« Le jazz tisse sa toile... »
Vous êtes ici : Accueil » Disques, livres & Co » Chroniques 2010 » Vijay IYER : échappée en solitaire.

Vijay IYER : échappée en solitaire.

« Solo », album sur le label ACT

D 4 septembre 2010     H 10:35     A Thierry Giard    


Rares sont les disques qui vous tiennent en haleine de la première à la dernière note. Celui-ci passionne et surprend sans cesse, sans céder à la facilité, sans concessions mais avec assez de pédagogie pour que l’auditeur adhère à la démarche de l’artiste.

C’est qu’on peut en être sûr cette fois : Vijay Iyer est un remarquable pianiste. Pas plus doué qu’un autre, pas plus créatif, pas plus charismatique mais il a su construire sa personnalité dans l’écoute et le respect de ses maîtres et complices. Il chemine à pas mesurés, sans précipitation, mais toujours du côté d’une certaine avant-garde. Il porte en lui une forme de sagesse héritée, sans doute, de ses racines en Inde qui fait de lui un musicien très cultivé, d’une grande richesse intellectuelle et artistique.

Vijay IYER : « Solo » -  voir en grand cette image
Vijay IYER : « Solo »
ACT Music / Harmonia Mundi
on aime !
on aime !

Dans ce « Solo », le pianiste n’attend pas qu’on l’écoute passivement mais propose qu’on le suive sur la trace parfois escarpée de ses références musicales. D’une plage à l’autre, ce pianiste à la brillante formation scientifique nous démontre comment ses propres compositions, souvent abstraites, se sont nourries de l’influence des musiques qu’il aime. Il transfigure avec sensibilité Human Nature et réveille ainsi l’ombre de Michael Jackson avant que l’architecture singulière d’Epistrophy rappelle combien la musique de Monk est une source d’inspiration pour les créateurs du jazz. Le passage par un délicieux standard, Darn That Dream, avant d’entrer dans l’élégante fantaisie de Duke Ellington : la fraîcheur insolite de Black & Tan Fantasy et plus loin, la beauté précieuse de Fleurette Africaine.

Il est temps alors que Vijay Iyer ouvre les portes de son univers en enchaînant quatre compositions : Heartpiece (Prelude), Autoscopy, Patterns et Desiring. Une série de pièces qui déclinent des conceptions très personnelles de l’esquisse mélodique, de l’agencement décalé des rythmes, des structures répétitives avec une maîtrise éblouissante des métriques et de la dynamique. Chaque séquence possède ses propres couleurs : impressionnistes ou plus franchement contemporaines. Le passage dans la galerie de maîtres, en préambule, aura permis de comprendre comment s’est construite la musique de Vijay Iyer : tout devient limpide et évident. Merci professeur !

Avant de refermer les portes de son bel univers, le pianiste ne peut décemment pas oublier son ami Steve Coleman et il décompose la géométrie de Games en parvenant à résoudre l’équation des harmonies colemaniennes.

En final, éclatent les rythmes et les phrases limpides et incisives de One For Blount : légères dissonances et cascades de notes frappées avec une intensité dramatique ascendante jusqu’à la note ultime qui résonne longuement.

Vous l’aurez compris : ce disque est pour nous un incontournable. Sans doute une des plus belles productions d’un pianiste en solo depuis bien longtemps. Il se caractérise en outre par une prise de son exemplaire basée sur une nouvelle technologie qui vient révéler toutes les subtilités du superbe piano d’un studio californien.

Précipitez-vous chez votre disquaire et, par la même occasion, vous pourrez acheter les yeux fermés son précédent album en trio : « Historicity » !

> Vijay IYER : « Solo » - ACT Music ACT 9497-2 - distribution Harmonia Mundi

Vijay Iyer : piano

01. Human Nature (Porcaro/Bettis) / 02. Epistrophy (Monk/Clarke) / 03. Darn That Dream (Van Heusen/Delange) / 04. Black & Tan Fantasy (Miley/Ellington) / 05. Prelude : Heartpiece (Iyer) / 06. Autoscopy (Iyer) / 07. Patterns (Iyer) / 08. Desiring (Iyer) / 09. Games (Coleman) / 10. Fleurette Africaine (Ellington) / 11. One For Blount (Iyer)

Enregistré à Belmont (Californie - USA) les 16 et 17 mai 2010.

> Liens :