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Retour sur... Orléans Jazz 2010, fin juin.

Place à la diversité des styles.

D 7 novembre 2010     H 06:43     A Armel Bloch, Christian Ducasse (Photo)    


Depuis la création du festival de jazz d’Orléans en 1990, de grandes pointures ont fait escale au Campo Santo (Sonny Rollins, Michel Petrucciani, John McLaughin, Joe Zawinul, Archie Shepp, Chick Corea...). L’édition estivale 2010 ne dérogeait pas à cette orientation, avec la volonté de faire découvrir au public une grande diversité de styles, présentés comme du jazz mais parfois assez éloignés de ce que sous entend sa signification musicologue (General Elektriks, Christophe, Rachid Taha, Salif Keita...).

Plusieurs lieux de la ville (Campo Santo, Jardin de l’Évêché, Place de Bourgogne, petite et grande scènes) accueillaient pendant les deux dernières semaines de juin près de 400 musiciens et 60 formations, de quoi satisfaire le public orléanais le plus large possible dans la durée, à toute heure (midi et soirées, semaine et weekend) et pour tous les budgets (une grande partie des concerts sont gratuits). Le beau temps est au rendez-vous (les concerts étaient tous donnés en plein air).

Eddy Louiss, de retour sur scène à Orléans Jazz 2010. -  voir en grand cette image
Eddy Louiss, de retour sur scène à Orléans Jazz 2010.
Photo © Christian Ducasse

Stéphane Kochoyan (actuel directeur artistique qui succède depuis 2007 à André Francis) met le paquet sur les formations aux distinctions méritantes : sélection Catalan meets Jazz 2009 pour Giulia Valle, Prix Django Reinhard et Prix du meilleur disque de jazz français pour Stéphane Guillaume, lauréat Trophée du Sunside pour le Nagual Orchestra de Matthieu Bloch, meilleur album Jazz Vocal de l’Année – Must TSF pour Susie Arioli, meilleur harmoniciste européen de l’année 2008 Festival Harmoliège pour Greg Zlap, chevalier dans l’ordre de la Légion d’Honneur pour René Urtreger, Victoire du jazz 2009 pour l’ONJ Daniel Yvinec, découverte Carib’in Jazz festival pour Tricia Evy Trio, Premier lauréat du Tremplin Orléans’ Jazz 2010 pour David Sevestre... Aurait-il peur de décevoir en programmant des artistes non récompensés ou est-ce par manque d’inspiration ? Les musiciens émergents français du moment peu médiatisés et qui n’ont pas la chance d’être décorés (pas moins talentueux pour autant) sont rares dans cette édition...

Eddy Louiss, à Orléans - juin2010 -  voir en grand cette image
Eddy Louiss, à Orléans - juin2010
Photo © Christian Ducasse
Eddy Louiss, à Orléans - juin2010 -  voir en grand cette image
Eddy Louiss, à Orléans - juin2010
Photo © Christian Ducasse

> Le retour d’Eddy Louiss : Christian Ducasse ne voulait pas manquer l’évènement !

On regrette que l’affiche ne fasse pas plus la part belle au jazz de création, compte tenu des moyens certainement importants dont dispose ce festival (la seule création présente cette année associait le chanteur Christophe et le trompettiste Erik Truffaz, pour un répertoire connoté chanson française dans lequel Truffaz trouve difficilement sa place et se concentre essentiellement sur l’apport d’une ambiance electro de fond qui manque de mise en valeur). La transversalité artistique n’est pas dans l’objectif de cette édition : absence de disciplines parfois associées au jazz contemporain (théâtre, danse, cinéma, littérature...). Une programmation évènementielle reste une affaire délicate, ce que nous reconnaissons. Elle doit concilier une recrudescence de propositions musicales, des budgets parfois à la baisse, une exigence de fréquentation de plus en plus haute de la part des détenteurs de subventions publiques, une diversité de goûts musicaux qu’il est judicieux de respecter pour garder un niveau de fréquentation suffisant... De tels choix n’ont donc rien d’étonnants. Ils permettent au public de plus en plus nombreux de se familiariser avec une certaine diversité du jazz, mais ils ne représentent pas forcément l’essentiel de ce qu’est l’actualité des artistes de cette musique en France. On apprécie cependant la présence de quelques musiciens nationaux expérimentés (Philippe Sellam, Olivier Renne, François Couturier...) contrairement à d’autres festivals prestigieux de la scène française dans lesquels ils sont quasi absents.

Didier Lockwood (violon) - Bireli Lagrène (guitare) - Orléans Jazz 2010 -  voir en grand cette image
Didier Lockwood (violon) - Bireli Lagrène (guitare) - Orléans Jazz 2010
Photo © Christian Ducasse

La programmation a l’avantage de proposer quelques formations nationales peu connues : Cataclysm Box, Astrakan, Caminho, Roberto Negro Trio... Elle laisse la place à de nouveaux talents de la scène orléanaise souvent peu visibles dans d’autres festivals (David Sevestre, Benoît Lavollée, Simon Couratier, Bertrand Hurault...) et de futurs géants nationaux (Stéphane Guillaume, David Reinhardt)... Elle nous offre les prestations de grandes pointures : René Urtreger, Biréli Lagrène, Eddys Louiss, Didier Lockwood, Marcus Miller... Un des plus beaux moments du festival : le quintet d’Eddy Louiss. Absent de la scène depuis quatre ans (après avoir accompagné Claude Nougaro, Richard Galliano, Jean-Luc Ponty, Michel Petrucciani, Kenny Clark, Daniel Humair et bien d’autres...), le grand Eddy n’a rien perdu de son talent et de sa fraîcheur musicale. Le répertoire regroupe des compositions pour la plupart extraites de son album Louissiana paru en 1995 et de nouveaux thèmes issus de son disque Taurorque. On apprécie les couleurs groove et funk caractéristiques de son univers, les mélodies dansantes, simples et généreuses interprétées par de nouveaux compagnons de route : Jean-Christophe Charbonnel (contrebasse), Francis Arnaud (batterie), Thierry Farrugia (saxophones) et Christian Martinez (trompette, bugle).

Les hommages consacrés à Django Reinhard (par le trio de Biréli Lagrène avec Didier Lockwood en invité, dont le style le rapproche de l’ancêtre Stéphane Grapelli) et Miles Davis (du bassiste Marcus Miller) bénéficient d’un accueil élogieux du public, qui reconnaît l’interprétation respectueuse des répertoires originaux. L’Orchestre National de Jazz présentait Broadway in Satin, relecture iconoclaste des standards de Billie Holliday. Les arrangements, signés Alban Darche, répondent aux exigences singulières de son directeur artistique Daniel Yvinec. L’orchestre s’aventure sur des terrains sonores souvent inexplorés dans ce type de formation avec piano préparé, traitements électroniques, clavier, mais le souhait de vouloir emprunter aussi bien à la musique de film qu’à l’écriture classique (difficilement identifiables dans ce répertoire), au jazz, à la pop ou à l’électronique fait qu’on s’y perd un peu. Les orchestrations laissent parfois à désirer (loin de ce qu’a pu nous prouver le compositeur du Gros Cube) et on peine à reconnaître les versions originales de God Bless the Child, I Am a Fool to Want You, Strange FruitStéphane Kochoyan rappelait en début de concert qu’il s’agissait d’un hommage lointain... Les solistes Joce Mienniel (flûtes), Guillaume Poncelet (trompette) et Matthieu Metzger (saxophones) excellent dans des chorus inventifs, parfois enrichis de couleurs électriques originales. On reste un peu déçu des prestations assez plates des deux vocalistes : Ian Siegal (bluesman anglais apparemment très sûr de lui) et Karen Lanaud (jeune chanteuse française un peu timide, sans doute plus à l’aise dans son univers pop folk).

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Le public du festival Orléans Jazz 2010...
Photo © Christian Ducasse

Le Campo Santo est la scène des stars au public à grandes pompes. Il est difficile de trouver une place : les vigiles demandent de laisser des chaises libres pour les personnes huppées qui dégustent encore leur cocktail dinatoire quelques minutes avant le début des concerts. Seules places accessibles : les gradins aux spectateurs plus intéressés à discuter pendant les concerts qu’à écouter les musiciens, dommage pour les voisins attentifs ! Une question m’obstine alors : qu’est-ce qui motive une personne à aller à un concert ? La soirée « Jazz prestige » accueillait en première partie la saxophoniste Candy Dulfer. Satisfait pour la jolie tenue, qui met en avant la belle blonde qu’elle est (et elle a l’air de le savoir) mais pas pour la musique, qui reste d’une grande simplicité et sans intérêt majeur. L’édition se clôture par une soirée world music avec Rachid Taha et Salif Keita, qui s’ouvre à un public jeune et plus large.

Cette 20ème édition réussie dans son ensemble restera gravée dans nos mémoires par la venue de musiciens talentueux, médiatisés et par la découverte d’une nouvelle génération locale discrète qui n’hésite pas à gommer les frontières stylistiques du jazz. Ce grand festival de la scène jazz française (au moins en terme de budget) devrait nous promettre les mêmes richesse, diversité et de nouvelles découvertes aussi surprenantes pour sa prochaine édition en juin 2011.

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