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Pianos croisés

C’est plus facile à dire vite que Piano-Panier

D 24 février 2011     H 06:51     A Alain Gauthier    


L’idée de ces Pianos croisés, dixit JP Vivante [1], est de provoquer un petit quelque chose de transgénérationnel, le croisement fécond entre un « vieux » loup des caveaux et un « presque » perdreau de l’année, la première partie étant confiée, trois soirs de suite, à Raphael PRADAL au piano solo pour une mise en bouche « Flamenco, tapas, palmas y todo y todo ».

Ce jeudi sont réunis Denis BADAULT et Franck WOESTE. Le premier a une longue carrière derrière lui ( de l’ONJ à la Bande à Badault en passant par des formations plus réduites ), le second sévit en particulier ( mais pas seulement ) au Fender Rhodes dans le Jus de Bocse de Collignon.

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Denis Badault - Franck Woeste - www.letriton.com

D’abord, il convient de revenir sur cette appellation Pianos croisés, façon courtoise et élégante pour parler d’une copulation publique entre deux pianos à queue. Si si.
Et les deux lascars du soir nous la jouent Première rencontre : on se renifle, on se regarde, on s’écoute, on regarde où mettre ses petits pieds et ses grandes mains ; tu fais quoi ce soir ? On irait bien boire un verre ? T’as une préférence ? Non, et toi, tu connais un truc sympa dans le coin ?

Les trois pièces interprétées, tourneboulées, travaillées au corps ( dont Charlie et Gonzalo et Zone Amazone Lied ), nous ont emmené quelque part entre le pianocktail de Vian et la BD « À la recherche de Peter Pan » de Cosey : un espace hors du temps courant ( oui, courant, du verbe courir ), trois bulles de 20 minutes où les sons se transformaient en couleurs et en fleurs juste écloses ; du soliflore au grand vase, de la longue rose au jaillissement de bouquets dodus et volumineux. Un truc à la fois de facture classique, harmonieuse, mélodique et en même temps bourré de trouvailles vraiment chouettes ( ce gimmick qui fait sourire, cette percussion répétée d’une seule note qui survole les deux pianos, l’impro qui passe d’un clavier à l’autre sans rupture-et il faut ouvrir les yeux pour repérer qui joue quoi à cet instant-là-.... ).

  • Pas de coudes ni de pieds sur les claviers ( merci pour l’accordeur ), aucun piano fracassé (n’est pas Hendrix qui veut ) : juste un grand sourire partagé dans le public qui reste silencieux et collé à sa chaise après le rappel.
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Andy Emler - Issam Krimi - www.letriton.com

Vendredi, la rencontre se poursuit avec Andy EMLER et Issam KRIMI. Le premier a son rond de serviette au Triton, le second pas encore.

  • Bizarrement ( ? ), leur concert complète tout-à-fait celui d’hier. La première rencontre ( hier soir donc ) se poursuit dans un bar. Le garçon leur a proposé une table un peu à l’écart, façon dehors et dedans mélangés. La lumière des lampes posées sur les tables crée des îlots singuliers et pousse les regards à se croiser au dessus du halo. Lumière et ombre, proximité et éloignement, intimité et réserve. Chacun lance une idée qui nourrit son expectative : « Qu’en fera l’autre : rebondir ? dériver ? contrer ? prolonger ? ».
  • Au fur et à mesure de la soirée, le dialogue se noue, l’un Andy et l’autre Issam distillant ( de distiller : sécréter, épancher, répandre, rectifier, raffiner, couler goutte à goutte : oui, c’est comme pour le calva, le meilleur est au bout de l’alambique, en bas du serpentin !! ) qui un ostinato, qui une longue phrase élégante, qui un tout petit bout d’un petit quelque chose qui revient de temps en temps pointer son nez à la fenêtre de nos oreilles. Le ton monte parfois, ils parlent ensemble tous les deux puis leur brouhaha cesse aussi subitement qu’ils se sont laissés emporter. Ils ont beaucoup de choses à se dire, la nuit n’y suffira pas.
  • Et soudain, c’est fini. Ils nous laissent en apesanteur, s’en vont discuter avec Ivan Amar de France Musique et décortiquer rétrospectivement leur rencontre.
  • C’est haletant : que se passera-t-il demain soir ?
  • Vous le saurez en écoutant Zappy Max dans la série Que font les pianos de leur queue ?
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François Raulin - Yvan Robillard - www.letriton.com

Ah, samedi. Il a tant plu cet après-midi que j’ai craint un instant d’aller à un concert de pianos aqueux. Mais non, pas une goutte (d’eau... ) dans la salle. Nous avons les pieds au sec.
Et les deux lascars du soir, François RAULIN ( f-raulin.fr ) et Ivan ROBILLIARD (yvanrobilliard.com) tapent dur d’entrée de jeu. Fini les tendres propos, les murmures langoureux, les longues phrases romantiques. Fini la chiche lumière.

  • Ils vont directement de l’autre côté du clavier, dans les cordes et les marteaux. Ça couine et ça grince, ça envoie du rythme et ça va durer une grosse heure. Chacun lance une idée au ras du filet que l’autre retourne, slicée, liftée, coupée ; le risque est maximal, personne ne lâche, enchère et surenchères, trouvailles et sourires partagés, un texte s’impose à moi : Le grand combat de Henri Michaux.

-Il l’emparouille et l’endosque contre terre ;

  • Il le rague et le roupète jusqu’à son drâle ;
  • Il le pratèle et le libuque et lui baruffle les ouillais ;
  • Il le tocarde et le marmine,
  • Le manage rape à ri et ripe à ra.
  • Enfin il l’écorcobalisse.
  • L’autre hésite, s’espudrine, se défaisse, se torse et se ruine.
  • C’en sera bientôt fini de lui ;
  • Il se reprise et s’emmargine... mais en vain
  • Le cerceau tombe qui a tant roulé.
  • Abrah ! Abrah ! Abrah !
  • Le pied a failli !
  • Le bras a cassé !
  • Le sang a coulé !
  • Fouille, fouille, fouille
  • Dans la marmite de son ventre est un grand secret
  • Mégères alentour qui pleurez dans vos mouchoirs ;
  • On s’étonne, on s’étonne, on s’étonne
  • Et vous regarde,
  • On cherche aussi, nous autres, le Grand Secret.

Voilà. On descend les couvercles. Les sons s’étouffent. S’installe le silence qui contient tous les sons à venir.

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Pianos Croisés - 17, 18, 19 février 2011 - Le Triton

> Liens :

Jeudi 17 février 2011.

Vendredi 18 février 2011.

Samedi 19 février 2011.


[1Jean-Pierre Vivante est directeur du Triton, café - concert et studio d’enregistrement. - 11 bis, rue du Coq Français
93260 Les Lilas.-

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