« Le jazz tisse sa toile... »
Vous êtes ici : Accueil » Jazz en action » Entretiens, portraits. » Entretien au collège avec QUINSIN NACHOFF

Entretien au collège avec QUINSIN NACHOFF

...par des élèves du collège JB de la Salle à Lyon.

D 6 novembre 2010     H 17:55     A Yves Dorison    


Le projet Artistique et Culturel « Jazz et Musiques improvisées » du Collège JB De La Salle de Lyon attaque sa neuvième année avec une évolution majeure : l’accueil en résidence du Réseau Imuzzic qui propose quatre concerts au collège cette année et autant de rencontres avec les élèves. Le premier a eu lieu le 15 octobre dernier avec un trio improvisé constitué de Bruno Tocanne, Sébastien François et Quinsin Nachoff. C’est à cette occasion que ce dernier a répondu aux questions des élèves qui faisaient là leur première interview. Et en anglais s’il vous plaît !

  • Propos recueillis par Théana Petri, Morgane Ranc-Gonin et Mathis Fischer
  • (classe de 4°4).

> Lyon, le 15 octobre 2010

> Tout d’abord, merci de répondre à nos questions.

> C’est avec plaisir.

> Vous êtes né en 1973 ?

> Je suis effectivement né en 1973, le 21 décembre.

> Vous êtes canadien.

> Oui, c’est pourquoi je semble encore très jeune...

> Où vivez-vous ?

> Je vis à New York, à Brooklyn.

> Pourquoi avez-vous choisi le saxophone et la clarinette ?

> Mon père jouait du saxophone, il jouait d’autres instruments aussi, mais principalement du saxophone. J’ai commencé à jouer quand j’étais un peu plus jeune que vous ne l’êtes, à l’école. J’avais environ huit ans. L’année suivante, j’ai participé à l’orchestre de l’école et j’ai dû choisir un instrument. Mon père avait un saxophone, alors j’ai pris le saxophone. Puis j’ai appris la clarinette au collège, entre neuf et treize ans.

> Quel âge aviez-vous quand vous avez commencé à jouer cette musique ?

> Jouer de la musique en général ? Aux alentours de huit ou neuf ans. Mais c’était de la musique, pas du jazz. C’était des marching bands, des trucs comme ça.

> On écoutait du jazz dans votre famille ?

> Un peu, on avait quelques disques de jazz. Mais mes parents étaient tous les deux compositeurs, ce qui fait que j’ai écouté beaucoup de musique contemporaine, des compositeurs français comme Messiaen, Boulez et d’autres compositeurs célèbres de classique contemporain, et d’autres encore. Mes parents faisaient de la musique électronique. Il y avait donc toujours de la musique à la maison.

> Quel artiste vous a le plus influencé ?

JPEG - 88.8 ko

> Selon l’instrument que je pratique et les choses que je fais, cela peut-être un musicien ou un autre. Pour moi, il est essentiel d’étudier l’histoire de la musique. Si je veux étudier l’histoire des vents, j’essaie de ne pas être influencé par une ou deux personnes seulement. Si je me contente de l’influence de peu de musiciens majeurs, je vais sonner comme eux. Il faut donc écouter le plus possible d’artistes différents. Quand je joue du saxophone, je retourne aux sources de son histoire et je commence à écouter de vieux musiciens des débuts du jazz, Lester Young, Coleman Hawkins, les années vingt, trente, quarante. Puis j’écoute également la période suivante, les trucs du be-bop avec Charlie Parker, Dexter Gordon, Sonny Rollins, John Coltrane, et ainsi de suite jusqu’aux gens qui jouent aujourd’hui, vous savez, et qui sont importants. J’en écoute des tonnes et des tonnes ! Et je fais la même chose avec la musique écrite. J’essaie de l’étudier le plus possible. Je remonte jusqu’à la Renaissance et suis chronologiquement l’évolution de la musique. Il y a bien sûr des compositeurs que j’apprécie plus que d’autres. J’aime énormément Bach, Messiaen, Bartok, Stravinsky. Je cite là ceux auquel je pense en priorité. Mais il me semble indispensable d’en écouter le plus possible.

> Auriez-vous pu faire un autre métier ?

> Je crois que non. Ce métier, je le sentais et je le fais encore aujourd’hui, alors... Mais quand j’étais à l’école, il m’a fallu choisir une orientation. Je faisais beaucoup d’informatique, de programmation. J’étais du genre indécis. Aller vers la musique ou non ? J’aurais certainement pu faire de études scientifiques, de la recherche, ce genre de choses plutôt cérébrales. Mais l’art de la musique est vraiment important pour moi. Je peux rencontrer nombre de musiciens, jouer avec eux sans même les connaître et c’est un bon feeling. C’est beau et je peux généralement m’exprimer pleinement. C’était considérable pour moi à l’époque en comparaison des autres métiers qui m’intéressaient. Pas tous cependant. Travailler dans la recherche me tentait fortement. Mais finalement, je crois que je voulais être un artiste.

> Dans quels pays avez-vous joué ?

> J’ai fait pas mal de pays européens, l’Allemagne, la France, la Suisse, la Belgique, la république Tchèque, l’Autriche, la Scandinavie. Je n’ai jamais joué en Espagne, au Portugal et en Grèce. Je disais d’ailleurs à Bruno Tocanne qu’on devrait y aller ! Je suis allé en Italie mais pas pour jouer. C’est difficile de faire une date là-bas. Tout change tout le temps, tout se fait à la dernière minute. C’est l’Italie quoi ! C’est donc un défi d’y jouer un jour. J’ai beaucoup joué en Asie, en Chine au Japon, en Australie. Je n’ai jamais été en Afrique, ni en Amérique du Sud. Il y a donc encore de belles opportunités à saisir.

> Quand avez-vous fait votre premier concert ?

> Probablement à l’école. J’ai fait quelques soli dans l’orchestre de la classe. J’avais huit ou neuf ans.

> Avec qui aimeriez-vous enregistrer ?

> J’ai déjà été très chanceux car j’ai pu enregistrer avec quelques uns de mes musiciens favoris. J’ai fait un enregistrement, il y a deux ans, avec ce pianiste exceptionnel qu’est John Taylor. Ce fut un une grande expérience. J’écoutais sa musique depuis longtemps et il est formidable avec les musiciens. Ce fut très excitant. Mais j’aime enregistrer en général. J’ai un groupe à New York composé de musiciens plus jeunes que moi, avec lequel une session d’enregistrement est prévu en mars prochain. Je regarde devant.

> Combien de disques avez-vous réalisés ?

> Sous mon nom ? J’ai en fait quatre avec ma musique. J’ai ensuite enregistré avec Bruno Tocanne en co-leader. Comme sideman, j’apparais sur vingt ou trente CD. Un jour un musicien me demande juste si je veux jouer sur son disque et allez ! C’est parti !

> Lequel préférez-vous ?

> Je les aime tous car j’essaie de toujours faire des choses différentes. J’ai eu un groupe avec un quatuor à cordes, un bassiste et un batteur. C’était très différent du disque avec le pianiste dont je parlais précédemment où il y avait un piano, deux violons et un violoncelle. L’un ressemble à de la musique de chambre, l’autre s’apparente plus à de la musique classique. Le dernier que j’ai fait est d’un esprit plus rock. Avec le son cool très seventies du Fender rhodes, une batterie et une trompette,c’est un projet nettement plus rock. Tous mes disques sont différents et me demande beaucoup de travail. Je ne m’autorise finalement pas à en préférer un plus qu’un autre.

> Quand a lieu votre prochain concert ?

> Ce soir, ici ! Je fais ensuite une petite pause, un jour à Paris, et je retourne à New York finir un projet d’écriture de concerto pour violon, puis j’ai quelques petits concerts à New York. Le prochain gros projet aura lieu en mai 2011 en Australie. J’ai toute une série de concerts là-bas et une résidence dans une école durant laquelle je dois écrire pour un quintette à vents avec batterie.

> Merci pour cet entretien.

> Merci à vous qui posez de bonnes questions.

> Liens :

Le blog du projet Jazz du collège JB de la Salle (Lyon) :