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L’ART DU TRIO : retour sur 4 disques de 2010.

D 14 janvier 2011     H 19:21     A Michel Delorme    


Au sortir de l’émoi ressenti à l’écoute des trios d’Omri Mor et Rafael Zaldivar, je me suis dit que j’avais encore en réserve, je veux dire en retard, quelques piano/basse/batterie grand cru.

  • On ne cesse de dire que les ventes de disques vont mal mais il en sort de plus en plus. Va comprendre, Charles.

Anne PACEO TRIPHASE : « Empreintes »

Anne PACEO TRIPHASE : « Empreintes » -  voir en grand cette image
Anne PACEO TRIPHASE : « Empreintes »
Label LaBorie / Abeille Musique

> Label LaBorie LJ 13 - dist. Abeille Musique

Anne Paceo (batterie) / Joan Eche-Puig (contrebasse) / Leonardo Montana (piano)

« Unsophisticated lady »

À une époque où cette pute de pub essaie de nous vendre des produits, comme le Charlie Haden et ses drôles de dames, il est rafraîchissant d’écouter un disque comme celui d’Anne Paceo.

  • Ici, rien de « fabriqué », tout n’est que spontanéité, candeur joyeuse et rayonnement humain. L’intro de Poutchoum sonne comme une explosion solaire, sur un scintillement de cymbales cosmiques. Du reste, il me semble que le jeu de cymbales d’Anne est l’un des plus brillants qui soient et la caractéristique de son style. Elle est à son sommet dans Noun, où les roulements sont tout aussi puissants que dans le bien nommé Le tonnerre est là.
  • Les compositions offertes par Anne sont de haut niveau, Poutchoum, Immersion et surtout Le tonnerre et Noun.
  • Fais de beaux rêves est une jolie ballade et Poussières une délicate broderie.
  • Autant d’objets non-inanimés qui ont une âme.

Joan Eche-Puig demeure tout au long de l’album un bassiste solide et bonne pioche en la personne du pianiste Leonardo Montana. Quelle classe, en particulier dans Le tonnerre, où il délivre un solo époustouflant.

  • À noter qu’il s’agit ici d’un trio batterie/basse/piano.

> Liens :

  • Ce disque a été présenté en novembre 2011 sur le « Tourne-disques » de CultureJazz :voir ici !

Yaron HERMAN Trio : « Follow The White Rabbit »

Yaron HERMAN Trio : « Follow The White Rabbit » -  voir en grand cette image
Yaron HERMAN Trio : « Follow The White Rabbit »
ACT / Harmonia Mundi

> ACT records ACT9499-2 - dist. Harmonia Mundi

Yaron Herman (p) / Chris Tordini (b) / Tommy Crane (dms)

« Le coup du chapeau »

Yaron a changé d’herbage mais c’est toujours un sacré lapin. S’il cède à la mode du « répétitif », à moins qu’il ne l’ait initiée, il le fait avec génie comme dans le titre qui ouvre l’album où l’intro martelée conduit à une magnifique mélodie et son superbe développement.

  • Même marque de fabrique dans le suivant, Saturn. Mais c’est avec White rabbit robot que l’ampleur du procédé est à son comble. Une rythmique volontairement mécanique, Chris Tordini et Tommy Crane, confère au titre un statut de tube radiophonique.
  • Mais c’est dans des pièces comme Ein gedi, empreint d’une merveilleuse délicatesse, Cadenza, qui sonne comme une pièce de Children’s corner, Baby mine et ses belles notes perlées ou Aladins psychedelic lamp, quelle dramaturgie, que l’art de Yaron Herman se met le plus en valeur.
    on aime !
    on aime !
  • Enfin, Clusterphobic est une interprétation fascinante aux sonorités de cathédrale engloutie d’un magnifique thème et No surprises est une sublime relecture d’une sublime chanson.

> Liens :

  • Ce disque a été présenté en novembre 2011 sur le « Tourne-disques » de CultureJazz :voir ici !

Benjamin MOUSSAY : « On air »

Benjamin MOUSSAY : « On air » -  voir en grand cette image
Benjamin MOUSSAY : « On air »
Label LaBorie / Abeille Musique

> Label LaBorie CD LJ12 - dist. Abeille Musique

Benjamin Moussay (piano, claviers, synthétiseur) / Arnault Cuisinier (contrebasse) / Éric Échampard (batterie)

« Les percussions de Limoges »

Voilà bien un disque d’une originalité décoiffante. Y alternent des séquences répétitives martelées et de belles ambiances rêveuses.

  • D’entrée, on est dans le vif du sujet avec Momentum, rythmique d’enfer (avec Arnault Cuisinier et Éric Échampard on n’en attendait pas moins ), ça percute, ça répétitive, c’est tout simplement superbe de fougue et de précision. Le thème a par moments des allures du Marché persan d’ Albert Ketèlbey.
  • Don’t wake me up est un autre exemple de cette furia salvatrice et Domino effect se découpe à la Monk avec des ruptures qui vous plongent dans un autre univers le temps d’un instant.
  • Mais les plus beaux moments restent des pièces comme Mood, Stéphanie, au superbe solo de basse, ou Milo, dans lequel on sent poindre le moignon d’une Vénus monkienne.

Disque chaudement recommandé.

> Liens :

  • Ce disque a été présenté en novembre 2011 sur le « Tourne-disques » de CultureJazz :voir ici !

COUTURIER / MÉCHALI / LAIZEAU : « Musica Callada »

François COUTURIER - François MÉCHALI - François LAIZEAU (Les trois F) : « Musica Callada » -  voir en grand cette image
François COUTURIER - François MÉCHALI - François LAIZEAU (Les trois F) : « Musica Callada »
Zig-Zag Territoires / Harmonia Mundi

> Zig-Zag Territoires ZZT100803 - distribution Harmonia Mundi

François Couturier : piano / François Laizeau : batterie / François Méchali : contrebasse // compositions de Federico Mompou (1893-1987) sauf indication contraire.

Ce sont ces trois François là qui m’ont fait découvrir Federico Mompou il y a bien longtemps au festival de La Seyne sur Mer. Foudroyé sur place par la beauté des mélodies du compositeur catalan, je me suis rué sur le coffret de 4 Cds et je ne l’ai pas regretté.

Musica callada est le second disque du trio dédié à Mompou. C’est évidemment le premier titre qui remporte la palme, tant ce Musica callada n° 1 est une merveille de musicalité. Comme dans beaucoup d’interprétations, le thème est joué straight, par le piano et la basse, respectivement François Couturier et François Méchali, c’est à dire note pour note comme il a été écrit. Sinon, lors des variations principalement, la batterie de François Laizeau entre dans la danse. Plusieurs compositions personnelles de nos trois gaulois se glissent dans les merveilles magiques de Mompou, dont je ne vous citerai que la plage 14 : Cancion IX sonne comme un hymne avant que le trio au complet ne s’aventure dans une relecture presque funky de la mélodie, d’une beauté exceptionnelle.

Si vous aimez ce disque, et donc Federico Mompou, je vous exhorte vivement à vous pencher sur le cas du compositeur français Déodat de Séverac (merci Gérald Arnaud). Son Cerdana n°1 prend place parmi les plus belles choses jamais écrites pour le piano. Et dans les œuvres orchestrales, Cortège catalan est une explosion de soleil et de son qui vous transportera.

> Liens :

  •  :: :Écoutes croisées :: : Ce disque a fait l’objet d’une autre chronique, le 26 août 2010 :lire ici !

© Association CultureJazz® / Michel Delorme - janvier 2011 - www.culturejazz.net®