi qu’il enregistra sous son nom pour le label Steeplechase des albums le plus souvent de grande facture où se sont côtoyés nombre de grand jazzmen. Il aimait se surprendre et s’en donnait les moyens.
Reconnus pour ses qualités humaines par ses pairs, Niels Henning Ørsted Pedersen demeure dans notre souvenir comme un homme foncièrement modeste doté d’une bienséante discrétion naturelle. Et si le sort ne lui a pas permis d’aller au bout de son œuvre, il nous laisse tout de même la possibilité de l’écouter sur environ quatre cents enregistrements. Nous vous proposons ci-dessous quelques repères discographiques, tous enregistrés sous son nom. Nous compléterons cette brève revue en citant quelques références notables piochées dans sa prestigieuse carrière de sideman.


  • DOUBLE BASS
  • Enregistré les 15 et 16 février 1976
  • Steeplechase SCCD31055
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Accompagné par le maître des balais Billy Higgins (rejoint sur deux titres par Albert Tootie Heath) et Philip Catherine à la guitare acoustique, NHOP invite un autre contrebassiste, Sam Jones. Ce fut d’ailleurs leur unique rencontre. Le chant de Pedersen s’accorde là aux tonalités plus sombres de Jones avec une facilité déconcertante. Il y a osmose assurément. Inversant les rôles au gré des standards, les deux contrebassistes se livrent à une joute amicale de tous les instants. Un arrangement brillant de Giant steps, un Miss Morgan où Jones impose son jeu créatif, un Little train de Villa-Lobos propulsé à un rythme infernal, sont parmi les pièces les plus réussies de cet album qui donne à l’écoute un sentiment de légèreté et de connivence. A l’évidence, le plaisir et l’amitié musicale furent les bases de cette session. Pour la petite histoire, NHOP et Tootie Heath avaient enregistré avec Tete Montoliu le 14 du même mois.


  • DANCING ON THE TABLES
  • Enregistré les 3, 4 juillet et 30 août 1979.
  • STEEPLECHASE SCCD 3112
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5

Bien que beaucoup pense le contraire, NHOP aimait la modernité et ce projet corrobore nos dires. Il n’y a qu’à jeter un oeil au line-up : John Scofield est de la partie avec le batteur Billy Hart et Dave Liebman aux saxophones ténor, soprano et à la flûte alto. Le contrebassiste apporte quatre compositions, spécifiquement écrites pour les musiciens qui l’accompagnent, et auxquelles il joint une chanson folklorique danoise. La créativité mène le bal et l’équilibre entre ces fortes personnalités est d’autant plus audible qu’elles se complètent aisément sur le plan musical. On admire au passage la qualité d’écoute de NHOP et sa capacité à sortir des sentiers balisés du jazz mainstream pour insufler à sa musique l’énergie novatrice d’autres courants musicaux.


  • THOSE WHO WERE
  • Enregistré en mai 1996
  • Verve 533 232-2
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NHOP a toujours apporté beaucoup de soin à ses projets personnels. Ce disque en est un reflet fidèle. Avec le guitariste Ulf Wakenius, le ténor de Johnny Griffin en invité sur deux pistes, les batteurs Victor Lewis et Alex Riel auxquels s’ajoute l’inattendue chanteuse pop Lisa Nilsson, découverte sur la radio qu’écoutait une des ses trois filles, le danois au nom long comme une nuit d’hiver livre un de ces enregistrements les plus aboutis. L’interplay avec Wakenius fonctionne merveilleusement. Les solistes invités ne font pas de la figuration (le solo de Griffin sur The puzzle, hum). L’art de la mélodie et du swing est porté au plus haut par des musiciens d’exception. Une véritable démonstration de finesse, de virtuosité tranquille, réalisée par des artistes sérieux qui ne se prennent pas au sérieux.


  • THE UNFORGETTABLE NHOP TRIO LIVE
  • Enregistré le 14 mars 1999 (1 à 5), le 11 mars 2005 (6 à 11)
  • ACT 9464-2
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Publié à titre posthume à l’initiative de son ami Ulf Wakenius, avec lequel il partagea quinze années fécondes en trio ou en quartet avec Oscar Peterson, ce CD donne à écouter l’invraisemblable virtuosité du contrebassiste, le chant reconnaissable entre tous qui était le sien. Mélodique en diable, n’hésitant pas à mêler Jean Sébastien Bach aux standards et au folklore danois, NHOP est au sommet de son art, dans sa pleine maturité. Wakenius, qui le tient pour un génie de la contrebasse, affirme dans les liner notes, sans qu’on puisse et veuille le contredire, qu’il appartenait au club très select des musiciens que l’on reconnait dès la première note. On le vérifie aisément ici et il est poignant de l’écouter quelques semaines avant sa mort. On peut constater la diversité des approches de Pedersen pour un même thème en s’intéressant à la version présentée ici du traditionnel danois Jeg gik mig ud en sommerdag comparativement à celle enregistrée en 1979 sur l’album Dancing on the tables (cf ci-dessus).


> À écouter aussi :

  • Avec Oscar Peterson
  • Nigerian marketplace - Pablo 98 835
  • Live at the Northsea Jazz Festival 1980 - Pablo PACD 2620 -115-2
  • Avec Joe Pass
  • Chops - Pablo OJCCD 786-2
  • Avec Philip Catherine :
  • Art of the duo - ENJA CD 8016-2
  • Avec Martial Solal
  • Suite fot trio - MPS 843 110-2
  • Avec Chet Baker
  • The touch of your lips - Steeplechase SCCD 31122
  • Avec Dexter Gordon
  • Something different - Steeplechase SCCD 31136
  • Avec Lee Konitz
  • Jazz à Juan - Steeplechase SCCD 31072
  • Avec Kenny Drew
  • Duo - Steeplechase SCCD 31002
  • uo 2 Steeplechase SCCD 31010
  • Avec Tete Montoliu
  • Catalonian fire - Steeplechase SCCD 31017
  • Avec Paul Bley
  • Paul Bley NHOP - Steeplechase SCCD 31005
  • Avec Stéphane Grapelli
  • Young Django - MPS 815 672-2
  • Avec Michel Petrucciani
  • Petrucciani NHOP - Dreyfus FDM 46050 369312
  • Avec Archie Shepp
  • Looking at Bird - Steeplechase SCCD 31149
  • Avec Horace Parlan
  • No blues - Steeplechase SCCD 31056

etc...