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Le jazz en Bourgogne #7 : entretien avec Florent Guillamin.

D 1er octobre 2010     H 06:12     A Armel Bloch    


Le jazz en Bourgogne # 7 : entretien avec Florent Guillamin, percussioniste, Chalon-sur-Saône.

Reconnu sur la scène chalonaise pour ses participations à des groupes New Orleans et au Big Band Chalon Bourgogne, Florent Guillamin fréquente le festival « Jazz à Couches » depuis plus de 20 ans. L’édition 2010 lui consacrait une carte blanche pour une création inédite à la tête d’un quintet afro-jazz très rythmique. Rencontre avec ce percussionniste discret reconnu pour ses qualités de pédagogue...

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Florent Guillamin, percussionniste en Bourgogne.

>Armel Bloch : Comment êtes-vous venu à la musique ?

>Florent Guillamin : J’ai ressenti la volonté de faire de la musique après avoir vu une présentation d’Ivan Markovitch (compositeur bourguignon), à l’époque sous directeur du conservatoire de Chalon-sur-Saône. J’étais à l’école primaire. J’ai immédiatement voulu faire la même chose. J’ai découvert le jazz avec Franck Tortiller, Jean-Claude Villebœuf et Christian Villebœuf. En même temps que j’évoluais dans le classique au conservatoire, je participais à des groupes de jazz, funk, rock, musiques du monde, samba et batucada... J’ai rapidement bifurqué vers ces musiques. Aujourd’hui, je suis catalogué percussionniste afro jazz, contrairement à ma volonté de pratiquer le classique et le jazz avec la même intention et la même maîtrise.

Je me suis installé à Paris en 1992. J’ai obtenu un premier prix de percussions classiques à l’ENM de Massy Palaiseau dans la classe de Franck Tortiller, puis un premier prix au CNR de Chalon-sur-Saône en 1993 avec Jean Magnien et au CNR de Montreuil dans la classe de Guy-Joël Cipriani en 1995.

J’ai ensuite co-fondé deux formations : Paradoxe et Couleurs pourpres [Philippe Ervouette (guitare), Yann Fischer (piano) Frédérique Lopez (batterie) et Aligi Touré (guitare basse) à l’époque considéré comme le père des bassistes africains d’aujourd’hui], plus orientée jazz-fusion. Nous jouions souvent dans les clubs parisiens (Duc des Lombards, Baiser salé, Sunset)... Je partageais un appartement avec Eric Seva, André Charlier et Benoît Vanderstraeten. Ils m’ont fait connaître Benoît Sourisse, Claude Salmieri, Rémy Chaudagne, David Pouradier-Duteil, Yves Rousseau...

Didier Desbois, Florent Guillamin et Michel Marre - « Jazz à Couches » 2010 -  voir en grand cette image
Didier Desbois, Florent Guillamin et Michel Marre - « Jazz à Couches » 2010

J’ai intégré l’Opéra Bastille comme musicien de scène pendant un an. J’ai ensuite donné des cours dans une école privée du 11ème arrondissement. Les opportunités d’enseigner dans la musique étaient rares en région parisienne. Les cachets d’artistes peu élevés et parfois non déclarés ne me suffisaient pas pour vivre. Je suis revenu en Bourgogne pour diriger une classe de percussions à l’école de Semur-en-Auxois. J’ai alors repris ma participation à plusieurs groupes régionaux. Je suis installé à Chalon-sur-Saône en 2000, pour créer une école privée de batterie et percussions.

>Quelles sont vos principales activités dans la musique ?

> Cette école constitue ma principale occupation, avec une centaine d’élèves de 5 à 70 ans, de tous niveaux. J’anime plusieurs ateliers : batterie jazz, rock, pop, percussions africaines, afro-cubaines, classiques et des cours particuliers à la demande pour jouer des percussions de différentes façons. J’encadre des spectacles dans des écoles, des stages et projets pédagogiques avec des personnes handicapés, schizophrènes et des jeunes en réinsertion, dont certains sont aujourd’hui musiciens. L’enseignement que je pratique ne s’assimile pas à celui d’un conservatoire. C’est une activité complémentaire et non concurrentielle, plus dilettante, qui permet un perfectionnement spécifique de l’instrument.

Je joue dans le Big Band Chalon Bourgogne depuis 1990. J’y ai rencontré d’excellents musiciens de la scène dijonnaise : Jean-François Michel (saxophones), Patrice Bailly (trompette)... J’aime suivre l’évolution de cet orchestre, autour de répertoires traditionnels et de créations originales. Il dispose d’une qualité d’interprétation musicale et artistique méritante... J’ai créé le groupe de New-Orleans Les sourdines à l’huile en 1996 et ensuite accompagné plusieurs formations du même type (Anthracite Jazz Band, le groupe du trompettiste Michel Maitrehenry de Chaumont). Je joue en duo avec la conteuse Emmanuelle Lieby, dans le groupe suisse Da Capo avec un trio jazz et trois chanteuses, inspiré du jazz des années 40 et dans le quartet latino du saxophoniste Joseph Lapchine avec Frédéric Nardin (claviers) et Merwan Djane (basse électrique). J’ai travaille parfois avec des comédiens, dans le spectacle Agents Doubles créé avec le réalisateur Mouss Zouhery.

> Comment est né votre quintet et comment peut-on qualifier sa musique ?

> L’idée m’est venue lors de ma participation occasionnelle à l’ONJ de Franck Tortiller, pendant une résidence à Aix-en-Provence, pour remplacer Patrice Héral aux côtés de David Pouradier Duteil. Avec David, nous avons beaucoup répété, trouvé rapidement des points communs dans l’approche de la musique et une facilité à jouer ensemble. La volonté d’initier un projet commun est arrivée naturellement. Cette année, le festival Jazz à Couches m’a proposé une carte blanche pour un répertoire de création. J’ai rapidement pensé à la formule du quintet, avec une forte dimension rythmique et des musiciens dijonnais assez ouverts musicalement : Michaël Sévrain (piano), Aymeric Decharrières (saxophones) et Sébastien Bacquias (contrebasse), remplacé ensuite par Antoine Reininger.

Florent Guillamin, percussions. -  voir en grand cette image
Florent Guillamin, percussions.
« Jazz à Couches » 2010

Ce choix s’est fait avant tout par amitié, puis en fonction de la maîtrise de chacun et de leur personnalité musicale. J’attire aussi une grande importance à la pluralité des styles qu’ils pratiquent. David a un jeu très aérien et évolutif. Antoine est au contraire plus carré. Aymeric se positionne comme un « électron libre » au dessus de cette rythmique complémentaire. Il ne me reste qu’à occuper un rôle de coloriste très simple aux congas, djembé, timbales latines, cajon et autres percussions moins connues...

Les thèmes de Mickaël, aux accords majeurs simples, évoquent les disques du pianiste suisse Malcolm Braff. Certains passages rappellent les belles mélodies du groupe Steps Ahead. Aymeric a composé des thèmes types montuno, en sept et neuf temps, avec des ambiances cubaines, latines et une ballade magnifique en hommage à sa mère. Pour ma part, j’ai apporté quelques morceaux dont une biguine connotée « couleurs du Sud ». La musique est nuancée de tendances africaines. La rythmique s’inspire de groove.

Même si ce quintet est sous mon propre nom, j’ai souhaité mener ce travail collectivement : tout le monde amène sa pierre à l’édifice, que ce soit pour l’apport des compositions et pour les arrangements. Chacun respecte les idées des autres. C’est une expérience humaine très forte. Je pense que le groupe fonctionne grâce à cela. Nous prévoyons de travailler avec le CRJ Bourgogne pour être missionné et jouer prochainement dans la région. J’aimerais enregistrer un disque.

> Comment qualifiez-vous la scène jazz chalonaise ?

> Quelle que soit notre activité de musicien (amateur ou professionnel), il y a toujours eu une très bonne entente et une entraide entre nous. Malgré les égos et les fortes personnalités qui peuvent exister dans ce milieu, nous ne ressentons pas de concurrence ni de mauvais esprit sur la scène chalonaise et plus largement bourguignonne. Lorsque nous faisons appel à des musiciens nationaux reconnus comme Michel Marre, venu partagé la scène avec nous hier soir, ils acceptent toujours sans rivalité. Ce quintet en est la preuve : il comporte deux musiciens parisiens. Nous ne ressentons pas de « frontière musicale » entre musiciens nationaux et régionaux.

Outre le plaisir de jouer, ce sont les différentes rencontres possibles dans ce métier qui me motivent. Elles nous permettent d’avancer, de créer des projets dans le cadre du festival de Couches par exemple, auquel je participe depuis ses débuts dans les créations du BBCB, de Jean-Christophe Cholet, Pierre Drevet... Je ne connais pas beaucoup de manifestations qui développent un tel partenariat avec des musiciens locaux. En Bourgogne, nous avons la chance d’avoir une scène active, avec des lieux de diffusion qui nous font confiance et nous soutiennent dans le temps. Je pense qu’il est nécessaire de redonner tout ce soutien en échange, comme nous l’avons fait bénévolement pour maintenir l’existence du jazz club de Chalon-sur-Saône en 2008. La scène régionale est aussi un véritable vivier de musiciens qui vont nous surprendre dans les années à venir. Pourvu que tout cela dure...

Propos recueillis par Armel Bloch le 10 juillet 2010.

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> Dans la même série, également disponible sur Culture Jazz :


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