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JSLP 2011 : quartiers de pommes. (1)

Spots sur un festival haute-densité.

D 31 mai 2011     H 09:24     A Thierry Giard    


À Coutances, le festival Jazz sous les Pommiers a ouvert sa 30ème édition le samedi 28 mai. Nous vous proposons d’en prélever quelques fragments significatifs, au fil de la semaine, des quartiers de pommes de différentes variétés, anciennes ou nouvelles...

> Samedi 28 mai 2011 :

Le festival a débuté tambours battants avec le légendaire Al Foster, le batteur qui porta le retour au jazz de Miles Davis en 1981. Il jouait aux côtés du talentueux trompettiste et joueur de bugle Stéphane Belmondo. Des couleurs chaudement avivées par l’esprit du jazz authentique ont caractérisé cette première journée avec la prestation de haute tenue des Afro Lions (dans le rôle des « ouvreurs ») et du du pianiste cubain à la culture encyclopédique, Chucho Valdès. Un éclat de lumière particulier a été apporté par la voix de Youn Sun Nah remarquablement entourée par le guitariste suédois Ulf Wakenius, Vincent Peirani (accordéon et voix) et Simon Tailleu (contrebasse). Cette chanteuse au potentiel vocal exceptionnel touche par sa simplicité et la délicate influence de ses racines orientales. Un très grand moment d’émotion.

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Vincent Peirani (accordéon) et Youn Sun Nah (voix), à Coutances le 28 mai 2011.
Photo © CultureJazz

Mais nous nous attarderons un peu plus sur un concert simplement incontournable qui s’est déroulé dans le calme et la relative confidentialité des caves des Unelles...

KIF-KIF : le chaînon retrouvé vers la préhistoire du festival.

Alain Gibert, tromboniste « Arfiste » et conteur hors-pair ! -  voir en grand cette image
Alain Gibert, tromboniste « Arfiste » et conteur hors-pair !
Photo © CultureJazz

Gibert & Gibert, Alain & Clément, père & fils, c’est KIF-KIF, le duo familial venu d’Auvergne sous les couleurs de l’ARFI lyonnaise [1]. Chez les Gibert, on n’hésite pas à associer le trombone de papa et la clarinette (surtout la basse) du fils pour raconter des histoires à base de musiques venues de leur terroir et d’ailleurs, de Thelonious Monk ou de Gabriel Fauré, du père et du fils. Ce qui pourrait sembler un assemblage instrumental saugrenu s’impose comme une évidence : qu’importent les moyens pourvu qu’on ait quelque chose à raconter. En toute simplicité et convivialité, les deux Gibert ont chaleureusement emmené le public en vadrouille dans leur univers, par monts et par vaux avec humour et une complicité naturelle. Alain, tromboniste-chanteur-conteur est un des piliers de l’ARFI. C’est aussi un compositeur hors-pair et un des plus fins arrangeurs des musiques inventives européennes [2].

Mais ce qui ne figure pas sur sa biographie, c’est qu’il est à la racine du festival Jazz sous les Pommiers, un des marqueurs de la préhistoire de l’événement. À l’automne 1980, l’envie de faire « quelque chose de fort pour le jazz » s’esquissait à Coutances. C’est ainsi qu’un ballon d’essai fut envoyé en invitant Steve Waring ET le Marvelous Band. Le guitariste-chanteur fédérateur défrichait alors un nouvel espace de création avec ses potes de l’ARFI en s’associant au « Marvelous ». Dans cette formation, on trouvait alors, outre Alain Gibert, deux souffleurs de renom, le regretté Maurice Merle aux saxophones et une jeune étoile montante : Louis Sclavis (saxophones et clarinettes).

  • Nul doute que l’ami Louis a joué un rôle important pour Clément Gibert dans la construction de son identité de clarinettiste. On le perçoit encore dans un jeu qui se singularise et témoigne d’une personnalité affirmée qui fait sans aucun doute la fierté du père !
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Alain et Clément Gibert, trombone et clarinette basse, c’est Kif-Kif !
Photo © CultureJazz

Donc, à l’automne 1980, les organisateurs en quête d’une ouverture au jazz et à ses émanations diverses testaient une stratégie qui consistait à utiliser l’auteur de la Baleine Bleue (S. Waring), chanson fétiche des cours d’écoles et des « centres-aérés » pour amener (sournoisement) le public à ouvrir ses oreilles à des propositions musicales un peu plus insolites. Le concert fut une réussite et se poursuivit le lendemain par un mini-stage animé par un trio de choc : Alain Gibert, Maurice Merle et Louis Sclavis. Voix et percussions corporelles au menu selon les pratiques en vogue alors à l’ARFI.

Steve Waring et le Marvelous Band : « La Nuit Dort Le Jour » - 1980 - Une des racines de JSLP ! -  voir en grand cette image
Steve Waring et le Marvelous Band : « La Nuit Dort Le Jour » - 1980 - Une des racines de JSLP !
Le Chant du Monde - Harmonia Mundi

Voilà donc comment notre Pépé Alain (il est fier de ce titre !) est devenu un chaînon incontournable dans la légendaire histoire d’un projet fou qui a abouti au succès qu’on connaît aujourd’hui.

  • On ne peut que saluer la fidélité des organisateurs de Jazz sous les Pommiers qui ont su rester fidèles en amitié en invitant fréquemment des formations de l’ARFI [3]. Ce samedi soir, on retrouvait sur scène le père et son fils qui n’avait que 5 ans quand résonnèrent les premières premières notes du festival.

Quand on précisera, enfin, que le premier album de Kif-Kif paru en 2003 s’intitule « Les deux moitiés de la pomme » [4], on comprendra que cette invitation à Coutances était incontournable !




> Liens :


[1Association à la Recherche d’un Folklore Imaginaire, célèbre collectif fondé en 1977.

[2Pour s’en convaincre, on (ré)écoutera les formidables arrangements qu’il écrit pour la Marmite Infernale, la grande formation de l’ARFI

[3Avec une exception notoire : le Workshop de Lyon n’a jamais joué à Coutances !

[4Label ARFI, distribué par Abeille Musique.

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