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« BIRTH OF COOL » sur ARTE

Documentaire de Christian Bettges

D 22 août 2010     H 23:07     A Michel Delorme    


> Documentaire de Christian Bettges (2010), jeudi 12 août sur Arte, rediffusion le 19 à 13H.

ARTE, ta culture fout le camp ! Comment peut-on diffuser un documentaire aussi nul ? Tant d’erreurs et de contre-vérités, tant d’intervenants plus suffisants que nécessaires.

Cela commence mal : on entend Blue in green de la séance Kind of blue, donc censé représenter le jazz cool. Mr Bettges a-t-il écouté les soli de John Coltrane et de Cannonball Adderley sur ce disque ?

Plus loin, la voix off enfonce le clou : « Un album qui pour beaucoup exprime la quintessence du cool jazz » ! José James parle plus justement de force calme, d’énergie contrôlée.

Cela continue très mal : au bout de 30 secondes chrono, Melle China Moses vient nous débiter des propos sans intérêt et hors sujet. On aura droit ensuite à Maman Bridgewater, Jamie Cullum et Sergio Mendes. Pourquoi pas Arlette Grüss ? Ou plutôt son fantôme.

En fait de jazz cool, il n’est pratiquement question que de John Coltrane. José James vient parler d’Equinox, que l’on entend, ce sera ensuite A love supreme, puis vers les 20 minutes McCoy avec Trane, Coltrane, et on remet ça vers la 25eme minute. Ben ça alors, Coltrane le pape du cool !

Birth of the Cool. -  voir en grand cette image
Birth of the Cool.

Mais revenons à nos (cool) moutons. Il faut attendre 5 minutes pour que soit enfin évoqué le disque Birth of the cool de 49/50. Lee Konitz, qui sait de quoi il parle puisque en plus il en faisait partie, dit que c’était plus un orchestre de chambre qu’un jazzband. Il faisait appel à Gil Evans pour les arrangements et comprenait Lee justement, Gerry Mulligan et John Lewis. On a dit que Miles Davis suggérait plus que vivement à Parker de prendre Lewis. Bonne idée quand on écoute Parker’s mood. On sait quel quartet Lewis créera plus tard avec Milt Jackson. Cela dit, Duke Jordan jouait merveilleusement - Ah, ses intros !

Il existe du reste une coïncidence miraculeuse : le 4 septembre 1948 au célèbre Royal Roost de New York, Miles tient la trompette dans le quintet Be Bop de Parker, l’avant-garde la plus radicale de l’époque. Il présente sur cette même scène du club ce soir-là le fameux nonet qui enregistrera quatre mois plus tard la première séance de Birth of the cool. La musique jouée ce 4 septembre par les deux formations est disponible sur disque. En fait Miles était dans deux avant-gardes à la fois !

Konitz rejoint José James pour dire que le mot « cool » a été choisi en opposition au jazz « hot » et qu’il évoque une intensité plus retenue que celle du hot jazz.

Par contre, James se plante glorieusement en prétendant que Miles a lancé le Cool parce qu’il ne pouvait pas jouer aussi vite que Dizzy Gillespie... José, je te fais écouter quand tu veux le solo de trompette sur le Night in Tunisia du 28 mars 46 dans le septet de Parker. Moi même je m’y trompe quand j’entends cette version sur TSF, je crois que c’est Dizzy ! Ou bien la joute pyrotechnique à laquelle il se livre avec Dizzy et Fats Navarro au sein du Metronome All Stars en janvier 49. Miles avait trop de talent pour jouer « par défaut ».

José et Lee sont cependant du même avis en ce qui concerne le véritable initiateur d’une esthétique cool, c’est à dire Lester Young. Le grand Dexter Gordon vient de là, et par conséquent Stan Getz d’un côté et John Coltrane de l’autre.

L’excellent saxophoniste ténor Salim Washington parle juste, lui aussi. On entend un très bon extrait de solo en club.

Lee Konitz mentionne aussi Lennie Tristano, dans la formation duquel il tenait l’alto. En 1949/50, le jazz cool n’existait guère que par cet orchestre, le nonet de Miles ne fut qu’une aventure ponctuelle. On entend, sur les propos de Konitz, un trop bref extrait d’un chef d’œuvre absolu de toute l’histoire du jazz, son Lover man de 1953 avec le quartet de Mulligan. Thème tellement marqué par la version de Parker, mais que Lee transfigure lui aussi au cours d’un développement mélodique à couper le souffle.

La voix off déclare que les plus grands musiciens du jazz cool, un son 100% urbain, reviennent inlassablement à Manhattan ( et la côte ouest, elle sent le pâté ? ), loin du bruit, du stress, de la routine ( chacun sait que New York est idéal pour ça, mais pas la côte ouest, avec le soleil et le Pacifique ! ). Elle continue, « peu à peu l’intense corporalité s’efface devant le plaisir intellectuel ».

Dee Dee renchérit, «  dans le temps les gens dansaient, je ne sais pas comment on en est arrivé à écouter sans bouger ». Évidemment, on nous ressert Coltrane ! Madame, il y a un jazz pour chaque chose et je vous jure qu’on bouge à l’intérieur. Peut-être que la musique « intellectuelle » est d’une plus grande qualité artistique, encore que chez Armstrong ( plus West end blues que What a wonderful world) ou Bechet ( plus Blues in thirds que Petite fleur ... Dans le temps, justement, les gens dansaient-ils sur les improvisations d’Art Tatum ?

Au bout de 20 minutes, on entend enfin Gerry Mulligan et Chet Baker ( qui selon la voix off, aurait abandonné la trompette au profit du bugle à cause de problèmes dentaires ! Si tu prenais autant de coups de pieds au cul qu’il a joué de la trompette après ces problèmes, tu aurais très mal. ) ! Cette côte ouest, je la réclamais depuis un moment !
MAIS patatras, on vire à l’évolution du jazz moderne, avec un passage d’une longueur immodérée sur les clubs de jazz allemands. Ella Fitzgerald, Sarah Vaughan, jazz et cinéma, Ornette Coleman, le free jazz, et pompon du pompon, Dave Brubeck et son « Take five ». Et que vient faire là dedans Sergio Mendes ?

Mr Off dit ensuite que Stan Getz est tombé amoureux de la bossa nova en entendant les mélodies brésiliennes. Foutaise, moi il m’a dit en rigolant que la vente de ses disques de bossa avait payé les études de son fils ! Et voilà l’indispensable clip de The girl from Impanema ! Astrud Gilberto, barbie façon pétasse, bien ( trop ) propre sur elle, récite sans bouger le moindre poil de cul !

Ça « intellectuel » ?

Je pouffe.....moi aussi.

Que n’aurait-on préféré entendre le solo aérien de Getz dans le Early autumn de Woody Herman. C’est ça, la quintessence du cool.

Et que dire de la conclusion de Melle Moses ( please go down ) : « le nouveau jazz, c’est le hip hop, c’est Black Eyed Peas ».

Le cool jazz, puisque c’est de ça dont il s’agissait, est peut-être une musique élitiste. Et alors ?

Je suis heureux de l’aimer, comme j’aime Coltrane, Mahler, Marley, Hendrix, et tant d’autres... plutôt que Claude François.

. :: Michel Delorme, 18 août 2010 ::.

> Si vous voulez voir un BEAU documentaire, regardez « Les Juans du Jazz » le samedi 11 septembre sur France 3.