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Daniel Yvinec fête les 25 ans de l’Orchestre National de Jazz

Théâtre du Chatelet, mardi 25 janvier 2011.

D 31 janvier 2011     H 06:11     A Edouard Hubert    


Un beau menu était proposé à l’occasion de l’anniversaire de l’Orchestre National de Jazz, mardi 25 janvier, le Théâtre du Chatelet accueillant pour la circonstance deux programmes de l’actuel ONJ : « Broadway In Satin » et « Shut Up And Dance ».

25 ans après la création de cet exigent et aventureux orchestre-institution, le présent ONJ, placé sous l’égide et la direction artistique de Daniel Yvinec, s’avère être l’une des formations élargies les plus « en phase » avec son temps. Moderne, serait-on tenté de dire… Malheureusement, un magnifique théâtre à l’italienne comme celui du Châtelet n’est résolument pas adapté à recevoir un concert de musique amplifiée. Et la musique de l’ONJ-Yvinek l’est indubitablement.

ONJ / Daniel Yvinec : « Bradway in Satin » -  voir en grand cette image
ONJ / Daniel Yvinec : « Bradway in Satin »

Le premier programme, intitulé « Broadway in Satin », rend hommage à la musique de Billie Holiday, dont une demi-douzaine de chansons ont été réorchestrés à la sauce quasi « groscubesque » par Alban Darche. En invités impromptus, les chanteurs John Greaves et Sandra Nkaké se partagent l’interprétation vocale. Vaste programme sur le papier. Néanmoins, la qualité acoustique de la salle a suscité à nos oreilles une sorte de « sas » esthétique. Les arrangements, a priori décalés et extrêmement travaillés en contraste de style avec les originaux, se sont révélés pratiquement inaudibles et impalpables (alors que là réside, nous le pensons, la principale qualité de ce programme). Les voix, oscillant entre un certain classicisme jazz chez Sandra Nkaké et la stylistique claire-obscure de John Greaves, se noient la plupart du temps dans une bouillie sonore indéterminée. Les seuls légers moments de plaisir furent les (trop peu nombreux) chorus en effectifs réduits, véritable illustration du talent d’improvisateur des différentes personnalités de l’orchestre (nous pensons notamment ici au solo de Fender Rhodes de Vincent Lafont dans un esprit très british jazz rock 70’s plus que réjouissant), bien que le son de grosse caisse de Yoann Serra ne se distingue pas, que le son de ses toms nous parvient sans énergie et que celui de ses cymbales s’échappe. Le son, bordel. Le son ! Il tourne et s’envole, érigeant de véritables barrières à toute appréciation esthétique possible… Ajoutez à cela une prestation scénique un peu « show » pas toujours maîtrisée de la part des chanteurs (Greaves, un peu, Nkaké, beaucoup trop) et vous comprendrez que cette première partie nous laissa quelque peu sceptique pour la suite.

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Quelques instantanés de ce concert saisis sur le vif par Christian Ducasse !
Photos © Christian Ducasse

> Christian Ducasse a assisté à ce concert et n’a pu s’empêcher de saisir l’événement à travers quelques clichés qu’il nous livre dans cette galerie photo (cliquer sur l’image).

ONJ / Daniel Yvinec : « Shut up and Dance » -  voir en grand cette image
ONJ / Daniel Yvinec : « Shut up and Dance »

Le second programme – « Shut Up And Dance » – a souffert en partie de la même contrainte acoustique, bien que l’on ait senti une amélioration certaine de la mise en espace sonore dès le second morceau. Ce projet, qui a fait l’objet d’un double disque à l’automne dernier, est né de la collaboration entre Yvinec et le batteur-compositeur américain John Hollenbeck. En présentant cette deuxième partie du concert, Daniel Yvinec nous avouera son admiration pour le travail de Hollenbeck depuis plus de dix ans, musicien qu’il avait pensé privilégier pour une éventuelle contribution à l’orchestre. Mais ce dernier le contacta avant même d’apprendre la nouvelle, simplement enthousiasmé par la découverte de l’originalité musicale de cet ONJ à l’écoute du premier album,Around Robert Wyatt. Hollenbeck a donc concocté dix « concertos », un pour chaque membre de l’orchestre, véritables prétextes à la mise en lumière de chacun des protagonistes, mais aussi à l’exploration des multiples couleurs de cet ensemble. Nous n’allons pas commenter l’album ici, cela demanderait une chronique à part entière. Cependant, ce que ce concert a pu confirmer, c’est la qualité indéniable de cette partition sublime et architecturale, en parfaite adéquation avec le potentiel timbrique des musiciens. Le coup de maître de cette collaboration ONJ-Yvinec / Hollenbeck, c’est indiscutablement la mise en exergue d’un des sons d’orchestre les plus originaux, cohérents et aboutis à l’heure actuelle.

ORCHESTRE NATIONAL DE JAZZ (dir. Daniel YVINEC) : « Shut Up And Dance » -  voir en grand cette image
ORCHESTRE NATIONAL DE JAZZ (dir. Daniel YVINEC) : « Shut Up And Dance »
Bee Jazz / Abeille Musique

Mais encore une fois, les médiocres propriétés acoustiques du théâtre ne nous ont pas donné à entendre cet ensemble sous son meilleur jour. Gâché, le plaisir de l’écoute. Nous avons alors pu apprécier à leurs justes valeurs les plages les plus oniriques ou contemplatives du programme (Shaking Peace pour le piano préparé d’Eve Risser ou Praya Dance pour les flûtes de Joce Mienniel) et écouter, plutôt frustré, les backgrounds avaler le soliste lors de nos moments favoris sur l’album (le saxophone soprano de Mathieu Metzger sur Bob Walk ou le saxophone alto d’Antonin-Tri Hoang sur Melissa Dance ). Nous n’aborderons pas ici non plus les prestations chorégraphiques signées Blanca Li, trop peu en concordance avec la musique à notre goût.

Concluons toutefois en rassurant le lecteur, car ce concert aura malgré tout su attiser nos envies : se (re)plonger dans l’album Shut Up And Dance [1], ou mieux, aller écouter l’ONJ-Yvinec dans une salle à l’acoustique adaptée, juste pour savourer le plaisir de la musique.


>Formation : Daniel Yvinec : direction artistique / Eve Risser : piano, piano préparé, flûtes / Vincent Lafont : claviers, samples / Antonin-Tri Hoang : saxophone alto, clarinettes / Rémi Dumoulin : saxophones, clarinettes / Matthieu Metzger : saxophones, électronique / Joce Mienniel : flûtes, électronique / Guillaume Poncelet : trompette, synthétiseurs, électronique / Pierre Perchaud : guitare, banjo / Sylvain Daniel : basse électrique / Yoann Serra : batterie / + invités (voix) : Sandra Nkaké, John Greaves


>Liens :

  • Chronique de « Shut up and dance » sur CultureJazz (T. Giard - 5 décembre 2010) : lire ici !

© Association CultureJazz® / Édouard Hubert - janvier 2011 - www.culturejazz.net®


[1Orchestre National de Jazz, direction artistique Daniel Yvinec, Musique de John Hollenbeck, Shut Up And Dance, 2 CD BEE JAZZ Records - distribution Abeille Musique