« Le jazz tisse sa toile... »
Vous êtes ici : Accueil » Jazz en action » Entretiens, portraits. » Le jazz en Bourgogne #5 : entretien avec Sébastien Bacquias

Le jazz en Bourgogne #5 : entretien avec Sébastien Bacquias

D 29 juin 2010     H 08:02     A Armel Bloch    


Le jazz en Bourgogne #5 : entretien avec Sébastien Bacquias, contrebassiste, Dijon.

Contrebassiste de la scène dijonnaise, Sébastien Bacquias évolue dans le rock, le hip hop et le jazz. Son duo Battling avec l’écrivain Guillaume Malvoisin a suscité l’intérêt de Culture Jazz et nous permet de mieux connaître ce musicien très ouvert.

> Armel Bloch : Quelles sont vos principales activités ?

>Sébastien Bacquias : Je suis issu de la scène dijonnaise. J’ai commencé la musique par le rock avec Nicolas Thirion (actuel directeur du festival Mégaphone de Dijon). Je me suis ensuite consacré à la contrebasse classique, pour travailler le son acoustique et m’ouvrir à d’autres perspectives. J’ai beaucoup fréquenté le collectif Q (Aymeric Descharrières, Julien Labergerie, Mickaël Sévrain, Cédric Ricard, Benoît Daniel...). Nous passions des soirées entières à jouer dans les bars. Je continue la pratique du jazz dans The Birds Of Erika de Mickaël Sévrain, le Big Band Chalon Bourgogne, le trio du guitariste Marc Esposito...

Comme beaucoup, j’ai écouté et relevé des thèmes de Miles Davis, John Coltrane, Charles Mingus, Ornette Coleman, pour les travailler et finalement me rendre compte que je ne ferais jamais ce qu’ont fait les grands contrebassistes qui les ont accompagnés. Le jazz sous entend souvent de s’adresser à un public initié. Cela ne m’intéresse pas vraiment. Je trouve qu’on lui affecte une image un peu « poussiéreuse ». Je préfère jouer devant un public qui ne connait pas forcément ce qu’il va entendre.

Je participe au groupe Projet Vertigo, d’inspiration rock, dans lequel nous explorons la matière sonore electro-acoustique. Il y a des chansons qui s’inspirent du blues, de la folk, du rock’n roll, des ballades. Nous cherchons à moins nous borner que la chanson française. J’essaie de créer un paysage sonore simple pour que l’attention soit essentiellement portée sur le texte, et pas seulement sur le musicien. Je m’intéresse aussi aux musiques actuelles, qui associent des modes d’expression plus modernes : loop box, vidéo, samples, laptop, écriture en temps réel... Je participe à des festivals de slam ou de hip hop avec Disiz La Peste. Ce qui nous intéresse avec Battling, c’est la possibilité de jouer dans des contextes très différents : musiques contemporaines, jazz, rock, festival littéraire... Nous avons par exemple joué dans une salle de boxe.

JPEG - 30.1 ko
Sébastien Bacquias (contrebasse), Guillaume Malvoisin (écriture en direct)
Photo © Mickael Cartier

> Comment vous est venue l’idée du projet Battling ?

> Guillaume Malvoisin et moi sommes fans de Charles Mingus. Un jour, nous discutions sur le fait de mêler dans un même projet écriture, improvisation jazz et contrebasse. Au départ, Guillaume m’a suggéré de faire un solo. Je trouve ce type d’exercice trop centré sur la performance, qui peut devenir rapidement rébarbatif, quelque soit l’instrument, sauf quand on s’appelle Claude Tchamitchian ou Barre Philips pour ce qui concerne la contrebasse (sourires). J’ai demandé à Guillaume de m’accompagner dans l’idée de faire un duo, où il n’occupe pas une place d’instrumentiste (puisqu’il n’est pas musicien) mais d’écrivain. Il est venu à l’écriture par le théâtre, après une formation de metteur en scène. Il est aussi infographiste. Nous sommes tous les deux passionnés de musiques improvisées, plus généralement des musiques de notre temps.

Au départ, notre principal axe de travail était la colère incarnée de Mingus. C’est la première émotion qui a inspiré ce concept musico-littéraire. Au début, nous l’avons appelé Battling Mingus. Notre prétexte d’improvisation est ensuite devenu la boxe, que nous considérons comme une forme civilisée de rage. C’est notre manière de retranscrire l’univers de Mingus sans reprendre son répertoire. Cette colère se retrouve dans sa musique et dans la nôtre, accompagnée de textes improvisés. Nous aimerions par la suite apporter de l’image pour faire évoluer ce projet.

Battling (S. Bacquias / G. Malvoisin) -  voir en grand cette image
Battling (S. Bacquias / G. Malvoisin)
Photo © Mickael Cartier

>Battling associe la musique improvisée à l’écriture en temps réel. Y a t’il un mode de fonctionnement spécifique à ce type de projet, qui diffère de vos concerts habituels ?

> Tout est créé en direct. Nous avons une sorte de trame avec des rendez-vous prédéfinis, qui précise la couleur de ce qui est attendu, aussi bien sur la musique que sur le texte. Tout dépend de notre humeur du jour (sourires)... Certains moments sont aériens, d’autres terriens, plus bruts ou violents. Pour chaque séquence, nous définissons aussi la longueur, le rythme... Nous nous laissons la possibilité de pouvoir faire l’inverse si on le souhaite. Chacun tient son rôle d’improvisateur avec à tour de rôle une influence sur ce que fait l’autre. On qualifie souvent ce projet de combat moderne, avec beaucoup de nerf et un peu d’élégance. Le duo peut être rejoint à toute occasion par d’autres utilisateurs de langages connexes : Christiane Bertocchi, Christelle Séry.

> Vous dites être aussi présent dans le rock et le hip hop. Pensez-vous que les scènes françaises sont suffisamment attentives aux mélanges entre différentes musiques ?

> À notre époque, il faut arrêter de mettre des barrières entre les musiques et les différentes disciplines artistiques, qui sous-entendent qu’il y a un public spécifique pour tout cela.
Il existe en France des lieux identifiés pour chaque musique, la danse, le théâtre, le cinéma... Il faut ouvrir toutes ces frontières pour conquérir d’autres spectateurs, permettre des mélanges, inventer de nouvelles choses. Tous les jazzmen de notre génération ne font pas que du jazz, ce qui leur permet de concevoir des passerelles. Je pense que c’est une position singulière qu’il sera de plus en plus nécessaire de suivre. Cette nouvelle tendance d’évolution n’est pas encore vraiment ressentie dans les lieux de diffusion. Je ne me considère pas comme un musicien de jazz mais plutôt comme un artiste du spectacle vivant.

Sébastien Bacquias (contrebasse), Guillaume Malvoisin (écriture en direct) -  voir en grand cette image
Sébastien Bacquias (contrebasse), Guillaume Malvoisin (écriture en direct)
Photo © Mickael Cartier

Dans le jazz, on a l’impression qu’il y a très peu de personnes qui jouent en France, alors qu’en réalité nous sommes nombreux. Il y a aussi beaucoup de musiciens qui se consacrent à l’enseignement et sont, de ce fait, moins présents sur scène. Il est aujourd’hui nécessaire d’intégrer des réseaux comme l’AFIJMA [1] pour pouvoir jouer. On ne fait pas grand chose sans cela, à moins d’être un musicien déjà connu. Dans les autres musiques comme le rock ou le hip hop, l’accès aux scènes est moins difficile. Nous touchons facilement un public plus large.

Propos recueillis par Armel Bloch.


-Liens :


[1Association des Festivals Innovants en Jazz et Musiques Actuelles - www.afijma.asso.fr -