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Céline BONACINA TRIO invite Nguyên LÊ : "Way of Life »

Irradiant !

D 9 septembre 2010     H 10:33     A Michel Delorme    


Nous avions remarqué la parution de ce nouveau et beau disque de la saxophoniste Céline Bonacina dans notre « farandole » du mois de juillet. Michel Delorme analyse en détail ce « Way of life » qui l’a enthousiasmé.

Ce disque est tout simplement ce qu’il est arrivé de mieux au jazz européen depuis bien longtemps.

On est maeltromisé, tsunamisé ! Comment un être humain peut-il produire autant de puissance dévastatrice ? On est hissé sur un arc-en-ciel ! Comment peut-on produire autant de beauté sereine et irradiante ? J’aurais bien un nom...

À commencer par le sublime Free woman, pièce qui a la douceur d’une aile d’ange et vous donne la chair de poule. Ou Entre deux rêves, qui vous transporte dans un mystérieux jardin asiatique, une espèce rare de cocon ouaté d’où éclosent des fleurs merveilleuses sous les doigts de Nguyên Lê et des fleurs carnivores sous ceux de Céline Bonacina, cette unique fois au soprano. Gabriel Fauré a composé Après un rêve, nous n’en sommes pas très loin. Grâce en soit rendue au signataire du titre, Roland Molinier.

À continuer par Course pour suite, Ra Bentr’ol ou Jungle, qui vous emportent dans un tourbillon de périlleuse fureur.

Céline Bonacina Trio : « Way of Life » -  voir en grand cette image
Céline Bonacina Trio : « Way of Life »
ACT / Harmonia Mundi
on aime !
on aime !

Ce qui frappe, en dehors des dons d’improvisation de Céline, de sa grande maîtrise de l’instrument dans tous les registres, c’est l’immense qualité de ses compositions. On se rappelle des plus grands musiciens justement et prioritairement par leurs mélodies. Elle met sa griffe sur 10 des 13 titres de cet album.

Free woman donc. Travel story, qui s’ouvre sur des background conversations comme aimait à le faire Joe Zawinul, et qui s’emballe jusqu’à un passage en re-recording extrêmement inventif et chantant - procédé que la saxophoniste utilise avec intelligence et parcimonie - et qui déboule sur un choral de danse afro-océanienne. Course pour suite encore, qui s’orne d’un pont de grande classe où la tension monte crescendo pour culminer dans des aigus orgiaques. Ekena qui, comme quelques autres titres, fait penser à Henri Texier, mince compliment. Wake up enfin.

Ra Bentr’ol tourne à plein régime sous le feu de la guitare de Nguyên dans un solo aussi incisif qu’inventif. Je n’avais rien entendu d’aussi clairement puissant depuis les débuts de Larry Coryell - laissons Hendrix tranquille. Il envoie un autre solo d’une salutaire sauvagerie sur Ekena. Il déchire encore la canopée dans Jungle où Céline embouche un alto ravageur.

À noter le trait péremptoire qui achève RAB, le parkerien Salt peanuts et la citation spontanée de Birdland qui termine on ne peut mieux le solo de baryton de Course pour suite. Il y a également quelque part une tournure de phrase typiquement coltranienne, saurez-vous la trouver ? Enfin l’exercice de style de Tôty come Bach.

Céline utilise la voix comme un instrument supplémentaire, mais comme pour le re-recording, elle sait se cantonner à deux ou trois titres. L’anti Jeanne Added de chez le néanmoins formidable Pierre de Bethmann.

S’il faut trouver quelque chose, c’est la trop grande (sic) profusion de merveilles, 52 minutes 20 de bonheur. Céline, faudrait voir à en garder un peu pour le prochain disque ! Aussi le fait que l’on soit tellement subjugué par le jeu et les mélodies de Melle Bonacina que l’on en oublierait presque ses deux accompagnateurs/ complices, Nicolas Garnier , basse électrique, Hary Ratsimbazafy, batterie super roots. Mais écoutez seulement le début de Course pour suite et vous entendrez comment cette rythmique explose méchamment le propos. Encore la photo de ce CD ? Non, car à la réflexion, elle claque alors qu’un sax serait un peu passe-partout, même avec Céline au bout. La date de sortie peut-être, en juin pour honorer le concert de Vienne. Mais quand viendront Les Victoires et l’Académie du Jazz 2011, j’espère que l’on se souviendra du lointain Way of life. En tous cas je ferai tout, avec quelques autres fondus, pour rappeler aux vénérables institutions que le Label allemand ACT a eu le nez creux en signant une certaine Céline Bonacina, qui sera donc dans la même écurie que le grand Joachim Kühn. Tiens, cela me donnerait bien une idée !

Bref ( ! ), Céline Bonacina joue sur l’instrument qui a le plus beau son de la TERRE, compose comme les plus grands et donne à ses interprétations le climat le plus envoûtant qui soit.
Mr Mezzo, vite une retransmission du phénoménal succès de Vienne. En attendant, vous pouvez en voir des extraits sur le site internet de Céline.

> Céline Bonacina trio – inviting Nguyên Lê : « Way of life » ACT Music 9498-2 Distribution Harmonia Mundi

Céline Bonacina : saxophones baryton, alto et soprano, voix / Nicolas Garnier : Basse électrique / Hary Ritsimbazafy – batterie, percussions, voix / Nguyên Lê : guitare électrique sur les titres 03, 07,11,12.

01.ZigZag blues / 02. Course pour suite / 03. Ra Bentr’ol / 04. Wake up / 05. Free woman /
06.Travel story / 07. Ekena / 08. Deep red / 09. RAB / 10. Histoire de / 11. Jungle / 12. Entre deux rêves / 13. Tôty come Bach

Compositions de CélineBonacina sauf : 03 – O. Andriamampianina, 09, 10,12 – Roland Molinier, 07 – Bonacina/Ratsimbazafy. 10 – arrangement Céline Bonacina /// Enregistré à Lausanne, Suisse, en février 2010

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