« Le jazz tisse sa toile... »
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Claude Barthélémy Trio « Vintage »

À la Maison de Radio-France (Paris).

D 1er juin 2011     H 09:01     A Armel Bloch    


Xavier Prévost nous réserve souvent de belles surprises dans sa programmation « Le jazz sur le vif » à la Maison de la Radio.

  • Le samedi 7 mai, il accueillait le nouveau trio du guitariste Claude Barthélémy. Rebaptisé Vintage, cette formule est un écho à son trio du début des années 90, dans lequel il s’était entouré de sa rythmique fétiche : Jean-Luc Ponthieux (contrebasse, basse électrique, lui-même présent dans ce nouveau trio) et Manuel Denizet (batterie). On retrouve l’énergie déjantée très rock, free jazz voir punk que le guitariste touche à tout aimait déjà transmettre à cette époque, mais avec encore plus de franchise, d’engagement et de fantaisie musicale. « Barthé » reste fidèle à ses bonnes manières : il flirte avec le blues et la musique contemporaine en remplissant l’espace de notes qui déferlent à une vitesse impressionnante, l’identifiant parmi tous les « grateux » de la planète jazz.
Claude barthélémy -  voir en grand cette image
Claude barthélémy
23/08/2008, Jazz Campus en clunisois

Il n’a définitivement rien perdu de son talent et de sa fraîcheur musicale : il bouscule les préjugés musicaux et mixe les styles sans tabous ni retenue (et oui, il est à fond)... Sa prestance scénique est étonnante : tout le contraire du « monsieur jazz » tranquille et immobile : cheveux longs, chemise pendante et pantalon en cuir telle une star de rock, gros ampli renvoyant un son imposant en pleine face (et non derrière comme habituellement constaté sur scène). Il gesticule dans tous les sens pendant ses chorus qui n’en finissent pas, soutenu par une rythmique massive et exaltée. Il dispose de tout l’espace sonore pour mettre en œuvre ses qualités incontestables de soliste surdoué, tel un guitar hero dont on a du mal à étiqueter l’univers riche et chargé, parfois plus proche du rock que du jazz mais avec une aisance pour improviser assez peu entendue dans la scène rock actuelle.

L’essentiel des compositions sont issues de ses précédents albums : « Jaune et encore » puis « Forest One » présentes sur le disque Solide (1993) enregistré en trio. En rappel : « Vieira da Silva », un extrait de Sereine (2000) enregistré en quintet pour Label Bleu. D’autres thèmes évoquent ses expériences de directeur de l’ONJ : « Yves Klein », écoutable sur le disque Claire (1990) enregistré lors de son premier mandat et « Corvisart » pour la période 2003-2005. Son début nous évoque un reggae sur lequel le batteur Franck Vaillant (qui succède à Eric Groleau), aux multiples effets inattendus (une vraie drum machine humaine aux batteries inépuisables), s’amuse à teinter son jeu unique de sons typiques entendus dans la musique dub, en insistant lourdement sur les bords de sa charleston et de sa caisse claire.

On aurait sans doute préféré d’avantage de nouveaux thèmes. « Barthé » aurait-il tendance à se reposer sur ses lauriers ? Peu importe, l’énergie tellement grande de ce « power trio » et l’écriture logique des compositions en rapport avec l’orientation musicale du leader suffit à émerveiller nos oreilles et combler le public enthousiaste dès les premières minutes. Les trois solistes improvisent sans suivre de thème prédéfini dans « Le merle », une composition instantanée. Une chanson est dédiée à Edit Piaf [1] et un nouveau thème consacré à l’un de ses pianistes préférés : « Eric Watson ».

Une belle occasion de nous rappeler qu’après ses années à la direction de l’ONJ, le guitariste caméléon Claude Barthélémy est assurément une grande figure du jazz de notre époque. La sortie de son nouveau disque le prouvera dans les semaines à venir...

> Liens :


[1Ce qui prouve que le guitariste est aussi très attaché à la chanson française, comme en témoignait son sextet « Chansons tombées du ciel » il y a quelques années et d’autres projets plus récents.

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