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JAZZ CAMPUS en Clunisois, suite et fin

D 31 août 2010     H 18:21     A Yves Dorison    


Suite et fin de l’édition 2010 de Jazz Campus. La programmation éclectique de Didier Levallet a permis à un public tenu en haleine de découvrir nombre de grands artistes dans des registres très différents.

> Jeudi 26 août 2010 – Théâtre de Cluny

Yves Rousseau sextet – « Poètes vos papiers »

Léo Ferré est, dans le paysage musical français, une référence que l’on n’aborde pas sans précaution. L’univers du poète, aussi musicalement classique que verbalement hardi, impose le respect. Cela n’empêche aucunement les musiciens qui appréhendent son œuvre de faire preuve d’audace. Yves Rousseau l’a fait en 2007 en ajoutant à son quartet régulier les voix féminines de Claudia Solal et Jeanne Added pour un disque très remarqué. C’est ce sextet que nous avons écouté hier au Théâtre de Cluny et qui nous a une nouvelle fois séduit.

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Que dire sinon que chaque artiste tient son rang avec maestria, que les arrangements du contrebassiste sont idéalement construits pour porter les timbres vocaux si particuliers des vocalistes. La puissance du sextet émane d’un équilibre subtil entre les sonorités et la poétique du fumeur de Celtiques qui ne s’en trouve pas trahie mais renouvelée. Pris par surprise, épris par nécessité, l’auditeur peut à loisir naviguer sur cette onde si douce à boire (« Mon beau navire, Ô ma mémoire […] de la belle aube au triste soir »). Et quand la voix de Léo apparaît sur les voix de Ferré mises en musique par Yves Rousseau, le trouble ressenti dessine les contours d’un dessein sonore accompli avec justesse par le sextet.

> Vendredi 27 août 2010 – Théâtre de Cluny

Rétroviseur

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Ce n’est pas si souvent que l’on prend un rétroviseur en pleine figure. Celui dont on parle possède un son massif, a les arêtes saillantes et une couleur butyreuse. Il n’en est pas moins fuselé, tel un stylet agité par une main aléatoire, et surprend l’oreille par ses rebonds véloces et ses imprévisibles envolées. Il est jeune, il cogne, s’alanguit rarement et, soyons franc, ne laisse que peu de répit aux auditeurs. Le matériau sonore est pris à bras le corps. S’en échappent les instrumentistes du quartet quand ils le souhaitent pour surprendre encore. Non dénué de lyrisme, Rétroviseur capte l’attention, ou plutôt attrape voracement au vol son auditoire pour ne plus le lâcher. Non seulement, ils nous ragaillardissent mais, en sus, nous interpellent. L’avenir a du souci à se faire.

Didier Levallet / Ramon Lopez / Jean Charles Richard

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Dans le temple de l’improvisation, ces trois gardiens-là n’ont de cesse de vérifier que les portes sont bien ouvertes. Si nécessaire, ils leur flanquent un coup de pied. Joueurs, ils s’écoutent bousculer les conventions carcérales du formatage ambiant, se répondent, se tendent d’inévitables chausse-trappes desquelles naissent de beaux sourires musicaux, entre lyrisme posé, précision harmonique et échos chaleureux d’un lieu où les frontières sont une allégorie plus qu’une insupportable réalité. Respectueux, l’exigence musicale rivée à l’esprit, ils débattent en public du bien fondé de l’écoute, du rapport à autrui comme vecteur d’enrichissement permanent. « Liberté grande » pourrions-nous dire aussi, à la suite de Julien Gracq, pour simplement qualifier ce grand œuvre. Dans ce contexte de totale improvisation, Didier Levallet, Ramon Lopez et Jean Charles Richard apparaissent dans une démarche d’accomplissement perpétuel qui magnifie leur musique. Ils ont l’élégance de la partager avec un public unanime (du moins l’espère-t-on). Trop rarement selon nous. Mais après tout, la vraie richesse est plus éloignée de la profusion qu’on ne veut bien nous le faire accroire en ces temps troubles où l’imbécilité tient la corde qui nous pendra peut-être.

> Samedi 28 août 2010 – jardins de l’abbaye de Cluny

Michel Portal & Sylvain Luc

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Sans esbroufe mais pas sans complicité, les deux bayonnais ont laissé parler leurs talents respectifs. Handicapé par une fraîcheur certaine, le clarinettiste a quelque peu bataillé avec ses instruments au début du concert avant d’assurer son statut. Le guitariste, à sa suite, a su cerner les contours de la mélodie portalienne pour mieux la servir et la nourrir. Ce duo, qui sur le papier n’était pas une évidence, est clairement apparu en concert comme une réussite. Le sérieux des artistes qui ne se sont pas pris au sérieux a fait le reste. Beau moment.



D’allègres barbares

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Un batteur (Eric Delbouys)et deux souffleurs (Patrick Charbonnier et Lionel Martin) qui avancent masqués, une danseuse japonaise (Yôko Higashi) à la présence énigmatique, voilà qui sont ces allègres barbares. Ils offrent un spectacle étonnant, entêtant. L’interaction entre la musique et la danse est constante et constamment itérative, le public surpris peut-être, mais conquis. Tout est vrai dans cette démarche aux accents oniriques profonds. Un tressaillement fondamental semble agiter l’ensemble en sous-main et point n’est besoin de comprendre pour le ressentir.



Post-scriptum : Nos excuses au Hadouk Trio dont nous ne méconnaissons pas les qualités musicales ( nous serions bien les seuls ! ), mais nous avons été vaincus par Cluny la froidurueuse ’round midnight. Rendez-vous une prochaine fois.

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